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15/10/2017

Paint is black

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Le quatre couleurs Waterman... Pérec mais aussi Roland Barthes... Il vaut bien la D.S. dix-neuf, voire la vingt-et-un des Valseuses... Un mythe, et qui annonçait ce nouveau culte de l'objet.

 

Le machin havait cette ligne particulière que l'on pourrait définir, comme en logique formelle, négativement : pas une fausse note. C'est exactement la première impression que j'ai eu pour la fameuse Norton commando : rien de génial, si ce n'est un équilibre absolument indiscutable ; à chaque fois que voudrait venir à la surface l'amorce d'un commentaire, d'un début de discussion, on se ravise :

 

- Non, tous comptes faits, c'est mieux comme cela !

 

Hon ne se lasse pas de regarder un truc où il h'y a rien de spécial à regarder, cela permet de se concentrer sur ce qui est lisse, naturel, ordinaire, des volumes et des formes dessinées depuis seize mille ans après Solutré, parfait, quoi... Et à tous les cours ! Finalement, le clic-clac des changements de couleur n'était pas l'essentiel ; bien sûr on démontait une fois pour voir comment ça marchait ; et puis on faisait clic-clac. Quand il y en avait cinq ou six en même temps, le professeur grondait, comme Ysengrin. Mais c'était la guerre révolutionnaire ! Marxiste-Léniniste... Comment tu fais havec tes Iroquois de la first cav pour aller rechoper des stylos qui cliqueclaquent aux quatre coins de la classe ? Et les filles n'étaient nullement en reste ! L'essentiel quand même c'était ce mélange symbiotique de pureté des lignes et de rassurant conformisme, dès lors que tout le monde en avait au moins un...

 

Tout le monde, non. votre serviteur n'en avait pas, du moins au début ; mais n'anticipons pas. De ce remarquable vistemboire, il y en avait trois modèles : le normal, tout acier qui se défraîchissait au fond assez vite dans les trousses "fourre-tout" et aussi sous la morsure, des heures durant ; ensuite le même avec l'agrafe en plaqué or, qui faisait immédiatement super classos : on n'oserait pas le toucher ; enfin le modèle entièrement plaqué or qui, reconnaissons-le, semblait ainsi un peu lourd, chargé, baroque. Jamais vu un seul au lycée, quelques belles agrafes quand même, pas beaucoup, et puis la très immense majorité en hacier lambda.

 

Le samedi, bien souvent, mes parents allaient faire des courses à Paris, à commencer, une fois par mois, par la paye de mon père qu'il fallait aller chercher aux Chèques postaux, en liquide je crois, parce que les chèques démarraient seulement. Et вот так eines Tages un jour ils ramènent... un cadeau de mon popa for ma moman... Le terrible modèle en plaqué or ! Bigre... Haque c'est beau... Très munificent ! Posé sur le bureau un gigantesque exécuté à façon au faubourg saint Antoine... Que j'ai mainenant le gros meuble par droit d'aînesse non mais halor ! Par exemple c'était juste avant Noël et du coup ça m'a mis à gamberger... J'avais pas encore fait la lettre au père Noël vous imaginez la suite ! Bien sûr c'est pas le burlingue que je reluquais c'est l'outil...

 

La suite ? Un désastreux désastre c'était couru ! Ha j'en ai trouvé un, de quatre couleurs, dans mes sabots jolis... Pas n'importe quoi ! Un suisse... Sûrement ça coûtait bonbon ! Mais halor... Ringue on pouvait pas faire plus ! La seule idée de se pointer au bahut avec cela... Valait mieux déserter ! Le machin il havait une tête en T., une tête d'enclume, quoi... A pas le regarder ! Et puis cylindrique parfait... A côté des formes suggestives du Waterman ! Non mais c'était pitoyable... Le tréfonds de la misère ! C'est pas possible j'étais marqué... Le Diable au corps ! Et les gonzesses voir ça... Pas de pitié vae victis... Un looser, que j'étais devenu ! Restait le mécanisme, le fameux clic-clac... Les Suisses c'est des autorités là-dedans... Les ressorts microscopiques les mécanismes mignons huilés sans huile qui caressent comme du velours... Peut-être même le déto de la bombe atomique ? Entre deux coucous pourquoi pas... Je commence à hactionner je regarde, prêt au sublime ébahissement... Tu parles... Je vous le donne Emile... De mécanisme, pas le moindre ! Non mais pas du tout haucun... Pas plus que de beurre en broche ! Coup fatal... J'arrivais pas à y croire. Sûrement j'avais oublié quelque chose il devait être dans un petit sac à part ; à monter soi-même, quoi... Self made. Je déplie le mode d'emploi hon va bien voir !

