Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/04/2018

_ours_16-21

XVI Varappe

 

 

 

 

 

Elle a pigé. Tout vu. S’amène. Hésite à mort.

- Allez viens ; commence par la branche, là.

Elle se trompe dans la ramure. Retombe lourdement.

- J’y arriverai pas !

- C’est l’autre branche, là.

- Elle est trop loin !

- Mais non ; après c’est plus facile.

On voit son œil qui se cloue dans sa tête comme dirait Marguerite Duras. Férocement. Avec expectative. Le marron de l’iris devient proprement énorme. Une surface monumentale. Le reflet soudain au milieu, qui change tout. Légèrement excentré. Vraiment comme une bête que c’en est attendrissant. Tellement expressif que l’on ne peut dire ce qu’il y a dedans. Une sorte de désespoir ultime. Elle saute sur la branche. Sans lui laisser le temps d’un nouvel encouragement. Une panthère. Une extension terrible... Elle reste suspendue ! Trop petite... Définitivement ! Elle se balance et rebalance… Impossible de l’aider à présent ! Ca dure… Elle a de la force dans les bras… Une espadrille heurte quelque chose. S’y appuie. L’autre suit. C’est l’autre branche ; celle du bas. La fille est stabilisée. Très étirée. Maintenant pour aller bondir sur le rocher un vide sidéral… Géométrique ! C’est à des parsecs… Infaisable ! Elle ruisselle. Oeil globuleux… Ca tourne mal ! Position atroce… On ne peut pas tenir bien longtemps. Elle s’est arrêtée c’est le pire. Il ne peut éviter d’imaginer… Une chute ! Un accident... Trouver des secours​_… Pourvu qu’elle n’ait pas la même pensée ! La fin… Surtout, qu’elle ne prononce pas intérieurement le mot « vertige »… Il observe, plus impressionné qu’elle. Son corps menu dans les airs. De minuscules contorsions. Anarchiques. Désordonnées. Elle ne sait plus ce qu’elle fait… Ce qu’elle veut… Il faudrait qu’elle se rassemble. Se concentre. Puis d’un seul bond… La distance est pas non plus infranchissable ! Il allonge les deux bras du plus qu’il peut en sa direction...

- Allez vas-y je t’attends...

Aucune réponse. Sa voix résonne encore dans les feuillages. Elle a entendu ; compris. Ses mouvements s’amplifient. Se désordonnent encore plus. Son nez se lève sur lui. Elle se trouve assez loin en contrebas. Lui a réussi ! Ca devrait marcher. Seulement, quelle différence de taille ! N’importe il devrait pouvoir l’attraper ; il faut ! A présent elle est calmée. Toujours suspendue de la même façon. Les espadrilles reposant à peine sur la branche du bas. Le regarde encore plus ! Au milieu des grillons…

- J’ai le vertige !

La seule chose à éviter… Désemparé, il préfère la quitter des yeux. Voguer dans les étendues des bois. Des reliefs. De la plaine. En aucun cas il fallait ce mot affreux ! Il est venu… C’est paumé perdu… Qu’est-ce qu’il peut inventer ? En attendant ses yeux dénichent au sein du paysage quelque chose d’inattendu. Profondément imprévu. Ce n’est qu’aperçu. Difficile d’en concevoir une certitude. Du plus que sa position lui autorise, il se déhanche la tête. Il observe les différents plans des reliefs. Il y en a pas mal, de ces moutonnements. Bizarre curieux. Il revient à la fille. Prostrée. Les yeux hurlants. Décomposée. Aux abois. Sans retour ! Une bête prise dans la mâchoire d’un piège… Si elle continue, se lance, s’élance, c’est là qu’elle va la faire la connerie ! S’éjecter… Mieux vaudrait la dissuader. Qu’elle renonce, revienne en arrière… Ce n’est qu’une promenade. On n’est pas là pour les ambulances ! Pire… Oui… Comment ? Trop tard ! Trop engagée… La simple idée, perchée comme elle est… Vaudrait mieux qu’elle ne l’ait pas ! Là c’est le gouffre assuré… Sa voix monte.

- Pierre j’ai peur.

- Mais non repose-toi calme-toi.

- Qu’est-ce que tu regardais ?

- Il y a des tennis, par ici ?

- Non je vois rien.

- On aurait dû les apercevoir du haut de la baraque, non ?

- Des combles alors ; de la piaule de Carole !

Et crac la panthère a sauté ; filé. Il n’a rien vu. Il avait les yeux ailleurs. Une telle force, un tel élan que son corps a rebondi contre la paroi. Cela s’effectue lentement. Lourdement. Mollement. Le temps a ralenti ; permet au garçon de lui attraper les poignets. Les bloquer. En retour elle arrive à lui crocheter les avant-bras. Sauvée ! Non. Elle est suspendue à lui. Ses jambes viennent battre l’air comme dans un dessin animé. Tintin au Tibet ! Elle pèse un poids monumental. Il se demande s’il a eu raison. Elle va l’entraîner ! Peut même plus parler… Il se sent glisser. Accroche comme il peut, de ses pieds, les rochers. Enfin coincé, Il tire comme une vache. Cela n’a pas de sens ! Il ne pourra jamais l’attirer jusques à lui… Subitement, il ressent un allégement significatif. Il n’y comprend rien…

- J’ai placé un pied !

- Je vois rien du tout je sais pas ce qui se passe...

- Moi je vois ; il faut que tu tires encore !

- Je pige pas...

- Pour que je puisse poser le second…

- Yes.

- Doucement pour la côte...

La situation s’est instinctivement calmée. On se remet à entendre les grillons. Il s’exécute. Tiraille à l’aveugle. Construit son mouvement comme un musculateur. Tire de ses deux bras… Tire… Impossible de savoir combien de centimètres il lui fait gagner. S’appuyant sur son pied casé dans une alvéole de la pierre, elle s’ingénie à l’aider. Ca veut retomber ; ça veut en permanence retomber. Il ne parvient pas à juger comment il faut s’y prendre. Elle ne dit plus rien. Faudrait pas qu’elle s’avise de lâcher ! Elle a les deux bras accrochés aux siens ; et ce pied comme seul point d’appui. L’autre tâtonne pour trouver lui aussi un havre, une cavité. Après, la position sera moins inconfortable ; plus sûre. Cela, il parvient à le deviner. Approximativement seulement. Le nez dans la caillasse, il n’est en mesure de rien voir. Pour elle, c’est limpide. Désespérément il tire un vieux coup et encore et encore… Ses coudes montent. Ca va y aller oui ou non ?

- C’est bon ! Trop maintenant… Redonne du mou.

Second allègement, aussi puissant que le premier. Elle a trouvé une encoche dans le granite.

- Tu as le deuxième pied ?

- Oui c’est bon. Maintenant il faut que tu me lâches les bras ; c’est moi qui vais grimper après les tiens pour attraper la grosse branche là-bas, une de chez toi.

- C’est pas un peu compliqué ?

- C’est le mieux ; bouge plus j’y vais.

Il est évident qu’elle a retrouvé sa souplesse. Commence l’étonnante ascension. Sa force également revient. Elle s’élève jusqu’aux biceps de l’homme. Chope sa fameuse branche. Se renverse latéralement. De la seconde main le saisit à l’épaule. C’est plein de sueur et de son parfum. Pour atteindre un point où se rétablir, elle rampe sur lui. Stupéfiante étreinte ! A force, elle se trouve totalement allongée sur lui, couché sur le dos parmi le rocher. A la ramasse ! Elle se demande. Il se demande. Impossible qu’ils ne se demandent pas. Des palanquées d’images. Ce qu’il faudrait, c’est que le destin destine. Une occasion pareille crève les yeux. Le destin est bien là, pour les avoir placés sur ce rebord. Il n’y en a jamais assez ! Ils voudraient un signe plus petit. Tous les deux abandonnent. Chacun se réfugie sur ses rails. Ils vont regretter. Ils le savent déjà. Le parfum va se rompre. Il s’est quand même pris ces seins. Ses seins. Il se les prend toujours. C’est avec le parfum. Ni pour ni contre. Ce n’est pas du Mitsouko. Bien moins capiteux. Des coussins sur sa propre poitrine. Sûrement pas des loches épanouies comme la brune. S’il n’y avait pas les vêtements, c’est peut-être dur ; à tout le moins ramassé. Un autre genre. Simplement. L’électrique sensualité de Carole, ses formes souples, prestigieuses sont immédiatement présentes à son esprit. Aveuglantes. Comme si les heures qui ont suivi leur intimité étaient en un seul instant rangées, déposées, consignées. Déplacées. Évacuées. La brune c’est un amalgame. Elle a un côté poulpe. Il ne pourrait pas le lui dire, tant sa présence physique incite à la mériter. Il se dit que son humble prestation en ce début d’après-midi n’était pas tant inopportune que cela. Sa peau cuivrée… Liquide ! Il y a de redoutables portions blanchâtres… Etendues ou non. Cela vient toujours à se fondre. On ne sait pas trop… Sans le hâle elle serait plus blanche que blanche. Pour une brune c’est le record. Très mobile… Des chairs vindicatives ! Nullement sirupeuses. Salées. A quelques centimètres de la Gaby. A zéro centimètre. Elle est toujours collée sur lui. Médium comme elle est, qu’est-ce qui l’empêche du surprendre ses pensées ? Cela fait drôle, comme cela, de la voir. Pour chaque truc cela fait drôle… Est-elle demandeuse ? Elle pourrait l’être ? Pourquoi… Intelligente, ou seulement fine ? Catherine l’odalisque c’est la grosse tête ; cela se voit immédiatement. Voire… Il y a toujours un voire. Cela fait beaucoup de questions qui se turlupinent… Elle rompt. Lasse. Lui avait difficilement le courage. Peut-être a-t-elle deviné quelque chose ? Elle se redresse. Le premier geste est pour masser la côte fêlée. D’une seule main. L’autre bras tendu. Encore appuyé à côté de l’épaule mâle. Maintenant des heures par dizaines pour gamberger ! Il est marqué par ses seins. Autant au propre qu’au figuré. C’est des choses… Il savait cela. Il avait cent mille fois observé son petit buste menu. Dur. Maintenant il y aurait une excellente chose ; allumer un petit cigare. Il a bien senti à quel point c’était excité. Direction la boîte de havanes. Pas trop cabossée. Faut toujours les prendre métalliques. Sinon à l’intérieur ça peut se casser comme du beurre. Il ouvre allume. Le voilà rempaqueté dans son monde ; la fille ipso facto dans le sien. Nulle besoin de parler. Un geste simple suffit. C’est une syntaxe. Pour une fois qu’il prend une initiative ! La musaraigne s’est retournée. Assise en tailleur ; elle se rattife.

