Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/04/2017

Fascination, ou sidération ?

C'est pô du Pascalou qu'on va y causer, c'est de Ferdine. Passeque, quand même, il est plusse et même plus que plusse...

 

Le fin fond de l'affaire, c'est pour la route, ce qui fait que je tape havec l'intégral su le groin, raison augmentée, multipliée et même hamplifiée par le fait qu'il peut arriver, dans certains cas mais uniquement, que des lecteurs et surtout des lectrices se mettent, devant pourtant des évidences, dans une configuration un peu analogue à celle de Bébert qui, avisant un clebs de bonne taille, voulait néanmoins "le dérouiller tout de suite"...

 

Ha donc nous arrivons à Sig derrière Ferdine et toute sa harka, La Vigue inoubliable Jésus-Christ, Lucette havec ses espadrilles à pointes et Bébert, encore lui, qui va enfin envisager une sortie longue durée hors de son sac. Là c'est comme en vacances à peine arrivé on visite, ce qui en l'occurrence va prendre un paquet de jours, parce que la bâtisse est rien moins que complexe alambiquée tourmentée ; jamais une bombinette ni même un  début de feu de cheminée, elle est l'archétype de ces constructions où l'on devine strate après strate chaque modification, ajout, rajout, simplification, complication et ce sur un bon gros millier d'années ce qui fait plus que le pavillon Bouygues du coin.

 

Et il y a autre chose : le bâtiment est rythmé de cages d'escalier, bien sûr, seulement les nouveaux locataires sont des Vrounzés, toujours bien sûr, ce qui fait que, attendu que le Maréchal veut être retiré mais non point isolé, sauf et essepressément de Laval, que les ministres actifs (qui continuent à essayer de gouverner), et inactifs se veulent séparés, ce qui revient à ne jamais se rencontrer, on a peu à peu installé dans toute la bicoque des barrages détours contournements Umleitungen et peut-être même des ronds-points d'où l'on ne sort jamais...

 

La reconnaissance bat son plein, dans les combles pour y aménager une salle de danse, repérer les souris, les raccourcis vers les toits, les passages secrets les traboules, y compris pour Ferdine, appelé vers les appartements les plus importants souvent comme truchement avec l'extérieur (Ménétrel est encore là, au début, comme médecin) et en retour pour obtenir quelque aide pour ses propres activités médicales en ville.

 

Au bout d'un moment il se rend compte que, si lui-même arrive péniiblement à se retrouver dans ce dédale à force de cogitations et de points de repère, dame Lili et le fauve traversent toutes ces zones au moins dix fois plus vite que lui et en faisant quatre fois moins de chemin ; pour Bébert c'est l'instinct, mais Lucette ? Bien voilà, le sixième sens des femmes, pour qui aucune complication, aucun désordre n'est invincible, insurmontable... Et il conclut :

 

- C'est l'ordre qui les interloque ...!

18:44 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (65)

21/06/2016

Dedalus

On parle beaucoup d'Ulysses, moins de Finnegans, c'est curieux. Néanmoins avec Ulysses on commence à bien s'aventurer dans ce qui fait Joyce, et entre autres Passou, d'ailleurs c'est un peu la première fois que pour Joyce on rentre un brin dans les bouquins, relève la multiplicité des styles, au nombre de huit ; ce qui fait beaucoup, trop pour l'être humain qui ne peut guère dépasser les trois, quatre, momentanément cinq préoccupations, chantiers, activités simultanées. Deux, trois, cela peut être un tout, simplement qui se décompose, thèse antithèse et caetera ; huit c'est vraiment huit isolés, en rang d'oignons, cela sort de la construction, de l'éventuel schéma. C'est une juxtaposition, non une progression et encore moins une idée directrice.

 

Le grand mot, l'idée directrice, WGG insistait là-dessus. Il faut qu'une création corresponde à une raison d'être, ce qui n'empêche que l'on peut très bien s'en tirer avec du bruit blanc, on le fait assez en peinture. Parce qu'il n'y a pas que les styles, qui sont là en vrac, il y a les thèmes, les lieux etc. Un catalogue touristique, tel que l'on peut généraliser à plusieurs plans (dont le nombre des plans lui-même !) les remarques que l'on peut être amené à faire sur ce groupement de styles. Et justement, je crois que c'est Charles, relayé par Bérénice, qui d'une certaine manière le dénonçait : un ramassis ne fait pas une oeuvre, enfin c'est ce que j'extrapole.

 

Parce que l'on a envie, dans un bouquin, d'être quelques semaines, quelques jours, parfois quelques heures (!) dans un monde qui nous plaît assez pour continuer la lecture. On veut un machin qui se barre pas en brioche dès qu'on i souffle dessus, en gros on veut des repères, pas un puzzle qui tombe par terre. Donc sur le moment je voyais bien cette idée, pourfendre cette multiplicité en tout qui ne construit rien, qui ne fait rien avancer au contraire du Marcello ou de Ferdine, les deux autres supposés d'un éventuel trio canonique.

 

Mais ensuite réfléchissant, que finalement Joyce c'est comme un type du CNRS qui chercherait vraiment dans toutes les directions, ou alors comme Bouvard et Pécuchet, tiens, la lumière s'est faite dans l'oeuf de Colomb. Bien sûr il n'y a pas une belle carrosserie, un moteur au petit poil, il n'y a que du bric et du broc ; mais c'est la vie ! Il y a peut-être une volonté générale, cela on n'en sait rien, mais en réalité on ne fait qu'être au milieux de réseaux, que l'on peut essayer de différencier mais eux-mêmes toujours à la recherche d'une identité, de ce pas qui fait dire que cela c'est cela, autrement dit qui colle ces maudites étiquettes. Elles existent, l'identité existe, mais pour se déformer à une vitesse qui nous confond toujours.

 

Et alors ce n'est pas beau, comme par exemple le train de Стпелников, une image d'une demi-minute, non, c'est quelconque, ça prolifère, disparaît, c'est matriciel, mais matriciel infini, aussi !

17:23 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (67)

21/07/2015

Le Marcello

Voilà voilà :

1) Le Tramway (Claude Simon) porte en épigraphe (c'est cela, non ?) cette déclaration de Proust : "L'image étant le seul élément essentiel, la simplification consistant à supprimer purement et simplement les personnages réels serait un perfectionnement décisif.") ; intéressant...

2) A un ami compositeur, ledit Marcel confiait ses hésitations entre la musique et la littérature, parce que la musique est déjà en soi considérablement abstraite ; encore mieux..

3) Dans le Sainte-Beuve, et les premières pages de la Recherche, il se propose de partir en guerre contre l'identité ; magnifique !

Eh bien il ne fait rien de tout cela...

C'est vrai que ces terribles phrases, où quoi qu'il arrive il dit absolument tout, pourraient presque être qualifiées de "scolaires". Où est la puissance épique d'un Ferdine ?

Seulement il faut reconnaître que, si l'on se passe le plus souvent d'envolées, ce qu'il dit est extrêmement sérieux, assis, vérifié, indiscutable, complet n'en parlons plus ; on aime bien retrouver pour la première fois chez un auteur ou un autre une pensée que l'on a parfois et que l'on n'a jamais vue imprimée.

En clair, on n'a pas la transcendance promise par les trois items du début, mais le fond est tellement travaillé, va tellement plus loin que ce que l'on a pu lire avant...

Enfin, il y en a quand même, de la vibration dans le texte : je me souviens entre autres, à Balbec, des retours bourrés seul dans son phaéton après s'être fait rincer par Saint-Loup la soirée entière...

17:24 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (34)