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19/12/2017

Ausweiss !

Fake Ausweis.jpg

 

Ha pas de S.Z. Gross Malheua disait MàC... Mais savez-vous comment s'écrit Nicolas Leszczinski ? Eh bien S.Z.C.Z. c'est écrit dessus ! Evidemment de Pleumeur-Bodou ça en fait des pleins de solexine pour venir mater in situ...

 

L'identité, toujours elle : elle ne cesse de se transformer, comme une bête, mais, comme répétait le vieux Salamano en collant la N.ième trempe à son clebs, salaud, charogne, elle est toujours là ! L'identité elle rente par la fenête ; rappelons la définition qu'en donne Philip Roth : l'identité commence là où la réflexion s'arrête. On rejoint le "Classer ou penser" péréquien. Puisqu'on est parti dans les béquilles, les repères, les références, en voilà une nouvelle : Portraits crachés, de Claude Arnaud. C'est très volumineux et dense, un millier de pages ; en gros, pour lui, l'art du portrait, qu'il soit littéraire, pictural ou sculptural, est relativement récent et s'affirme surtout à partir de la Renaissance. Autrement dit, avant on ne décrivait que des étiquettes, c'est-à-dire des professions, ou, mieux, des états. Dieu, soldat, moine, grand seigneur, paysans et même artisans si c'est Vulcain. La personnalité propre du gus, si tant est qu'elle existe, n'était même pas envisagée. Un peu comme si chacun était roi de France dans son coin.

 

Et ce n'est pas tout ! Il nous apprend, à l'occasion, que le contraire de l'identité pourrait s'appeler "l'animalité" ; ce qui nous fait animalité versus identité. Mais cette notion d'animalité, surtout de par sa racine, ne décrit pas exactement ce vers quoi elle tend : derrière la prison de notre existence charnelle, il  y a celle des conditions qui l'autorisent, cette brave hexistence. Et d'autres s'en sont rendus compte, non des moindres : Flaubert qui voulait écrire un roman "sur rien" ; il finit par se rallier sagement au "réalisme", passeque "sur rien", c'est pas fado. En attendant ouvrons l'oeil : quelle faute ont commise Bouvard et Pécuchet pour se ramasser des scoumounes pareilles ? Rien de rien nib gudahl ! C'est la nature, comme on dit. Charbovary pareil sa taupe itou... Et Proust : "L'image étant le seul élément essentiel, la simplification consistant à supprimer purement et simplement les personnages réels serait un perfectionnement décisif". Pas de la petite bière ! Ca dit bien ce que cela veut dire, d'autant haprès ces lances rompues "Contre Sainte-Beuve", un des tenants, et combien précis, du réalisme. Mais le clou c'est clou : l'excellentissime Zola, Emile, qui se compare à un zoologue, lequel avant d'attaquer l'étude d'un certain insecte, doit commencer par celle de la plante sur laquelle il vit, "d'où il tire son être, jusqu'à sa forme et sa couleur". On peut pas ête moins peu clair ! Et l'identité, elle, est dans le lac... Mais n'hanticipons pas.

 

Le combat qui commence, on l'aura aisément reconnu, c'est essentiellement contre l'équation : Identité = gros péteux. Mais sinon, qu'est-elle au juste ? Déjà première difficulté un mec peut avoir deux cent mille, des identités ! Mais qu'est-ce qu'un mec ? Une identité... Halor une, ou deux cent mille ? On est déjà paumé ! C'est quasi quantique... Parce que deux cent mille c'est pareil, cela ne veut rien dire du tout, puisque les deux cent mille changent en permanence... Ca tend vers l'infini ! Introuvable cohésion... Alors parler de cohérence ! Très coriace... Modélisation impossible ! Unmöglich... Halor on ne voit qu'une solution : une seule identité par tête de pipe, mais... liquide ! Comme cela elle peut changer comme elle veut, au gré des circonstances QUI LA NOURRISSENT, avons-nous vu. Donc elle n'existe pas puisque ce sont les circonstances... Bizarre... A se tirer des plombs !