- Dire que c’est moi qui nous ai embarqués ici...

- Tu n’y es pour rien ; au moins pour couper on coupe !

Avec lui c’est connu on peut jamais appréhender s’il se fout de la gueule ou non. Vaine herméneutique ! Gaspillée… Aucune énergie propice… Lui en a, de l’énergie. Il se lève. Comme un diable. Pour connaître la suite des événements. Il n’y en a aucune ! Pas la moindre… On est encerclé par l’impossibilité de tout. Ennuyeux ! On va quand même pas dormir sur la paroi… On en sort ! Il repère qu’à l’étage, c’est relativement plat. Autant s’enfoncer un peu. Avec une assurance qu’il n’aurait jamais eue en présence de Carole-Catherine. Là, il est réputé le seul à les extraire de l’impasse...

- Voilà ! Un bout de piste...

Quel organe ! Quand ça le prend… Seulement, c’est vrai. Une amorce. Dans un massif de petits bouleaux serrés comme une brosse à dents. Le départ d’un layon. Indiscutable. Ce qui s’offre de mieux. On va pas tourner des heures comme dans un parking. On est toujours, habillée de végétation, sur un bon vieux rebord de falaise. L’horizon se déploie… Infini ! Les grillons à plein dans les arbres. La miss rapplique, poursuivant la silhouette du garçon qui déjà évanesce au fond du petit bois. L’urgence a considérablement disparu. Le sentier s’accroît confortablement. S’il n’est pas celui de la gloire, du moins est-il marqué avec soin.

- Faudrait savoir où ça mène...

C’est-à-dire demander au soleil. Seulement il s’est mis à luire avec une telle férocité à travers ces arbres au tronc mince qu’il est omniprésent. Entre tous les faîtes un éblouissement… La surface entière ! Le cosmos… Impossible de le regarder surtout pas ! Pire qu’une éclipse… Multiple ! Rayons divins… Une cathédrale ! Par exemple les grillons… Gonflés à bloc ! Là c’est très sauvage… Au moins on sait qu’on n’a pas basculé de région… Dans les alpages… L’Himalaya ! Le chemin se présente droit, roide et viride comme dirait Hildegarde de Bingen. Pas élargi pour autant ; impossible de se coller de front. Un sentier qui sait où il va. C’est lui qui les emmène. Les entraîne. Eux suivent comme des masses. La fatigue… Ca vient quand même de grimper, non ? Et les tennis d’Anne-Marie Stretter ? En voilà un spectacle ! Farouchement imprévu… Incroyable ! Manquait seulement la bicyclette. Au paroxysme de la terreur déclenchée par la musaraigne mal barrée, il a découvert cela comme d’un avion. Sacré déclivité ! Et si la fille s’était tankée ? Abruptigineux ! Sûr dans ces cas-là on doit dégringoler à toute biture ! Rouler bondir comme un gros tonneau… On s’arrête jamais… Dans les airs ! Les rochers pointus… On poulope jusqu’à la terrasse en bas… On y arrive… dans quel état ! Directos en sapin… Empaqueté ! Le bout de la piste… C’est con hein ! Très… Pour une sortie dominicale ! Marienbad surplombé par une falaise comme Etretat… Les îles Féroé ! Pourquoi cette fille ? Parce que c’était elle qui était présente physiquement. Qui faisait l’acrobate. Forcément ! Horrible… Voilà de l’argument ! Rien à redire ! Avec une autre, est-ce qu’il lui viendrait seulement cinq secondes pour envisager un accident ? Rétrospectivement s’entend… Curieuse question ! Est-ce qu’il y en a qui attireraient plus vite la scoumoune ? La choperaient. Termineraient plus vite… Le vieux débat de Petchorine ! Effroyable la pauvre… Victimes désignées ! Elle est encore là. En meilleure forme que jamais. Elle aurait pu le violer ! C’est lui le con… De s’apitoyer ! Certainement cela. La nausée, ou les mains sales ? Il marche devant. Il a honte et pitié. Elle suit. Dans un silence définitif. Ca parcourt. Ca parcourt. A ce train-là on va y être. On sait pas où. Ma non troppo. Les grillons ça grillonne atomique. On se demande s’ils perchent à la cime des arbres. Se collent au tronc. Les oreilles en tous cas ça les vraque. La forêt caisse de résonance.

- On devrait arriver quelque part, non ?

- En principe...

Elle n’a rien. C’est déjà cela. On grogne mais on marche toujours. Il cherche à lui envelopper les épaules du bras. De front ! C’est impossible. De chaque côté on se mangerait les branches basses en pleine poire. Le résultat c’est qu’ils ont inversé. Elle est devant. On avance un peu plus vite. En tête, il se réfrénait pour elle. Sous sa tunique informe, elle arque. Pas compliqué. Il n’y a qu’une trace. Marquée. Usée. Empruntée. Le plus ennuyeux est de ne pas être certain de la direction. Comme cela se présentait, ils ont difficilement pu se gourer. Il se met à rire profondément.

- Ca m’étonnerait que les autres soient passés par là !

- En bas on a manqué un embranchement.

- Ici pas de trace, en tous cas.

Hypothèse apparemment controuvée. Mérite d’être creusée ! Les autres, c’est… Il y a aussi les deux pingouins, là… Elle marche. Continue. Pas légère ni court vêtue. A l’intérieur des bois la fraîcheur c’est surtout les grillons qui font croire le temps lourd. On pourrait y marcher à l’infini… On n’a parcouru qu’une distance plutôt modeste. N’eût été le précipice ! A peine de quoi éponger le vin de ce midi… Il sait même pas si elle a bu ou non. Peut-être ! Faut se méfier de l’eau qui dort. Si ça se trouve elle était complètement chtarbée. Drôle d’idée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XVII Sur la falaise

 

 

 

 

 

Doit être marrant de la voir bourrée… A tous les coups elle dégauchit ! Pour le reste rien d’apparent… Des joues très pâles… Le mieux si on n’est pas sûr c’est d’essayer… Riche idée ! Il a un peu honte… Des potacheries semblables ! Toujours mieux que l’accident frôlé. Par exemple c’était bien con ! Très… Ca les rapproche… N’en parler jamais. Pas y penser toujours non plus ! Sans quoi tout est foutu. Il regarde comme elle marche. Ses cheveux trop fins ! Comme ça on dirait pas qu’elle a une physionomie si austère. Chez les femmes les cheveux ça trompe souvent… Tout ment ! Un pas nerveux. Cela ne veut pas dire grand-chose. Trotte-menu… Ah elle en abat ! Une cadence terrible. Extraordinaire. Deux pas un seul pour lui. Sans que cela paraisse. Que ça se voie… Pas de sueur ni rien ; si peu. Pas comme durant l’escalade ! Là ça rigolait moins… Elle s’en est formidablement tirée ! Comac… Ha elle s’anime, là. Que pasa ? Elle ne cesse de loucher torve à droite. S’ébroue en avançant. Refixe sur sa droite. Elle y tient. Elle a l’air… Ne dit pas un clou ! Veut pas le cracher. Le garder pour elle. Assurément quelque chose de bizarre. Inusité. Derechef elle mate...

- Qu’est-ce que tu cherches ? La broche de Laurence ?

- J’ai l’impression qu’on a un chemin parallèle à nous.

Ses propres termes le plongent dans une fulgurance. Il ne devine pas encore l’image qui va dans une milliseconde l’envahir. S’emparer de lui ! Il est déjà rampant sous l’armoire de Carole. Une lueur… Le reflet ! Un papier doré… De bonbon ! Tu parles… La broche, oui ! Limpide... La musaraigne a étendu le bras. Ca le ramène illico à la réalité. Au lieu. Au moment. A ce chemin fantôme qui les jouxte. Une ligne blanchâtre, formant une éclaircie régulière. Indétectable pour qui n’y porterait pas une attention aiguë. Qui poursuit qui poursuit qui longe depuis éventuellement des lustres. Le papier doré… Il se souvient d’avoir conçu un doute. Qui a persisté. Il porte son regard très au loin vers l’avant pour dénicher le raccordement des chemins. C’est long. Il trouve. Cela se devine à peine. Cela ménage un délai. Ils vont changer de monde. Retrouver celui des vivants. Ennuyeux ? Peut-être que pour la fille aussi. On était bien, paumé ! Suffit de remarquer le timbre de sa voix, émaillée de surprenantes inflexions dès lors qu’elle aussi a deviné la jonction. Ce reflet… C’est surtout lui qui était ambigu. Il parvient à le revoir avec la dernière précision. Les dessins s’emboîtent idéalement pour former le dessus de la broche. Evident ! La fille l’interrompt.

- On est sauvé !

- Pas sûr ; j’imagine qu’eux ont dû prendre le chemin.

- Elle aura encore semé sa broche !

- Pourquoi ?

- Pour qu’on lui ramène.

- C’est ce qu’on va faire.

- Oh ! Tu l’as retrouvée ?

- Dans ma tête.

Il raconte le cheminement de ses déductions.

- Tu vas lui annoncer ?

- Si elle est là.