 

On n'a rien vu du tout... Pas l'ombre du plus microscopique ressort ! Y en avait pas y en avait pas... A quoi ça sert la Suisse halor pour les ingénieux mécanismes ? C'était plus le Titanic, c'était le radeau de la Méduse... Et re il fallait que je pointe havec ça au lycée ? Ha joli coup j'avais fait là bon Dieu de père Noël... En plus c'était sûrement en duralumin, ce bastringue... En tungstène en mercure solidifié ! Ca promettait de durer quatre mille ans... Parfaitement inoxydable inrayable c'est de la fonte madame... No way dans le sabotage ! Tout se casserait dans la trousse sauf lui... Y compris un vrai Waterman... C'était leur seul défaut, le corps en acier pouvait se prendre des beugnes, des rayures, des pincements des légers plis difficilement récupérables. Havec l'agrafe en or ça passerait mieux...

 

Comment cela, l'agrafe en or ? Quelle agrafe en or ? Baste... C'est que je mijotais... Laisser cet affront impuni ? Ca me décuplait de revanche... Mais enfin c'était terriblement dangereux ! Tout de même... Au bahut ça se voyait pas trop, mon ours, je le planquais au tréfonds... Pire que le "plan" de Papillon ! Caché comme le steak, recouvert dans la trousse. J'apercevais ceux des copains, des greluches... Faut que j'aye mon mien, quoi ! Pas plus tard que bientôt... Sacré probloc ! Qui saura ? C'était l'époque de Mike Brandt faut dire... Des magasins j'en connaissais deux ; le premier sur les hauts de Verrières, donc assez éloigné pour que ma Môman n'y aille que rarement ; le second à Antony même près du lycée, donc pas bien discret. Mais Verrières, il faut un prétexte pour aller traîner aussi loin : le jeudi haprès l'équitation, toute proche, mais en bombant, hein ! Et le nerf de la guerre ? Tire-lire, trop dangereux : tout le monde savait ce qu'il y avait dedans. L'argent des commissions ? Pour réunir dans les cinq mille francs... Finalement j'ai dû faire un bricolage des deux. En plus le jeudi, avec un peu de chance seul à la baraque pour examiner mon butin à l'issue... Le magasin en avait j'étais sûr.

 

Ce qui fut fait ! Mieux qu'Otto Skorzeny... En fin d'après-midi je palpais le biniou en tous sens ! Me souvenais... Dans la librairie en bottes, culotte, bombe ! Pas les éperons quand même toutes manières je les mets que contraint et forcé, aux examens par exemple, comme d'ailleurs la gourmette. Personne a rien dit j'ai casqué puis filé havec mon butin. Ca fait des souvenirs ! Au lycée j'étais un autre jules... Porteur du talisman ! Redevenu un mec de ma génération pas comme Sheila je vais seul... Ca change et ça change pas. A la maison je la ramenais pas je voulais pas qu'on me voie épanoui qu'on suspecte... C'est que ça va vite une fouille ! Je bossais sec pour me faire houblier. Au bahut clac ! Clac ! Pire que les oies de Zornhof... Des coups à se faire poirer ! Cela a bien dû se produire au moins une fois, en permanence plutôt. En permanence avec certains pions ça peut être le boxon complet ça dépend... Et puis il y a les gonzesses des autes classes ! Toujours mieux que les nôtres, forcément...