 

Bon halor on va recommencer à l'atome, pour voir ce que c'est vraiment... Dans un atome il y a des neutrons des protons des hélectrons. Et encore, dans un neutron ou un proton il y a trois quarks. Et dans un quark ? Des sous-quarks ? Bon passons on verra plus tard. L'essentiel, c'est d'arrêter un point de départ, l'hatome. Il a un principe directeur c'est l'électromagnétisme, qui tient ensemble tout ce beau monde. Le grand mot le voilà : "tenir ensemble". L'identité c'est à peu près cela, c'est le principe qui TIENT ENSEMBLE. On est loin du gros péteux, mais au moins on a l'atome. Haprès c'est très vite... Très au galop ! Deux atomes forment une molécule. Y a-t-il une hidentité ? Indubitablement. Mais identité = chef ; qui est le chef ? Pas les électrons ils sont mis en commun ils sont à tout le monde ; restent les protons et les neutrons, clients de poids ; mais les protons sont électriquement chargés ça va pas bien ; va rester l'un des protons, gros soliveau benêt comme dans la fable. Mais attation, un seul ! Jamais rien de collégial en ce bas monde... On dirait un bizarre conte de fées avec des lutins c'est plus romantique. Là mainenant ça va se corser sérieux walouh : on passe à la cellule vivante le protozoaire. Là déjà il y en a de plusieurs sortes ça complique... Mais restons concentrés. Qu'il ait une identité, ce brave protozoaire, il n'a qu'une seule cellule, donc c'est oui. Un chef ? Même monocellulaire, le truc commence à avoir des organes : un ou deux machins qui pulsent, des orifices des cils, le tout en fonctionnement : il faut que cette horloge ait un horloger, c'est lui qui fait chef, qui assure la COHERENCE ; nouvelle notion, il y a quelque part un mécanisme de coordination. On est loin de savoir pourquoi il y a tous ces péteux sur terre ! Mais on y vient... Haprès le protozoaire, le métazoaire, autrement dit nous.

 

Nous ça s'est terriblement compliqué, parce que tout change en même temps : l'identité est défensive, pour pas que tout se barre en brioche. Bien sûr ! Le péteux est d'abord agressif, parce qu'il a peur... Le secret de la vie, c'est cette peur de perdre un brin de son identité, quelle qu'elle soit. Il y a déjà une notion de cohésion physique. C'est primordial, et c'est bien cela qui nécessite de remonter jusqu'à plus haut. Ce n'est pas uniquement une question de liberté de se déplacer sur Terre, comme par exemple les quadrupèdes ; les plants de cresson aussi ont une identité, sans parler des séquoias gigantesques chers à Ferdine. On la sent, cette identité, chaque micro-seconde pendant toute la journée ; pire, on se regarde, on ne cesse de se mater dans la glace, et aussi dans ce miroir qu'est le regard des autres. Ou on se veut musclé... Ce sont des hévidences, mais qui montrent bien que, tout en douceur, on va en arriver immanquablement à l'essentiel, la partie noble, le ciboulot ; sans support physique, pas de citron, on fait tout ce qu'on peut pour l'oublier cinq minutes mais c'est impossible ; sinon on pourrait vivre dans des sortes de poumons d'acier, tous confortablement alignés dans des espèces de couveuses... On résolverait des équations ! On gueulerait le résultat comme à Brongniart...