Heureusement qu’ils marchent cela égalise les événements. Cela fatigue ; on laisse passer. Il s’inquiète pour elle. On aperçoit le carrefour. Qui ne peut faire autrement que se rapprocher furieusement. La terre blanche des chemins. L’herbe des bas-côtés plutôt courte à l’endroit des croisements. Voilà que la fille ralentit… Pour faire une incursion dans son sac. Au moins un qu’il ne porte pas. Il faut dire qu’il n’est pas de taille comparable à celui de Catherine. Elle se met en approche sur un morceau de talus qui se trouve là. Il observe machinalement comment elle opère. Pour sa part la toilette consiste très hautement à s’allumer un nouveau cigarillo. La fille exhume tout un tintouin. Pour en utiliser la cent millième partie : un élastique des plus ordinaires, afin de se mettre en queue de cheval. Il ne l’avait pas encore vue ainsi. Ca lui va pas mal. Elle tourne la figure vers lui, cheveux étirés en arrière dans une dynamique impressionnante, pour quêter une appréciation. Ca lui fait ni chaud ni froid. Il essaie d’opiner un peu favorablement, lui aussi, du bonnet. Il ne trouve pas le moindre phonème à prononcer ; il sèche. Page blanche ! Un peu mufle, évidemment. Qu’y faire ? Il vient la surplomber assise sur son quartier de talus ; ça l’ennuie un peu. Le vrai schisme ! En un clin d’oeil. Quelques minutes. Moins de cinq ! N’importe il tire sur sa fumée. Le regard porte sur tous les lointains. On est bien sur un mouvement de terrain ; un gigantesque plat. Occupant le sommet de la falaise. A perte de vue ! Des villages, des boqueteaux… Des forêts en pleine immensité ! Un nouveau pays. Des champs, des barrières. Une activité lente, irrésistible. Généralisée ! Paysage entièrement neuf. Vibration puissante, diffuse, indéfinie. La perspective de retrouver les autres ? Gabrielle aussi est coite. N’en finit plus de s’arranger. Tout est relatif : cela ne signifie rien d’autre que tourner et retourner l’élastique jusqu’à lui donner la dimension idoine pour la mèche. Elle en a des bastringues des vistemboires dans son sac répandu par terre au milieu des racines d’arbre. Un seul flacon de parfum. Les seuls traits un peu fantaisie de son visage se résument aux deux petites fossettes, symétriques mais de taille inégale, qui n’apparaissent quasiment jamais. Elle commence pesamment à remballer. C’est long et s’arrange pas, contrairement à son ordinaire vivacité. Il a une intuition, lui tend la main au bout du bras. Dans un silence sépulcral. N’eût été les grillons, répartis sur les champs, les prés, les arbres, les chaumes. Eux tiennent le monde ! On finirait par ne plus les entendre. Il y a un temps, beaucoup moins d’une seconde, pendant lequel rien ne se passe. A l’exception du fait qu’elle se met à tourner la tête dans sa direction. Elle attrape volontiers sa main. Il tire à lui. La jeune femme se trouve toute debout devant lui. C’est réciproque. Réparé.

Timidement, ce qui le réberlue, elle amorce le départ. Il suit. Deux à trois cents mètres, une courte éternité passée à ne plus briser au moins cette nouvelle tranquillité. Quand on veut, ni demandeur ni demandeuse. Ils parviennent à la fourche qui marque les retrouvailles des chemins. Le garçon se demande… Inopinément, un peu trop naturel, il vient lui saisir la main pour de bon et l’entraîne sur le plus large. Elle a remarqué la brusquerie. Comment faire autrement ? Elle s’en accommode de très bonne grâce. Mieux que prévu ! Elle se laisse tracter. En manière d’ironie, pour affirmer une certaine distanciation, elle commence par mimer celle qui refuserait d’avancer. Cela ne dure pas. Si on lui demandait la raison de ce faussement joyeux mouvement, sans doute aurait-elle du mal à s’avouer que c’est pour lui exprimer subliminalement l’importance de la demi-heure, du quart d’heure à venir. On dirait qu’ils rentrent à la gare pour accompagner l’un ou l’autre à l’issue d’un week-end pas trop réussi et désargenté. La lugubre panique du dimanche après-midi vers les seize heures. Rassagis. Muets. Repassant les images, de manière à déjà recruter, pressentir celles qu’il va falloir conserver. L’escalade. Le danger. La broche retrouvée. Aussi emmerdant que la philatélie… C’est faux, les images. A force de les proclamer justes, elles deviennent vraies. On est complice. On ne sait pas pourquoi. Le quai désert… On entendrait presque la fumée la casquette du chef de gare… Avec son drapeau rouge ! Comme ceux du train de Strelnikov… La réalité accélère. Le chemin se met en courbes, s’articule en virages ronds. Qui font opérer quasiment un cent quatre-vingts degrés par rapport à la direction prise dans le premier layon. Revenir sur leurs pas, aussi. On perdait de vue le bord de la falaise.

- On l’a pris dans le mauvais sens !

- Non laisse ; tu m’as bien dit « un belvédère » ?

- Comme l’Apollon.

- Pas moi, en tous cas.

- Tout le monde a ses chances...

C’est beau propret, comme chemin. Une annexe à Marienbad ? Ca commence à faire loin… Tout le pays est comme cela ? Celui du matin pour aller en ville semblait plus quelconque. Maintenant ce qu’il semblait, après quelques heures… Marienbad c’est un surnom de passage… de rencontre ! Une atmosphère… Le véritable, on sait jamais où c’est. Dans quel pays. Ce qui s’y passe. Un peu comme le Roissy. Sûrement pas sur les pistes que sir Stephen se baladait en robe des champs. Leur chemin ne monte ni ne descend. A en juger par ce qu’ils ont arpenté en sens inverse sur le layon, il y en a encore bien pour une palanquée. Ils se croient pressés. Ouvrent le pas. La musaraigne quand elle veut elle arrache. Seulement, plus on veut que les choses arrivent moins elles arrivent. Les grillons… Partout les mêmes. On dirait qu’ils se déplacent. Suivent le promeneur… Ha voilà… Un coude violent on est pile au-dessus de la falaise. Encore plus terrifiante qu’à l’endroit où ils l’ont quittée. Un début de rambarde un garde-fou… Par exemple en bois naturel, hein ! On aperçoit toute la bâtisse… Les jardins les tennis ! Que c’est petit… On se croirait au premier étage de la tour Eiffel. Dans un ballon… Les tennis à la Stretter on distingue les grillages. Pas le vélo. Et le chemin tout au fond qui persiste à courir vers le bourg… La rivière ! Celle où ils se sont baignés avec mademoiselle pot de lait. La Gaby est censée l’ignorer in extenso. Pas la peine de l’évoquer. Tout le paysage est filtré, dans son ravin en auge, par une sorte de brume intégralement translucide. Transparente ! Du David Hamilton. On se croirait ailleurs à un autre moment. C’est tellement beau grandiose que la fille son souffle est coupé. A l’infini ! Elle ne prononce aucune parole ; on sait pas ce qu’elle gamberge. Ca dépend elle va peut-être l’ouvrir quand même. La chaleur commencer à moiter sévère. Au moins pour dire ça. Avec les arbres et les grillons ça va. Comme s’ils rafraîchissaient l’atmosphère.

- Le belvédère doit plus être loin ; pas beaucoup d’indications… Normalement on arrive par en haut, non par ici.

Très loin on discerne un groupe. Il se balance au-dessus du vide. Il faudrait des jumelles. On ne peut déterminer ce qu’ils sont. Combien. A cette distance on ne reconnaît rien ; aucun vêtement. Ils font partie de la brume. La dévorent. Impossible de distinguer la rambarde qui doit les empêcher de filer au lac. Des dizaines de mètres il y en a. Il a ralenti. Gabrielle passe devant. Depuis quelques minutes, à l’approche du spectacle, à sa découverte, les mains se sont lâchées. Sans intention. Plutôt une sorte de repos physique. Une pause. Un besoin de ne plus être en représentation pour quelques instants. A un moment ça fulgure. Il a trouvé, lors même qu’elle se trouve à quatre mètres de lui. Elle fait partie de celles qu’on épouse ! Comme Chihuahua Pearl. Quelle idée tordue de penser cela. Maintenant. C’est du béton ! Armé. Fritz Todt. Le seul truc à en sortir, ce sont les fossettes. Egalement les petites rides sur le front. Si ténues si menues qu’on ne les dirait pas du tout encastrées. Pour le reste on ne sait rien. Carole par exemple ça doit être l’inverse. Devant elle on peut pas en placer une tellement elle monopolise la fréquence. Où qu’elle soit ! Il appréhende… Si cela se trouve elles sont comme larrons en foire avec la Cathy. Larrones ! Ah les rattes...

La musaraigne opère une volte-face. Elle revient vers lui. Elle a trouvé. Le soleil rebondit sur ses cheveux ; cela irise magistralement. Lui donne un air qui n’existe pas. Son visage est masqué d’ombre. Ligne dure ! Comme si elle portait un sombrero. Il n’y a qu’elle pour parvenir à des trucs pareils ! Il n’y a rien à expliquer puisque lui-même ravance… Derrière un tronc, un gros tronc, le chemin fait un coude. Repart d’où il était venu. Probablement des zones automobiles. Lointaines ! Le sentier disparaît. Derrière ce gros arbre, un sentier s’écarte sur leur gauche. En direction de ce qui doit être une espèce de chalet aux dimensions respectables, puisque l’on en voit les ardoises émerger des cimes. C’est à dache ! On le discerne quand même. Cela pourrait faire penser au chalet du bois du Boulogne vu par Stéphane Heuet pour une illustration de Swann. Il n’y a pas de drapeau Suisse ! Ni de lac. Forcément, la déclivité est uniformément abyssale ; C’est conçu pour tomber. Seulement, c’eût été tellement beau, un lac ! Accueillant… Cette construction, de loin, paraît grande. Alors de près ! Un sentier pour le joindre, adonc. Il abandonne la falaise dès qu’il peut se réfugier dans l’orée de la forêt. Il y a des marques de pneus. Généralement couvertes par des aiguilles de conifères. Souples comme de l’ouate. On pense que même sous une pluie considérable le terrain doit rester praticable et engageant. Pas besoin d’une chenillette à crédit ! En voilà du vrai luxe… La queue de cheval gentiment lui bat le cou. Assez fin, il ne l’avait pas remarqué. Lui bat le cou en cadence. Il est pour lui ressaisir la main ; quelque chose le stoppe, indéfinissable. Un mélange de pudeur et de multiples trucs. Surtout la psychose. L’angoisse qu’ils partagent. Trop, justement. C’est précisément ainsi, dans ces drôles de circonstances, qu’il réalise à quel point ils peuvent se trouver proches l’un de l’autre. Qu’elle aussi le réalise. Rien de comparable avec ce qu’il a connu avec la brune. Il s’en souvient bien. Contractuel ! Chacun son rôle. Pas question d’y déroger, fût-ce en le négligeant.. Elle comme lui. Des perfectionnistes. Techniciens accomplis. Du premier coup ! Trop élaboré, justement, proche de les détourner de l’autre ; de capter l’attention sur soi-même ! Le pire. Avec la Gabrielle c’est la liberté. Qui les anime sans eux. Mystérieuse alchimie… Avec la Catherine, il se refuse à s’acharner dans cette voie. Cette potelée, par la force des choses, véhicule un côté sensuel. Même si cette mathématique peut rebuter, elle serait intermédiaire. Baste !