 

Tout roulait... Mais un jour dans la trousse l'objet beugné ! L'infarctus dont nous causent les journaux comme chantait Renaud... Heffondrement de l'univers ! Gigantesque carambolage de la ferraille... En réalité un vague pincement au métal. Mais le probloc, c'est que la bête humaine veut nécessairement surcompenser la compensation : m'est revenue la vieille idée de l'agrafe en or ; là je l'avais pas, léger regret. Vous me voyez venir : bis repetita... Aux orties l'ours ! Salopard traître je te connais plus... Vite un autre, mais havec l'agrafe, et bien entendu plus jamais dans la trousse. Le pognon je sais même plus, d'autant que c'était un peu plus cher, pas trop. Dans ces cas-là trop n'existe pas n'y a que le possible et l'impossible.

 

Vraiment splendide ! Mille fois plus beau que l'autre... J'en revenais pas ! Bien mieux que dans la vitrine... Là je le planquais à mort, même des copains ; les filles à la limite, sont pas voleuses. Propriétaire d'un trésor enfoui ! Et puis haprès j'ai oublié...

10/10/2017

Petite histoire vécue dont on pourrait tirer des conclusions ?

Il y avait autrefois à Paris tout en haut des Champs-Elysées un cinéma qui passait des films anciens à des prix imbattables entre midi et deux pour les étudiants fauchés. J'y ai vu "Chantons sous la pluie" trois fois dans la même semaine... et j'ai même failli m'y faire assassiner ... (ça c'est pour le suspense)

 

Je recopie une partie d'un article de journal découpé à l'époque* :

 

 

Paris, 2 mars 1964

 

Drame dans un cinéma parisien. Une spectatrice poignardée par un noir

 

Une jeune femme a été frappée à coups de couteau par un noir...dans le cinéma "Les Champs-Elysées". La jeune femme, Mme Carmen G.... regardait le film "Chantons sous la pluie" lorsque l'homme se jeta sur elle et lui porta plusieurs coups de couteau. Mme G a été atteinte à la gorge et à la poitrine. .../... Des spectateurs maîtrisèrent l'énergumène qui fut conduit au commissariat de police..../..."J'ai frappé Mme G. , a-t-il dit, parce qu'elle me devait de l'argent". Les policiers mettent en doute cette explication car l’homme ne paraît pas jouir de ses facultés mentales et il est possible qu’il ne connaisse pas la victime.

 

 

En fait, lorsque la femme a crié et que le film s’est arrêté, j’étais furieuse. Des gens s’étaient levés, ils cachaient l’écran , quelqu’un à côté de moi a dit : « Oh, encore une qui a une petite crise ! » Mais nous avons entendu l’ouvreuse qui disait : « Fais allumer la salle, il lui a fichu un coup de couteau. »

 

Surprise, étonnement, attente, curiosité,  puis la police est arrivée qui a emmené l’homme, je n’ai même pas vu la femme.

 

 Puis le film a enfin continué. 

 

 *en cherchant sur internet (on y trouve décidément tout) et en mettant le nom de la victime j'airetrouvé dans'Paris Jour' un article qui relate le fait divers mais ce n'est pas cet article là que j'ai gardé (je ne lisais pas Paris Jour !)

 

 