 

Nous y voilà l'esprit c'est le pire contempteur de l'identité, simultanément il s'y raccroche tant qu'il peut ! C'est bien le rôle du subconscient, moultement actif par ézample durant les rêves : il classe donc il ne pense pas, il retrouve ; il retrouve quoi, l'identité justement. Le conscient, lui, pense, en ceci qu'il va perpétuellement d'une idée à l'autre, d'une manière parfaitement organisée mais qui nous semble parfois autant erratique qu'hermétique. Chaque seconde l'identité est détruite comme pas possible :

 

- jamais une seule pensée à la fois ;

- jamais une idée n'arrive à son terme avant qu'on l'aie quittée, mais toujours provisoirement ;

- chaque idée en appelle chaque seconde plusieurs autres, et par des moyens parfaitement discontinus : sonores (allitérations & assonances), association d 'idées sur le plan sémantique pur, homonymies, pivot autour d'un mot...

En gros, on ne cesse de changer de voie, comme un train qui sauterait de ligne en ligne par l'intermédiaire d'aiguillages qui n'en peuvent plus de se présenter, erratiques, sporadiques, haléatoires... Dans de telles conditions, on ne peut qu'être embauché par l'un des principaux moteurs de l'existence, la peur. On ne veut jamais en prendre conscience, mais une telle pensée flageolante fait moultement peur, on se fait peur soi-même. Parce que donc on le sait bien, que l'identité n'existe pas ! Se la péter c'est justement partir à sa recherche, assertion réciproque...

 

Henfin si, elle existe physiquement, c'est indéniable ; sinon bien sûr on marcherait en crabe, on biglerait, on n'aurait pas les horeilles en stéréo, on se ferait des bras de fer tout seul ! Mais ensuite ça se dilue... Avez-vous essayé de jouer aux échecs tout seul ? On y arrive... En tous cas c'est bien ce que l'on fait chaque seconde : on cherche à la fois à agir et à se regarder... La schizophrènie n'est pas loin ! Il y a cette manière interne de tendre vers la cohérence, mais pour le contrôler il faut quelque chose d'externe, le regard de l'autre. Comment s'étonner halor de cette perpétuelle relation d'ordre entre les êtres, de cette appétence pour les repères, quels qu'ils soient ?

 

Finalement l'identité... C'est les autres ! Comme l'henfer, quoi...

28/10/2017

Rouge !

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- Serge, c'est vrai que tu es communiste ?

 

C'était à Düsseldorf, été soixante-quatre, fin de quatrième, tiens, justement. Mon "correspondant", c'est-à dire un gars de mon âge dont je partageais, dans sa famille, les activités pendant un mois, habitait un modeste pavillon dans l'immense banlieue. N'importe, de là on pouvait aller zu Fuss jusqu'au lycée où, le matin, se rassemblait le groupe des français pour une studieuse matinée linguistique, mais uniquement en allemand et parce qu'avec des professeurs allemands. L'après-midi, excursion, sinon quelques heures très sympas avec le correspondant et ses copains : Fahrrad, monopoly, Schwimmbad, c'est là que j'ai vraiment happris la langue. Kurzgesagt, le matin c'était pour draguer les françaises, l'après-midi les allemandes, ça fait des emplois du temps respectables...

 

Le Fahrrad, c'était vraiment straordinaire ; je n'en revenais pas du "frein moteur", en fait simple blocage du pédalier, de toute cette simplicité, cette robustesse... Jamais vraqué ! Mais le matin, c'est пешком que j'allais au lycée, avec un petit porte-doc. Et halor il se trouvait que la villa voisine, la première sur mon chemin donc, avec un beau jardin, était celle d'un couple franco-allemand ; autrement dit la femme, une Française, avait été ramenée là par le mari, allemand, à la suite d'une des multiples invasions, mais alors laquelle et dans quel sens... Peu importe au reste, elle savait qu'il y avait un petit Vrounzé chez ses voisins, et je ne manquais jamais de la saluer lorsqu'elle se trouvait dans son jardin. Mais un jour elle me fait :

 

- Dis-moi, Serge, c'est vrai que tu es communiste ?