Cette Gabrielle est rentrée comme un coin dans l’affaire. A de certains moments tient la corde sans qu’on l’ait vue arriver. Il sait pourtant que dès qu’il reprendra contact avec Catherine-Carole, elle disparaîtra. Bien que lourdement il se rende compte que quelque chose a pu se créer, prendre une vie difficile maintenant à déraciner. Il en rallume un. Lorsqu’il gamberge, c’est cela. On doit s’attendre à une terrasse monumentale gorgée de monde à l’affût. Il s’est arrêté pour cela. Elle aussi. Elle scrute son moindre geste. C’est assez long, cette manip cigare, parce qu’il veut tout faire idéalement. En ces moments-là rien ne veut tout coince. La flamme reste pas ! Il n’y avait pas un souffle de vent subitement il est à soixante nœuds… Quand il réussit une fois par coup de pot crac ! Ca s’éteint aussitôt. Les mains en coupole pour aider, elle se met dans le business ! C’est pire… Enfin ça tire on sait pas comment. Ca vaut un Te Deum ! Il vient lui reprendre la main pour marcher, le clope dans l'autre. Là c'est large royal on est bien enfin on serait bien si. Ce qu'ils guettent chacun, sans s'être de quelque façon concertés, c'est cette sorte de brouhaha qui ordinairement s'élève des foules et s'amène par volutes sur le pèlerin. Mais il se trouve que le vent n'est pas que pour le briquet, il en passe un minimum bien que moins à cet endroit de la falaise Féroé. Il en résulte que, si quelque chose était à entendre, on ne l'entendrait pas nécessairement. Cela fait du bien à l'atmosphère et cela désépaissit les grillons. Ca les sépare, aussi, on ne sait pas pourquoi, parce que c'était l'occasion... Sentant l'air sur son visage immédiatement elle fourre la main dans ses cheveux, ayant oublié qu'ils sont hermétiquement noués. Elle la redescend…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XVIII La terrasse

 

 

 

 

 

Des conifères continuent à barrer la vue de la façade jusqu'au dernier moment. Ils arrivent comme deux promeneurs. Le premier meuble qu’ils aperçoivent est un tourniquet de cartes postales haut comme le Titanic. Ca commence pas tellement bien… Des tables, des bancs et des mecs assis. Des gonzesses… Peu de connus. Le soleil reluit sur les cartes postales. A de certains endroits ça flingue les yeux… Plutôt clairsemés, les bancs, à cette heure… Un calme empathique. De la fraîcheur. On croirait entendre couler une rivière derrière la bâtisse. Les grillons rassérènent l’atmosphère. A peine si l’on peut trouver une tête qui bouge… De temps à autre une chope s’élève. Ou une grande tasse de café. Le café du bois dormant ! En face, des places de parking il y en a pas mal. Des graviers. De lourdes berlines ; noires ou grises. Impeccables. Peu nombreuses. Une seule ça contient ! On croit pas qu’elles veulent repartir le soir. Que les gens vont pas coucher là. C’est un hôtel ! Petit à petit on acquiert l’impression de s’inviter. D’être pas prévu ! Pas viré mais pas prévu. Les types ils sont là on dirait depuis quinze siècles… Pas de bruit… Les femmes c’est des mandibules pour les glaces… Surmontées ! Deux mille tonnes de Chantilly. Ca y va mais très lentement. On pourrait photographier en pose. Les paroles quand il y en a elles sortent pas des parasols… La musaraigne avance très peu. Regarde. Considère. Elle songe à la brune Carole. Faudrait pas qu’il y ait d’algarade. Peut-être pas qu’elle reste trop longtemps avec lui ce soir. S’esbigner !

- Gabrielle !

La voix de Catherine. Il a fallu du temps. Elle est probablement debout en plein milieu dans le soleil, sur la droite de l’établissement. L’interpellée file à sa rencontre. Il n’est que de suivre. Il se dit que pour la broche c’est sûrement cela ; ce qu’il avait cru un papier doré. Ce ne peut être que cela. Il arrive sur les deux filles. Inutile de se presser s’exciter. Vaut mieux les laisser. Il y a sûrement là par derrière un repaire caché. La Catherine surgit en plein dans un soleil aveuglant. Il ne peut encore la reconnaître. En revanche elle a toujours sa lanière qui traîne par terre. Il est sûr que c’est elle ! L’intérêt avec la mademoiselle pot de lait comme dans la chanson c’est les mollets. Ca crève les yeux jusques ici dans les radiations. Lui ça l’émouvrait plutôt un autre gars on peut pas savoir. Une forme particulière, blanche, plantureuse mais galbée, la dérive légère qui attire, qui remise la perfection au rang de tout venant. Mais attention, hein, les deux pareils ! Comme ça lorsqu’il a fini d’admirer l’un il passe à l’autre ! Ca le réjouit. C’était couru, dès qu’elle paraît il va lui détailler le corps. Avec la Carole ça sera idem… Pire ! Compétition rampante ! C’est plus fin que l’on ne croit, la comparaison. Ineffable. Indicible. La brune, c’est tout dans l’animal. Il commence à s’approcher. Se dévoile immédiatement un gigantesque balcon dallé. Avec des chaises-longues, des parasols encore, venté à mort. Donc presque très agréable. Mais souvent la brise tombe et l’oppression revient. De l’autre côté de la rambarde, le vide absolu. Tout juste si l’on n’a pas des nuages aux pieds. A cause du vent, qui balaie tant et plus. Sinon parviendraient à s’accrocher de longs filaments blafards qui cherchent à se former. Les grillons y sont bien, eux. Raffinement des lanternes ciselées. L’architecte en a mis pas mal. Directement à la balustrade, un trumeau sur deux. Sur pied au beau milieu de la surface immense. C’est fait pour surplomber un lac mais on croit qu’il n’y a pas de lac. Avec la profondeur du ravin sous la falaise, quelle importance ? Il manque un drapeau… Rien que pour cela on resterait figé, voir les lanternes s’allumer à la fin du jour. Ce qui est dans longtemps. Les deux gummiches sont occupées à tchatcher comme si elles ne s’étaient pas vues de quatre siècles. Sur le plateau personne de connu, au moins à cette distance. La curiosité l’embarque vers le gouffre colossal, vertigineux comme dans Petchorine. Sans fond visible. Il y a vraiment une brume supérieurement épaisse, complètement abritée du zeph, qui le garnit jusqu’à des encâblures et des encâblures. On ne peut s’empêcher d’attendre qu’en émerge quelque chose. Tout de suite ! Un ballon… Hindenburg ! Et ici ces dalles ? Une étendue pareille ! Mathématiquement infinie ! L’orée du monde le bout du monde… Suspendues au-dessus du vide comme les jardins de Babylone… Somptueux ! Régulières magnifiques… Les balustres les lanternes. Quand ça va éclairer… Toute la nuit ! Ici en revanche la brise apporte des fragments de voix. Sérénité ! Bribes rassurantes… Soulignées par les grillons ! Leur cri-cri semble aussi délicat, céleste, ajouré que la dentelle de paroles véhiculée par un vent qui resterait imperceptible autrement. Merveilleux compagnons. Partie minéralement intégrée au paysage sonore. Nulle excitation nulle gêne! Où nichent-ils ? Introuvables… La terrasse est entretenue à la perfection… Sur les joints, sans doute… L’infinie balustrade… Et sous les dalles, qu’y a-t-il ? Pour le savoir… Si l’on a ménagé des installations… Des caves suspendues ? Là ils pourraient se loger, naturellement… Comment y accéder ? Pas la moindre trappe, grande ou petite, sur la superficie magnifiquement régulière ? En se penchant pas le moindre chemin d’accès… Si, peut-être, là-bas très au loin. Un sentier taillé dans la pierre de la falaise ; passage pour un seul piéton ! Il court il court tout au long de la terrasse, qui ainsi le surplombe largement. Là où on est, même en se penchant à mort sur la balustrade, impossible de le voir. A un endroit, pratiquement invisible tant il est loin, on dirait une échelle de clameaux qui permettrait d’y descendre, en enjambant, à partir du niveau supérieur, celui formé par le magnifique dallage. Il s’étonne de sa découverte. Sûrement pas grand intérêt. Cela doit être la propriété du chalet. La terrasse on ne sait pas, elle est tellement surhumaine… Tout est surhumain, ici… Comme la brune qui fait l’amour avec le soleil… Les grillons ! Certainement pas avec lui. Encore moins elle-même . Les grillons, beaucoup plus de chances. Ce sont des animaux sacrés ! Ce soir ce sera de l’orage. Peut-être violent… Les forteresses ! Il en frémit. Il est évident que cela va se réaliser, il en prend conscience maintenant. Les grillons le tonnerre seront là pour l’assister… L’inspirer pour son service de médium à la grande vestale ! Profondes saturnales… Walpurgisnacht !