Lucy, almost in the sky without diamonds

05/10/2017

Le patient

Annexe D_medecin.gif

Halor là c'est l'apothéose on peut pas faire mieux. Le patient c'est le мужик le зек ; c'est le cadavre dans lequel pousse la médicale en touffes hideuses. Parce qu'elle en a parfaitement besoin de lui, la médicale ! C'est son poumon sa terre nourricière... Sans les patients tout s'écoule ! Salles d'attente vides, cabinets houverts les bras croisés comme  un restaurateur qui guette, toque en tête et cuiller de bois à la main, des patients qui ne passent jamais ! Infirmiers à domicile tournant des heures en ville faute de point de chute où on les attend... Pharmacies en toile d'araignées ! Hostos comme les friches industrielles à Detroit ou en Lorraine.... Sans patients, l'institution crève en une seule semaine ! Il lui faut instamment ce vivier, et l'entretenir avec soin ; pas question de laisser s'évader ! Ni mort, ni guérison. Un qui passe l'arme à gauche, très urgent de le remplacer ! Donc autant garder ceux qu'on a, on les connaît, on sait les faire survivre les prolonger... Il y en a qui s'échappent par la guérison, un peu comme le champion olympique avait franchi en saut à la perche les doubles ou triples enceintes du Struthof. Heureusement, c'est epsilon ; mais pas question de laisser ce genre d'activistes proliférer, encore qu'avec un peu de chance on est quasiment sûr de les rechoper un jour. Guérisons ou bout de la piste, si on laisse trop faire c'est scier la branche !

 

Corollairement le patient a exactement le même besoin, symétrique, mais lui de l'institution médicale ; pas pour guérir, bien sûr, de toutes façons elle veille. Non, pour en quelque sorte justifier sa propre existence, comme un naufragé sur son île guette les cargos qui défilent à l'horizon sans lui porter la moindre attention.  Sans houblier que le patient est un authentique salopard, un pilleur industriel ! Le confort... Non mais i faut se figurer que ces monstres prétendent s'empiffrer de drogues pour rien sentir ! I veulent plus havoir mal... Et puis quoi encore ? Des déserteurs, que c'est, voilà tout ! Un patient ça doit havoir mal à preuve c'est ça que ça veut dire, patient... Patior c'est passif encore des conjugaisons à coucher dehors ! Enfin bref i veulent que ronquer devant Ruquier toute la journée, jamais ni bobo ni rien, des sortes de très grandes vacances, quoi... Bien douillettement couettés ! Mais non de Dieu ça coûte bonbon tous ces Dafalgan et autres, plus moins mélangés à de la coke de la blanche et tutti quanti ! Si l'argent de la Sécu file en stups qu'est-ce qui restera pour payer les Ferrari les Béhêmes des médecins des infirmiers ? D'ailleurs elle devrait bien se refaire en engageant des écuries de course, la pauve Sécu, vu le parc qu'elle phynance... Mais attattion, avec des vrais pilotes, hein ! Passeque si les autes blaireaux sont aussi dangereux sur la route qu'en médecine... Hor donc ce qui faut bien se dire, c'est que pas une seule seconde les buts de la médicale et du patient sont autres qu'exactement antinomiques ; les seuls cas où, pourtant, on pourrait halléger le sort du malade à peu de frais c'est l'euthanasie, mais même si c'était autorisé toutes manières ce serait l'aveu de l'échec médical donc pas question de scier la branche assise...

 

Le patient c'est comme le taureau dans le corral, faut le pousser au bloc ; là les médicaux ça les fait ronronner. Mais faut ruser passeque ce con le bloc il le flaire... Et là i veut plus y aller ! Il le flaire à des quatre ou huit kilomètres la grande boucherie qu'on lui fourbit ; les médicaux eux il faut habsolument qui l'y passe inéluctablement comme dans le Maëlstrom tourbillonnant, même pour une grippe ou la petite vérole ! Faut tout prévoir, car lui est essetrêmement sournois pour se défiler s'évader par les coins ; donc faut tout prévoir des rabatteurs fournis par les infirmiers et même des picadors pour pousser l'animal dans le dédale inexorablement. Et là, maintenant, cela va plutôt tenir du concours hippique : il y a toujours un virage entre deux obstacles, ce qui fait que, occupé à en franchir un, on n'a pas la moindre vue sur le suivant, que dire alors du dernier, le plus terrible et souvent en double ou triple ! Le charlatan, lui, il est dans les tribunes, et distingue parfaitement, en fonction de la fatigue, des équilibres, des tendances et caetera, la seule chose qui le réjouit vraiment et que, pour cette raison, il vous occulte sans la moindre vergogne mais le plus souvent en coupant la parole à chaque question qui s'en rapprocherait par trop : comment ce con de patient va se faire embrocher sur ce fameux dernier et même charnier, la table d'opération...