 

Klonk... De quoi t'est-ce qu'il s'agit ? Le communisme on en parlait dans la mesure où une fille de ma classe se disait communiste ; visage austère, mais bien sûr c'est surtout ses parents qui l'étaient. Sinon des bouquins brochés de la collection dix-dix-huit, que lisaient les "grands", redoublants ou des classes au-dessus. En dehors de cela c'était parfaitement hermétique, et en histoire on en était encore aux Egyptiens et à quinze cent quinze Marignan. Mais en l'occurrence il fallait répondre et je me contentai d'un "non" ou "non madame" sans chercher à creuser l'affaire.

 

La grammaire spountze de la matinée me changea les idées, mais au retour je fis part de cette énigmatique question à "mes correspondants". On  réfléchit on brainstorma. A mon arrivée, au saut du train, on avait pas mal discuté. Pas facile d'essepliquer "Südvorort von Parisse" alors que les autres balançaient sans barguigner le nom de leur ville moyenne, à coup sûr connue de chaque Allemand. Cela s'arrangea avec la bagnole paternelle, même en commençant péniblement :

 

- Vierhundert vier mit... euh... Inieksione ?

- Jo ! Mit Direkteinspritzung !

 

Là j'étais devenu à la cool havec les autres godelureaux. Mais la Mutti tout soudain :

 

- Religion ?

 

Ha la fine mouche ça pouvait être que cela... Effectivement cette question étaient venue sur le tapis, pensant que j'allais répondre "catholique", étant entendu que les Allemands sont souvent luthériens. Et en cherchant bien, tous avaient conclu que mon lamentable état s'appelait tout bonnement :

 

- Ohne Religion.

 

Suffisait d'y penser. Mais de là au trotskisme pur et dur, tout de même...

 

Surtout havec la Direkteinspritzung !

21/10/2017

Heil !

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J'ai un petit chez Samsung à Séoul. C'est un physicien, mais classique, c'est-à-dire non quantique. Ceux-là louchent généralement bien vite vers une place comme branleur genre CNRS : ils ont fort raison, seulement le mien de loupiot, comme toute leur génération, ignore beaucoup moins l'oseille que nousses les hattardés. Adonc ils est dans les moteurs de satellites à effet Hall : autant que ça choie sur la tronche immonde du voisin Kim que sur ma terrasse au-dessus de mon gourbi hadoré que j'aime...

 

Et halor toutes ces considérations apparemment sans rapport font qu'après une bonne dizaine d'années dans ces milieux purement scientifiques il commence à ressentir un manque de nourritures littéraires, philo, géopolitiques ; sans compter que le coréen est une langue vraiment difficile et qu'il ne peut se retourner sur ses collègues, bientôt amis, de taf, pour trouver cet oxygène là. S'agissant du quotidien et du boulot c'est bon, mais pour plus loin... Ce coréen, c'est une langue purement symbolique, donc énormément de signes à apprendre, à l'inverse par exemple du japonais, comme nous l'ont essepliqué Chiara et Xlew, qui a réussi à intégrer des éléments phonétiques.

 

Et il s'est pris de fil en aiguille d'intérêt pour les fondements théoriques, genre Hannah Arendt, de la dictature d'une part, du totalitarisme de l'autre, ce qui fait qu'on en cause périodiquement à deux sur la messagerie de Facebook. Et alors le fascisme, est-ce de la dictature, ou du totalitarisme ? Des deux, naturellement, ce qui ne nous avance guère. L'ami JC nous dit : "Nous sommes tous des fafs". Certes, mais il faut trouver pourquoi et en quoi. "Ramasser un mouton (poussière) sous le bureau, c'est déjà construire des camps", avait-je proféré ici voilà deux ans maintenant, lors même que juste ensuite icelui JC était venu en quelque sorte sauver ce blogounet en me déterminant peu à peu à relancer des billets un peu plus conséquents. Halor ce mouton, quand même pas le Génie des alpages ? A la vérité on est en plein Pérec, "Classer ou penser".