Pourquoi la silhouette de Carole s’est-elle si prodigieusement imposée ? Il cherche. Il a une bonne nouvelle à lui donner ; la broche ! Il avait cessé d’y songer. Et ce n’est pas avéré… Plus il y réfléchit plus il s’en persuade néanmoins. Les circonstances lui reviennent encore plus nettement. La disposition d’un reflet sur une surface dorée, pas moyen de s’y tromper ! Il ne s’agit pas d’un reflet. Il s’agit du scintillement que diffusent les pierres. La main à couper ! Ici la terrasse évoque un pont de navire. D’une hauteur colossale ! Un Titanic de la Götterdämmerung ! A présent un calme absolu. Très peu d’occupants. La plupart des emplacements sont vides. C’est là même boutique, pourtant ? Dans la cour du chalet ce doit être les vieux habitués, qui en ont marre de gamberger sur le ravin. Il parquent les tires là-bas et puis basta ! Ici au contraire c’est comme un décollage pour l’inconnu. Le porte-avions Titanic ! La surface inhumainement impeccable de son pont d’envol. Sans rire une escadrille entière qu’on pourrait poser ! Loger à l’aise dans ses flancs. Les lanternes tenteraient de ramener au réel. Elles en éloignent ! Celui qu’elles produisent est un réel onirique. Tout le contraire ! Ces lanternes décuplent l’aspect fantastique des lieux. Elles suffiraient largement à l’installer. Une seule des lanternes peut-être ! C’est beau on peut plus s’en aller ni parler. On n’a envie que de gamberger de se balader d’arpenter le truc. Extatique le renouveau… On s’en rend pas bien compte immédiatement. C’est en regardant, éprouvant l’atmosphère… Un endroit dégarni c’est vivant. Là c’est aux deux tiers ; voire aux trois quarts. Il cherche un peu la brune. Sûrement elle vadrouille quelque part avec sa bande habituelle de malfrats. Ce n’est guère plus mal. Il n’a pas vu la Cathy depuis midi. Juste ce qu’il faut d’absence, de manque. S’il y a lieu ! Il commence à s’approcher, hésitant, des filles, vérifiant à chaque table s’il n’y a que de parfaits inconnus. La Cathy et la Gabrielle le suivent des yeux. Se propagent à leur tour dans le réseau des tables et des parasols. Au fil des mouvements, se rapprochent de lui. Progressivement. Ils se retrouvent à trois sans que les deux filles aient interrompu leur volubile conversation. Cela va lui faciliter les choses. C’est ce qui l’a encouragé. Le problème à présent c’est d’accrocher le regard de mademoiselle pot de lait. Ah mais il tient son idée ! Il y avait une affaire en souffrance, l’histoire de l’hétérochromie ou des yeux vairons. L’astuce consiste à faire planter le sujet par la musaraigne. Pour cela il faut un silence ; à la rigueur un demi-soupir comme en musique. Seulement la conversation s’enfle brusquement. C’est l’affaire des pingouins qui rémerge. Ceux de midi ! Où sont-ils passés ? Intéressant, comme dirait Guélassimov. Tout en même temps ! C’est cela qui engendre l’angoisse… La chaleur en plus ! Du zeph un peu… Un minimum. La queue de cheval ça lui fait rien. Les boucles de Catherine un peu plus. Par exemple la Gaby quand elle rit ce sont les fossettes qui se réveillent immédiatement. Tout bien pesé, elle pouffe encore assez… Parce qu’elle parle à une fille ! Elle rigole cent fois plus qu’avec lui ! Il faut dire qu’il s’est pas tué à lui faire des frais. Plus exactement il s’est abstenu… On pouvait pas penser qu’elle aime cela, rire. Les fossettes ça désemplit pas. Conformément à son plan, c’est le moment de s’amener. Faire intrusion… Irruption ! Il a grand-peur...

- Regarde-le, lui !

- Qu’est-ce que tu lui trouves ?

Elles repouffent !

- Moi ? Rien du tout alors ! Il a une question à te poser.

- A moi ? Quel genre de question ?

- Sur tes yeux.

- Qu’est-ce qu’ils ont ?

- Est-ce qu’ils sont vairons, ou… comment tu dis, déjà ?

- Hétérochromes ?

- Hétéro quoi ?

- De couleurs différentes.

- Ah non ils sont vairons : ils changent de couleur, mais les deux en même temps.

- Tu vois, on n’était pas d’accord...

- C’est rare, il paraît. Ca tourne surtout entre le bleu et le vert.

- Tiens, regarde qui voilà ?

- Dis donc, elle s’est encore habillée !

- Tu parles, j’ai vu sa piaule, il y a que ça...

Et là, ce qui voilà, ce sont trois formes qui surgissent non pas de l’hôtel, mais du chemin, lequel ne s’arrête pas là. Carole encadrée par les deux pingouins. Ils reviennent d’on ne sait où, mais ils reviennent. Au moins ils sont deux. On pourrait penser que ce n’est pas pour l’effrayer ! On dirait Simon et Garfunkel, les deux zèbres, là… Quant à elle, naturellement elle est fringuée, mais c’est loin d’être le mieux de ce qu’ils ont pu réussir à apercevoir sous les toits. Lui s’en fout. Cela fait les choux gras des filles. Adonc il a la réponse à ses questions, sans en décoincer une. Le trio s’amène directement sur eux. On voit aisément que c’est la brune qui tient le crachoir. Elle est en pantalon corsaire, partie de campagne, et une grosse chemise un peu comme celle de la Cathy. Seulement tout est assorti à l’intérieur, avec le pantalon. Un connaisseur dirait que c’est de la belle nippe. Elle est en ballerines ; elle est quand même pas allée jusqu’aux talons hauts. Les gus eux sont sapés en veston. Seulement ils les ont rejetés sur l’épaule de manière symétrique comme Dupond & Dupont. Pire, il y en a un qui se balade en Bausch & Lomb, mais sur le front, pour se donner un air dégagé. A pisser de rire ! Bien qu’ils n’aient pas la même taille, ni la même conformation, il semble que l’on puisse à tout moment les interchanger. Après un passage chez le tailleur. La jeune femme, pour sa part, exhibe une broche encore plus grosse que la perdue. Peut-être pas en toc. Ils se mettent à chercher une table dans les immensités à perte de vue sur la terrasse. On pourrait y rouler en bagnole ! Il y a des zones plus ou moins denses. Les clients ont probablement déplacé eux-mêmes le mobilier d’extérieur en suivant la course du soleil. Ca donne un joyeux pandémonium. Dispersé. Luxueux. Entre le civilisé et le non… Les parasols suivent toujours. La nuit ça doit faire de l’intimité. On rameute des chaises. Il y en a déjà partout ! On récupère des menus en plastique pour essayer de commander si possible des glaces. Vraiment un autre monde avec ses dimensions inquiétantes, ce chauffage maintenant doux et obstiné par un soleil encore loin de son déclin, ces autres consommateurs qui ont l’air d’avoir été mis là dans un circuit de train électrique, ces serveurs qui ne viennent jamais. Comme dans Beckett ou Buzzati ! L’ambiance… On dirait que la journée recommence ! On se croirait en bord de mer comme à Balbec… Au Prince of Wales ! Alors qu’il n’y a pas trace d’eau… On ne sait pas du tout ce qui va se passer ce qu’on va faire… Marienbad ! Sauf le type aux aloufs… Celui-là on l’a pas on peut pas le reconstituer… La brune est dépassée tout le monde est dépassé même Simon et Garfunkel ! Des complices au bonneteau... Eux ont l’air de bien savoir. Ca se lit sur les traits… Les cheveux ébouriffés ! Alentour très vaste mouvement. Ca cherche, ça cherche, ça s’assoit. Un nuage de chercheurs ! A un rythme prodigieusement immuable. La brise tue les quelques paroles pour se héler mutuellement. Manquent les bancs d’oiseaux de mer. On a les grillons ! Eux aussi le vent par bourrasques les gomme. Puis il tombe et renaît le cri-cri. Protégé sous les parasols c’est beaucoup plus calme… On peut avoir l’impression que l’on n’est là que pour attendre les lumières… Son et lanternes ! Seulement il y en a pour une paye ! C’est matriarcal et la moitié des types sont pas encore installés que les trois greluches occupent toute la bande passante… On se demande… Au début ils n’y prêtent nulle attention. On s’attendait à les voir se bouffer en quatre. Absolument pas des sourires béats ça la fout bien. Il se dit que d’une certaine manière c’est lui qui a rassemblé tout ce monde-là autour de lui. Faudrait surtout pas qu’il cherche à prendre une initiative ! Tout le monde jacterait personne suivrait ! Il pense au bijou. Nul n’a dit à Carole qu’il est probablement retrouvé… Il attend dûment en place… Protégé par un très somptueux nid de poussière ! Rien ne peut lui arriver… Surtout pas d’aspirateur dans le coin… Bien que… On sait jamais ! Qui fait le ménage, dans la bâtisse ? Faudrait savoir… Faudrait s’en assurer quand même… Les filles savent… Il faudrait en parler… A l’une ou à l’autre… Jamais laisser d’incertitude… Au pire il redescendrait avec la brune ! Sans escalade… Elle y arriverait pas comme la trotte-menu… Mental différent. Elle c’est la divinité la transcendance. Faut tout lui faire ! Il revient en pensée à la tablée qui devise. Justement la Carole est au centre. Seulement elle n’a plus le monopole de la glose comme avec des mecs religieusement intéressés. Elle écoute, aussi… C’est mademoiselle peau de lait qui souvent tient la rampe. On croirait pas comme cela ! Relayée par Gabrielle. De temps en temps l’un des deux Simons se colle dans le truc fait semblant de comprendre. Lui-même serait bien en peine de le repêcher. Incapable de deviner le sujet de la converse… Pas fortiche ! Le gus, lui, parle avec une petite voix. Feutrée ! Pas aiguë, inaudible. Il balance des sourires larges. Evocateurs. Ca fait glousser les filles. La brune s’ostracise un peu sur son quant-à-soi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XIX Titanic