 

On retombe sur des notions parfaitement élémentaires, les meilleures. L'esprit humain distingue deux assertions, le jugement de prédication et le jugement de relation, étant entendu qu'un jugement est ici tout simplement un lien entre deux faits. Le jugement de prédication, c'est le "classer" ; on range chaque fait dans sa boîte, au moyen d'une loi de composition interne. La boîte, c'est juste un ensemble d'éléments qui vérifient la loi en question. Ce qui est remarquable, c'est le caractère discret du phénomène. Discret au sens mathématique, bien sûr, on peut aussi dire par exemple numérique. Ici pas de logique floue, la valeur de vérité est zéro ou un. On peut être dans vingt-cinq mille boîtes à la fois, de nature, de registres différents, autrement dit pour des raisons différentes, mais pour ce qui concerne chacune, on y est ou on n'y est pas. Voilà de l'ordre, et qui interloque dirait Ferdine.

 

Le "penser", lui, c'est précisément l'inverse. Le jugement de relation consiste simplement à établir un lien, et un lien vide, entre les deux faits. Et là, ce qui est intéressant, c'est que l'esprit va quitter le deuxième fait, donc son premier objectif, pour se rendre un peu partout dans la connaissance et la réflexion. C'est progressif mais souvent très rapide, et surtout sans solution de continuité, ce qui fait qu'à ce train-là, c'est tout l'espce que l'on occupe, comme le poisson quantique. Autant le principe directeur du classer réside dans la séparation, dans l'ordre, autant celui du penser règne, lui, dans l'unicité, dans la totalité. Ordre et totalité, cela ne vous dit rien ? L'ordre de mettre de l'ordre, ne serait-ce pas un peu la dictature ? Et la totalité le totalitarisme ? Nous y sommes !

 

Ce sont véritablement deux frères ennemis et, certes, complémentaires, c'est-à-dire très distincts et opposés. La réalité, comme on va le voir, c'est une autre paire de manches ; mais d'abord, terminons-en avec l'approche théorique au moyen d'un exemple parfaitement canonique, le passage clouté, mettons celui d'Abbey road. Appelons P. cet ensemble de bandes blanches sur la chaussée, les clous étant du temps que les moins de vingt ans etc. Soit P, donc. La dictature m'oblige à passer précisément et avec précision sur ces maudites bandes ; notez que pour cette question, sous Hitler, Hollande ou Macron c'est pareil. P est surveillé par de la flicaille, visible ou invisible, avec ou non caméras, radars et même, allons plus loin, mitrailleuses ; simplement, pour ce dernier point, j'ai légitimement la certitude absolue que si j'emprunte le passage, ils ne tirent pas, alors qu'ils le font si je fais mine de traverser à côté. Je suis également sûr qu'ils ne chercheront pas à m'adresser la parole si je franchis au bon endroit ; je n'ai qu'à regarder ailleurs, tout en marchant, et tout va bien. La certitude, c'est en quelque sorte les vacances, le repos de l'esprit ; la certitude, on est en plein dans nos boîtes précédentes : je passe dessus (ou je fais demi-tour) d'une part, je tente de passer à côté d'autre part. Ajoutons pour le fun que la première assertion, donc, à son tour se décompose en deux, je passe comme il faut ou je fais demi-tour, catégories qui n'en font qu'une au regard de la loi. Au départ ce gigantesque traquenard, qui n'existait pas la veille, peut choquer, terrifier, voire mettre en colère. Mais je réfléchis : qu'est-ce qui m'empêche de passer dessus, certes, mais en poursuivant le fil de mes pensées, en écoutant le While my guitar ou en me pâmant devant, tout en marchant, le catalogue de chez Norton motorcycles ? Rien, absolument rien, rien ne peut m'arriver. A l'exception de ma conscience, avoir cédé à ces infâmes, mais et alors ? Je suis pas un résistant professionnel ! Ce qui m'anime, c'est rentrer chez moi pour me coller devant ma chère machine pour regarder les coms et faire des billets, ou halor un coup de 3D. De plus, avant ce passage cloûté là, j'en ai franchi trois, fait la queue à Cora pour payer mon chocolat glacé, poireauté à cinquante feux rouges et la veille il m'avait fallu tendre bien humblement mon billet de train au contrôleur de la SNCF... Halor keapons cool et préservons l'essentiel.

 

Le totalitarisme, c'est à peu près le contraire. Le passage clouté est toujours là, mais sans fliquemerdes, sans miteuse, sans radars. Mieux, ou pire, ces ustensiles n'existent même pas dans ma tête. Ce qui se passe, c'est qu'il n'y a rien dans ma tête sur les passages cloutés ; enfin si, mais comme les montagnes, les villes, la météo... Ils sont, on sait ce que c'est, et la messe est dite. Cela n'empêche pas qu'aux frontières de l'empire on a connaissance de ce qu'il existe des sortes de расколники, autrement dit des illuminés d'un autre âge qui refusent les passages cloutés, comme d'autres le porc ou même la viande tout simplement : mais nous, on n'est pas concerné, cela demeure purement touristique, exotique. Surtout, ce qu'il ne faudrait pas croire, c'est que dans le totalitarisme une petite voix intérieure vient nous harceler, nous relancer comme quoi ces passages cloutés sont exagérés, outranciers, une offense à la liberté ; cela n'arrive pas, cela ne peut plus harriver, pour une raison simple : les passages cloutés, comme les montagnes habitent le subconscient. Se pose-t-on des questions à propos des montagnes ? C'est un peu comme une anesthésie éternelle. En un sens finalement on n'en souffre pas non plus... L'esprit n'est qu'aliéné, c'est-à-dire confié à d'autres pour son entretien, ses mises à jour, on ne le revoit qu'en tant qu'utilisateur. On n'en souffre pas ? Si mais "autrement" : saturé de ces contraintes, on est un éternel malade cantonné dans la vie courante ; tout le reste est bloqué, quelques minutes libres de toute préoccupation semblent un abîme qui effraie. Et on se fatigue...

 

Ca nous éloigne, ça nous éloigne... Car enfin il faut bien en arriver à ce que l'on perçoit, à la réalité, à la manière dont elle est faite. Il y a plusieurs aspects, techniques et sociologiques. Remember ! On disait déjà que le pouvoir de Tonton était bien plus absolu que celui de Louis XIV ; on pensait surtout technique. Mais il y autre chose, et plus inquiétant : la société entend de plus en plus gouverner les individus, dans leur "comportement" pour commencer ; terme hautement galvaudé, imprécis et surtout abject, en ceci qu'il trahit déjà une tentative d'appropriation. Parce que ce comportement peut consister à céder sa place dans le métro, mais on n'en est plus là... Ni même à la gonio de la Kommandantur ! Après tout, que l'Etat sache ce que je pense n'empêche pas de vivre. Mais on va bien plus loin maintenant, on se rapproche, on envahit la vie physique, par exemple lorsqu'un ministre nous donne des cours de brossage de dents. Tout devient déterminé, la consommation orientée, mais aussi bien tout ce qui concerne le corps : on n'est plus très loin des certificats médicaux annuels pour la muscu, mais aussi le permis de conduire, ou encore d'aller se présenter, tous les dix ans au début, à l'officine qui paye les retraites. Et cela va continuer... Obligation de prendre tel ou tel médicament...

 

Cela sonne à la porte de tous côtés... Recensements, gaz, conseillers en poubelles ! Et d'ailleurs on a même interdit l'euthanasie, pour pas qu'on puisse en sortir... Halor, la part de la dictature et celle du totalitarisme, dans tout cela ? Ca s'imbrique se phagocyte s'osmose ! La dictature fait la passe au totalitarisme, comme le conscient au subconscient. La robotisation, la SF ne sont plus bien loin...