 

 

 

 

 

Ca règle pas le problème de la commande. C’est une serveuse qui en fin de compte est sortie de la ligne Maginot. Elle arrive pour gratter. Personne a rien prévu… Rien lu ! On sait même pas ce qu’on veut faire. Ni lesquels rester ensemble. Chaque lampion sera profondément allumé qu’on en sera toujours au même point. Par désœuvrement ça va être des glaces. Enormes. Tout le monde s’en rend compte. Cela gagnerait un temps infini. Personne pour se décider… Autant que ce soient les filles qui démarrent… Les mecs par principe leur faut du recul. Ca y est c’est parti toutes à la fois ! Elles veulent savoir ce qu’il y a dedans. Sinon elles en mangent pas. Et ça et ça et ça ? En plus évidemment c’est tout la même tambouille chantilly-chocolat chocolat-chantilly... Pas un qui échappe ! Avec tous les noms de la terre… Des portions énormes ! Tudesques… Hollandaises ! Elles s’en lèchent les babines. Va plus rien rester pour les mâles. La commande se précise. Il faut tout répéter ! Les deux Garfunkel font les originaux. On va s’en sortir ! La fille dans son tablier fonce. Les cigarettes sortent en attendant. Carole ! Ca repart sur le coup de la broche ! Comme des archi-dingues. Très sérieusement… Chacun donne son avis ! Même les Gurfinkels… Ha mais oui ! Ni plus ni moins… Ils font valoir qu’un tel bijou, forcément ils l’avaient remarqué. Très hautement ! Les autres décrivent leurs recherches… Par terre à quatre pattes. Chacune rajoute enjolive son rôle… Evidemment ça ne retrouve nullement le morcif ! Ni fait rien progresser d’un iota. La Caro a l’air plus embêtée qu’on pensait. Se demande si par exemple les types de sa bande… En dansant tout bonnement… Ca simplifierait tout ! Absolument ! Elle hésite… Pierre lui au moment de parler se ravise in extremis ! La boucle hermétiquement ! Il vient de réfléchir… Pas la peine de révéler à la docte société qu’il se traîne par terre sous les armoires de la belle brune ! Surtout pas… Tant pis, dans la soirée il se débrouillera pour la retrouver lui révéler… Le bijou les deux zèbres ils s’en tamponnent… Chacun en porte plusieurs… Font plus attention ! Leur affaire, c’est le chocolat qui va venir comme des icebergs. La discussion c’était par hasard. Le choco fumant de froid la chantilly affalée dessus ils ont détaillé les photos… Ca les passionne ! Ils s’y connaissent... Le sucre le sel le riz…

- Ca fait tard, non, pour des glaces ?

- C’est ça qui est bien...

- Qu’est-ce que vous faites, vous, après ?

- Ben on sait pas, nous…

Les horaires inhabituels ça fait déjà basculer immédiatement dans un autre monde. Là maintenant les sorbets qui arrivent comme un seul homme c’est à peu près se balader en spencer à dix heures du matin. Pourtant on sort de rien. On sort que des habitudes. Même pas des convenances. A dix heures du matin le spencer personne le voit. Du chocolat baveux il y en a encore plus que sur la photo dans certains modèles ! Ca dégouline de côté ça emplit l’assiette. Les coupes gigantesques c’est plein de petits drapeaux de ballons de foot de friselis d’origamis… Murmure de satisfaction comme à la bourse tout le monde s’empare… A peine si la serveuse parvient à retirer son bras… Ce serait le petit déjeuner ce serait pareil. Un état où la mémoire n’a pas barre sur tout. Où l’on se sent d’une grande liberté. Intégralement neuf. Où l’on mesure chaque geste de peur qu’il ne devienne un premier échec, dès lors que le temps se trouve automatiquement compartimenté. C’est un silence. Tout le monde à la graille ! On n’entend pas de grands slurps, mais se produit un effleurement dû à la proximité des ballerines que porte Carole, auquel il tarde à répondre, se demandant ; suivi d’un bon coup de latte provenant de la même Carole, sans ballerine cette fois et sans ambiguïté cette fois également. C’est pas désagréable. C’est chaud. Elle est en frais avec la Catherine sur on ne sait quel sujet, dont on ne s’extrait jamais. Elle ne décoince pas un seul regard du visage de son interlocutrice, laquelle serait vraiment très forte si elle éventait quoi que ce soit. A un moment elle part d’un rire en gargoulette qui autorise la brune, comme pour le prendre à témoin, à lui balancer fugitivement des yeux où le brun foncé des iris mange à peu près tout le blanc. C’est louche, le rire en gargoulette. Le coup de pied c’est risqué. Trop risqué. L’heure tourne. Il voudrait bien profiter de l’air du temps, parce que finalement qu’est-ce qui fait tout le charme ? Pas tellement la glace il s’en fout, mais le reste… Même indifférent, il coule un regard sur le sorbet qui discrètement coule en glaciers microscopiques. Eboule ce qu’il peut à la cuillère. C’est quand même pas dégueu. On n’a pas réfléchi à quelque chose pour accompagner. C’est pas plus mal. Il observe se mettre en place un début d’activité, assez loin autour d’eux, pour organiser quelques séries de tables vespérales. La brune lui fait tourner la tête, ce qui le rend autiste. Partagé entre sa longue chevelure et les lanternes qui, sur le côté, dégoisent luminament sur l’infini. Il faudrait voir ce que donne Catherine. Depuis vingt secondes c’est re la conférence à trois. Il pourrait y avoir des B. cinquante-deux en pleine action que ça les déloquerait autant que cela. Reste plus que de nouveau la glace ; ou alors Simon et Garfunkel, qu’il n’a pas essayés. C’est vrai, cela ! Il serait rigoureusement incapable de raconter de quoi est faite leur conversation. Il choisit encore le chocolat, en lourds tourbillons pâteux. Envahi de chantilly sale comme l’Amazone. Il observe éperdument la texture, comme ça fond. Pour un peu il lui faudrait un microscope. Re coup de pied déchaux ! Pour le maintenir en ligne… Elle va y passer la soirée ? Ca produit de l’effet, nonobstant. Il ne peut s’empêcher de balancer des coups de périscope à droite et à gauche. L’intérêt c’est qu’on ne l’attend pas pour jacter. Ca repose. Même les Garfunkels essaient de s’agroumer au pépiement généralisé des filles. A trois cents décibels ! Ca ferait se retourner les autres tables si elles étaient remplies de monde. C’est marrant ; on en voit un balancer une question plus ou moins fayotte dans les airs. Peine perdue ! Ladite question est inspirée par la dernière parole d’une fille. Mais ce n’est pas celle-ci qui reprend sur l’interrogation du Gurfinkel ! C’est une seconde, qui sans hésitation claironne à lui couper la phrase en deux comme un pétrolier… La troisième enchaîne. Le malheureux est anéanti laminé liquéfié. Tente de faire bonne figure de chien battu la voix de son maître… L’autre Gurfinkel ironise in petto. Lance à son tour un ballon au plein milieu d’un silence. Là vient le plus terrifiant ! Les trois gummiches en même temps… Pire que la Vallée heureuse ! Le gars est complètement étouffé… Peut plus respirer ! S’épancher… Se recroqueville aussitôt dans les profondeurs de sa tranchée… Tire une fusée ! Attrape son masque… Finalement lève les bras envoie tout par terre ! Un de moins. Deux ! Comme ils sont à deux évidemment ils recommencent tout le temps… En fonction des pauses des silences des demi-soupirs dans le discours de ces dames. Chaque fois c’est la ramasse à pleurer ! Pierre comprend pas qu’ils comprennent pas. En voilà une découverte ! Pourtant sont sapés faut voir ! Ca sert à rien du tout… Que dalle ! Pauvres clowns… Ca fait pitié vraiment ! Pareils déploiements… En vain toujours en vain. Bouvard et Pécuchet ! Ils ont pas des gueules de jardiniers… Pas de Chance… Catherine on en est sûr elle ne le regarde pas du tout, vairons or not.

Ah si, cela commence. Dans ces conditions… En tous cas c’est discret elle doit se méfier salement. Ils ont quand même été absents à deux isolés toute la matinée c’est pas rien… En filant dès potron-minet ! Pas qu’on les voie ! Le reste à côté c’est de la gnognotte. Lui ce qu’il ferait bien c’est recommencer le coup du bain. Ca brûlait il était moins une ! Il s’est mal démerdé voilà tout. Sinon c’était bon ! A se demander justement si elle avait pas tout manigancé… Ah le gland le blaireau ! A présent on est à dache. Il connaît pas du tout, si ce n’est qu’on est perché sur une falaise démesurée. Pourrait demander… Elle sûrement elle sait. Plus ça va plus il se dit qu’il faudrait tenter quelque chose. Il en décoince pas une pour autant… Il écoute sans écouter. Dans le cirque ambiant tout est inaudible. On dirait que c’est forcé… Il est tellement loin en esprit qu’il lui semble que pour parler, il lui faudrait une introduction… Une présentation. Un sauf-conduit. Un come-back ! En général c’est pas très volubile, ce qu’il raconte… Là il est vraiment dehors outside. Seul avec sa glace qui fond sec… Il la bouffe sec, aussi. La y a pas d’erreur. D’hésitation. Encore heureux qu’il y ait pas d’autre mec sur le coup ! Les coups… Rien que les deux inoffensifs… Faut quand même pas trop les trimbaler, ces gaziers-là. Peuvent couler l’affaire la mieux prête… Sans rien faire ! Ca doit être un don. Sabordage inside ! Ce qu’il faudrait c’est se lever de table… Pour l’instant c’est trop frais pour les glaces… Seulement après… Il contemple sa cuillère chargée. Il y en avait un paquet. Il est le plus en avance. De temps à autre il échange des phrases avec la musaraigne. Cela ne dure pas… Elle aussi y va fort du décibel. Sa voix sort assourdie ; ne porte guère. Elle est obligée de hurler comme dans le métro. Il ne l’écoute pas. Il gamberge. Le déclic s’opère. Ca y est il a ce qui lui faut. Enfin. Il va liquider sa glace, embrayer immediately sur un cigarillo, exécuter quelques gestes pour justifier l’absence temporaire qu’il s’octroie ; bien temporaire, hein ! Pas question de les débarrasser de lui… Filer un peu plus loin sur le pont du Titanic visiter de près les lanternes. En particulier celles qui sont scellées sur la balustrade. Etudier comment c’est fait. Comme les autres, les normales à pied, mais encore ? On peut bien s’intéresser aux lanternes, nicht wahr ? Comme cela peut-être qu’il pourra discuter quelques minutes avec les sortes d’étrangers qui semblent envahir. Respirer un grand bol de calme. Décider après. Ce n’est pas le repli sur l’Aventin, ni sous la tente à Bourbaki, c’est le contraire : juste de donner un peu de mou. Il se réjouit presque autant de son plan que du chocolat qui décrit tout un chantier de terrassement dans son assiette.

Un gigantesque grésillement à cent cinquante décibels vient initier les premiers essais musicaux. Ca gratouille dans des haut-parleurs nombreux et de belle taille. Qu’il n’avait jamais remarqués. C’est dansant, ici, voilà autre chose ! Ca s’accélère… Il se dresse pour évaluer la situation. Des orchestres qui ont entrepris de s’installer, en vérité il en surprend des palanquées ! Ca va être la cacophonie ! A celui qui gueule le plus fort ! Les autres n’auront qu’à s’étouffer sur place… Quelle horreur ! En détaillant avec un minimum de sagacité, on se rend compte qu’ils sont néanmoins bien espacés. Sans compter la bise de la nuit, qui va brouiller les cartes ? La flotte les intempéries le tonnerre ! Est-il le seul à ausculter périodiquement le ciel ? C’est que… Il tient à la soirée ! Prévoir un abri, pour lui et la brune… Si elle est disposée ! A part le chemin de ronde et les grappes de clameaux… Ca commence à rappliquer de partout, les instruments les cuivres les synthés la filasse. Des potences pour les baffles… Les petits ! On voit déjà s’avancer des monstres… Six, huit barbus non pas pour les porter, simplement pour les déplacer ! Hauts comme des camions… Combien de kilowatts ? Phénoménal ! Des tablées se lèvent pour les laisser passer. Pour filer un coup de main. Les trois filles aussi ont regardé ; au moins une seconde. On ne les arrête pas comme cela. Au reste, c’est technique, donc il y a des pour qui. On admire les instruments qui passent à proximité, les amplis à dix-huit étages, le brillant des trompettes comme Nini Rosso dans le milieu du lac. Seul manque un piano comme dans le Piano. Les filles ont rembrayé de toute la force de leurs petites mandibules… Envolées ! Personne peut plus rien… Lui, ça lui donne du mou pour mettre son plan à un commencement d’exécution. Rien ne presse. Rivées ! De temps à autre le colossal grésillement donne de la voix. C’est marrant. Ca bugle. Le gars doit s’énerver sur un bout de fil. Il doit y avoir une régie quelque part, non ? Faudrait la trouver… Commence à devenir intéressant. Parcourir toute la terrasse. Un accès à des locaux vides… La curiosité s’éveille… Il revient à ses agapes. Le chocolat liquide, sans hâte, diminue au fond. Cuillerée après cuillerée. On n’aurait jamais cru que cela produirait autant. C’est moins froid. Pas plus mal. Avec le nombre, des coups à s’en balancer sur la chemise... Le grimpant ! Faut faire gaffe donc il fait gaffe. Personne à présent ne s’occupe de lui. Il ramone à fond les récipients les ustensiles… Tout doit disparaître ! En toute impunité… C’est vrai c’est con, hein ! Si, le personnel… La serveuse… Ils doivent tellement en voir. Crac c’est le moment le cigarillo ! Il farfouille fouille comme une brute. Il est brusquement nerveux. Sans prévenir évidemment. Ca dérape. Sa main dérape. Ca cherche à côté… Les autres ont ce genre de trucs aussi ? On le voit jamais… Pourtant la boîte de minis tient toute la poche ! Des coins dans le tissu du jean’s… La toile de Gênes la serge de Nîmes ! Des angles carrés protubérants… On les distinguerait à trois cents mètres ! Pauvre falzar c’est bien la peine… C’est coincé dedans ! On dirait… Ha le massacre ! Veut plus sortir… Si, en fin de compte ça se retourne tant et plus ; seulement ça veut plus du tout sortir ! Absolument pas… Si ça continue il va se faire repérer les deux Simons vont lui offrir des sèches américaines… Ils ont bien une tête à cela, non ? Fumer de la came US peut-être… En outre ! C’est comme tout il s’en fout du moment qu’il est pas dedans… Les Marx brothers… Il extirpe ça s’extirpe. A deux doigts de tout balancer par terre boîte grande ouverte… Sauvé par on sait pas quoi… Les Garfunkels arrêtent de le mater. De toutes façons les filles déploient trop de ramdam. Après ce sera la sono sauvée par la sono… Tranquillos il en chope un, de cigarillo ; puisqu’ils sont indemnes… Hosanna ! Ca rebascule. Dans le bon sens. On peut pas savoir ni pourquoi ni qu’est-ce… Les choses se mettent à bien se goupiller sans prévenir. La flamme du premier coup ! Il peut y avoir quelques nœuds de zeph… Caché ! Immediately sans réfléchir los Aufstand ! Ca vole… Décolle ! Debout parfaitement alourdi ! Il a vidé les cales de chocolat ! Du haut de sa hauteur les greluches sont plus basses… Lui prêtent plus attention ! Pourraient plus le regarder sans se tordre le cou… Sauvé réchappé ! Plus besoin de faire le télégraphe Chappe… Les deux benêts là complètement out on sait pas où ils sont vraiment… Plus qu’à faire un cent quatre-vingts vers les zones habitées ! Puissance assiette compensateur...

Le premier objectif qui lui attire l’oeil, c’est une table avec un certain nombre qu’il a vus ce midi au cocktail. Est-ce qu’eux vont le reconnaître ? Il n’a rien contre. Il hésite, son clope allumé. C’est toujours vagus gênant. Sous les parasols on est comme dans des ruelles. La serveuse émerge de quelque part , bras chargés. Lui coupe la route. Au point qu’il dérive à angle droit. Va donner dans un autre groupe en train de s’installer. Ca devient prodigieusement dense… Il n’y a pas un quart d’heure une terrasse quasiment vide ! La sono regratouille. On voit des baffles. Des petits. Suspendus çà et là. Il faut regarder en l’air ! Rien qui sorte pour de bon. Ni de musicos pas le moindre ! Bizarre, comme organisation. Cela met de l’ambiance par manque d’ambiance. A la table, la première, avec les types vaguement repérés, il y en a un qui fait on ne sait pas quoi avec des aloufs. Il insiste ! Cela réveille le décor à des huit kilomètres. Comme dans Marienbad ! Cocasse… Est-ce qu’ils ont le même en bas ? Sûrement pas dans les cuisines ! Un fantôme… Celui-ci est un fantôme ! Sûr qu’il n’est pas doué de la parole… Il n’est pas d’ici ! Comme la brune lorsqu’elle se mue en créature d’outre-ciel, en somme… Des dieux vivants ! Un monde peut-être immense, très peu se dévoilent. Ca vaut le coup de s’approcher… Le gazier en outre sapé comme un milord ! Il arrête pas de distribuer ses allumettes. Ca se joue à deux. Il faut à chaque tour enlever des aloufs. Il y a un maxi. Le but est de pas se retrouver avec la dernière. Il bat tout le monde ! Ca paraît simple… Chaque fois qu’un candidat se présente, c’est le slip ! Dure pas une minute… Le type lui sûrement il a une martingale… Tout le monde regarde. En se ramenant nouveau venu c’est lui qu’on regarde… Tant pis ! Observe le jeu… Essaie de piger… Ca vient pas ! Un long moment… Debout ! Sans fumer le cigarillo qui se consume au bout de sa main. Il finit par tirer une bouffée… Il considère le jules… On dirait un bateleur en bonneteau. Un escamoteur ! Là il triche jamais on peut pas… Et si là était la solution ? Bizarre… Faudrait rester plus… Le type lui est inhumain ! Avec son attirail son accastillage son Francesco Smalto ses Berluti le reste à l’avenant… Les cheveux gras… Ca se voit ! Depuis le temps qu’il est là le mec va l’inviter c’est sûr ! Les autres c’est des vieux des divers. Ils se remplacent ; il y a un turn-over ! Il en surgit de partout. Ils restent un quart d’heure une demi-heure. Disparaissent n’importe où. Des jeunes aussi ; des filles ! Invitation générale ! Ca se relaie à mort jamais de pause… Dans le fond s’il le veut il peut rester là sans jouer… Se contenter d’observer… Le gus l’entend pas de la même oreille. Il faut qu’il aie sa ration de perdants. C’est-à-dire tous. Image de la mort… Intéressant de pas bouger pour voir ce qu’il adviendra...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XX Solitaire

 

 

 

 

 

N’importe comment il est coincé. Chaque fois qu’il aspire une taffe ça fait un geste… Attire inévitablement l’attention ! En fin de compte, ça va changer de gueule. Les flots de gus qui jouent tentent et retentent augmentent. Ce qui fait qu’on le commisère mais on lui passe devant. Pas trop pressé de se prendre une toise, lui laisse aller. Chaque fois qu’un geste s’abat devant lui pour l’inviter à prendre son tour, il est ailleurs. D’autres arrivent. Qui ne font même plus attention à lui. Au premier rang, il n’a toujours pas touché une alouf ! Très fort… Il regrette un peu. Ca lasse un brin. On ne peut rester debout quatorze heures penché. Il fera comme Mac Arthur, il reviendra. Lorsqu’il y aura moins de monde. Eventuellement quand il aura trouvé. Sûrement pas très sorcier. Tout le monde peut faire Polytechnique il suffit d’y mettre le temps. On pourra discuter avec le gars, aussi. Une tête à délivrer une besace de trucs à raconter. On sait pas si c’est un monsieur Loyal, un Cagliostro lyophilisé, un galérien reconverti. Là sur cette espèce de terrasse vénitienne, il ne dépare nullement. Une autre dimension… Les grillons ! Ils retentissent on les occultait. Cachés on ne sait où à proximité de l’immense balconnade… Délibérément il quitte le groupe, où il parvenait à échanger quelques paroles de routine, pour aller à la pêche aux grillons. Fouiner. Se pencher par-dessus l’imposante maçonnerie constituant la balustrade… Ils sont bien quelque part ! En attendant il est libre. Dans le tumulte universel… Ca se réverbère, ces bestiaux. Peut-être qu’il y en a sous le dallage ? Sur les parasols, planqués dans la toile ? Ils sont mobiles ? Sales bêtes ! Toute la journée encore maintenant… Tout le monde s’en fout, d’eux, ou quoi ? Il va se pencher dans le vide. Histoire de l’avoir fait une fois. Impossible d’appréhender le fond, tellement c’est brumeux. De la carboglace ! Cela scintille. En insistant bien, on découvre que sous l’immense plan, un peu plus bas que le chemin de ronde, il n’y a pas la falaise mais rien, un genre de sidéral vide sanitaire. On y suppose plus qu’on ne les distingue de colossaux pilotis en béton mastar. Construction tellurique ! Spatiale… Architecture spatiale… De planètes... Que d’éléments surnaturels ! D’une autre civilisation… Y aller ? Cela doit se passer sur le côté… Il doivent remiser des trucs, là-dedans… Des brics-à-bracs genre Courtial… Sosthène ! On en devine des bouts qui émergent. Ils ont peut-être des ballons ? Des petits dirigeables... Pour aller sur la carboglace ! Là, les grillons sont super à l’aise.

Il est seul. C’est agréable. Tout ce qu’il risque ce sont des regards dans le dos. Pas grave ça peut pas rentrer ! Au loin les filles on les voit plus du tout… Faudra mieux se signaler tout à l’heure. A présent la rambarde est déserte sur au moins huit kilomètres. Il n’y a que lui, quoi… Il se met en position carte postale, bras tendus appuyés symétriquement. Humant l’air du temps. Lequel commence à faire mine de fraîchir, c’est-à-dire que la chaleur devient un brin plus supportable. Même les plantes les fleurs on les sent… Drôlement ! C’est à perte de vue… Crac la sono regratouille. Il se retourne ! Des musicos arrivent. Ils déboulent. Pesamment. Sans se presser. Porteurs. C’est fragile leurs trucs faut chouffer… Maintenant il s’accoude à la balustrade. Des yeux il suit la brève cohorte. Elle est parvenue à une petite estrade. Se met à branchouiller dans tous les coins. Ca va vite. Ils ont l’habitude. C’est pas des feignants. Après les synthés les amplis ça larsenne à qui mieux mieux. On prend son temps. Après ce sont les inévitables tranches mortes. Toutes les chaises de toute la terrasse, qui s’étaient à perdre haleine tournées vers ce seul point, se retournent comme un seul homme dans leur orientation initiale pour s’en foutre. La pause avant de commencer. Les autres sur leur podium agitent des feuillets déambulent conciliabulent. Il détaille. Embrasse l’immense dallage. Il se dit que c’était presque plus beau deux heures plus tôt à leur arrivée. Pratiquement désert, vaguement jonché, mal arrangé mais tellement prometteur ; un peu comme les chaises de métal vert, à portée de la bruine, le matin à la fraîche. A tous les coups les grillons sont derrière dans les plantes nul besoin de sortir de l’X. Odorantes ! Odoriférantes… Ha c’est magique on croirait des femmes repeintes. En l’honneur de la soirée ! Aux aurores c’était le bois mouillé. L’humus envahissant. L’intimité de la forêt jouxtante. A présent, c’est la fête. Qui s’installe. La foule s’est remplie. Il demeure collé à sa balustrade. La nostalgie de ce qui se passait deux heures auparavant est toujours une nostalgie. Il n’a pas remarqué à côté de lui, tant elle est proche, une énorme et puissante lanterne plantée dans la lisse. Il est venu pour cela ! Elle est belle. Coincée sur son bâti à hauteur d’homme, elle ne peut se cacher à l’instar des autres, perchées de leur hauteur complète. Elles sont, elle est noire mais archevêque. Coadjuteur, plutôt. Un violet qui tire sur le rougeâtre, le mauve. Cela dépend considérablement de la lumière. Cette nuance, ces nuances ne se voient qu’à peine. De loin, elles sont noires. Seulement dans certains cas vient affleurer la modulation de ses reflets. Elle est rouge comme le bleu nuit est bleu. Jamais. Simplement, on croit percevoir… Un noir pur serait non seulement salissant mais étouffant. Ils ont quelque chose de vineux, vinardier, ces reflets, lorsqu’ils consentent l’effort de se manifester. Après il y a la gueule. Des formes on en trouve de plusieurs sortes dans toute l’Europe. Celles-ci sont à huit pans, seulement quatre grands et larges, les quatre autres beaucoup plus étroits et fins occupent en quelque sorte les quatre coins des premières. Bien volumineuses mais non parallélépipédiques, un angle de trois degrés. Très légèrement tronconiques. Le toit est un peu plus tarabiscoté ; comme un serpent ça ondule… A l’intérieur ça luit. Même sans la nuit ça luit. Ils les ont mises de jour on sait pas exactement pourquoi. Par temps sombre ça donne un genre ; au moins ça rehausse. A Balbec par exemple en février à seize heures ça doit faire chicos… De loin ça peut donner jaunâtre orangeâtre, un éclairage en plein jour. Celles qui sont plantées dans la balustrade, juste au-dessus des trumeaux séparant les rangées de balustres, sont identiques à celles sur pied, un peu plus grosses, environ une fois et demie. Tous les trois trumeaux, il y en a, tellement la terrasse ne s’arrête jamais même à l’infini, c’est pas rien ! Chacun peut en avoir une… Ca fait un nombre...

Pom pom ! Sans prévenir ni quoi ni qu’est-ce… Quatre mille décibels ! Ou c’est Nini Rosso, ou la Sonnerie aux morts… Aucun des deux ; ça décolle un peu plus doucement à présent. L’alerte a été chaude ! L’orchestre on l’avait oublié. Il se rappelle. Ha ça monte en jazz… On peut pas danser, là-dessus ? Y en a qui le font donc on peut ! Réellement. Depuis six minutes ils y sont. Au charbon au turf… C’est pas la sonate de Vinteuil. Avec la terrasse dommage, c’eût été au-dessus de tout soupçon. En attendant ça corne seco l’ami… Toute la soirée comme cela… Ca claque ! Mais c’est bien. On est embarqué… Pour l’infini ! Que ça s’arrête pas que ça poursuive… Tout le temps… A jamais ! On pensera plus à manger plus à rien… On dormira plus parce que c’est du temps perdu… A propos de manger… Il regarde… Des serveurs comme des pères Noël de Folon… Ils s’abattent ! Des escouades des corps d’armée… Après il sera trop tard ils seront tous dans les tranchées aux cuisines… Faudrait qu’il se dégotte une taupe n’importe… Enfin non pas n’importe… En profiter pour faire son beurre la miss Potelée adonc… D’abord aller voir… Les déloger ! Ensuite on avisera pour essayer de ruser… Ce qu’on n’entend plus par exemple ce sont les grillons… Par exemple ! On saura plus de quoi jacter… Si on s’entend… Affaire grumeleuse… Vaut mieux foncer dans le lard il se lève au galop. Le jour n’en finit pas de commencer à tomber. Il se faufile. Dans les danseurs les serveurs... Les danseuses les serveuses ! Les mangeurs aux tables. Il n’est pas tard. Juste ça commence. Le clope à la main il essaie de pas en semer partout… Des fois ça fait des histoires ça s’est vu. Ca culbute s’entrechoque avec ce beau monde… Des fois hardos ! Faut se glisser au mieux, quoi, y a rien d’autre à savoir… La frénésie ! Ca trotte tout le monde trotte on dirait qu’ils ont attendu jusque-là… A trois mille mètres il repère immédiatement les filles. Enfin ! A la glace… Il y a eu de la perte en ligne la brune a disparu. Il cherche encore des yeux son sac… Rien que dalle ! Oui mais ça veut rien dire elles les trimbalent partout… Il accélère déjà savoir… Ca met de la difficulté pour accélérer… Coincé de partout ! Des plats qui transitent… La ruche ! Des ceusses qui vont à la musique les autres qui en reviennent. De la bouffe à un mètre cinquante du sol qui passe ! Ca frotte comme pas possible… Il y en a qui parlent, soit pour gueuler soit pour s’aplatir… Heureusement on peut absolument rien entendre à cause du son… Rien de rien ! Ce qu’il faut pour avancer c’est prendre un courant. Comme on prend le métro… Mais pareil évidemment l’intérêt c’est de le prendre dans le bon sens… Sinon c’est cuit forclos adieu ! Après on est confortablement écrasé de tous les côtés parfois même soulevé… Pendant un mètre ! Il a bien pigé ça avance pas mal. Tant qu’on est poussé tracté on a le temps d’observer par en haut… On se croirait dans une croisière sur le Rhin… Le pont c’est tout à fait ça, l’orchestre… Sur un bateau à aubes ! Ha ça rupine ! On voit pas le commandant… Seulement ici tout se prolonge ! Dimensions infinies. Des centaines de mètres pour la terrasse… Le Titanic ! C’est sûr. Un abîme planétaire… Des parsecs ! On n’a jamais vu le fond. Et tous ces orchestres, qui se succèdent ! Titanic itou… Fin du monde… « Plus près de toi mon Dieu » ! Prêts à l’exécuter… Il y a une mesure quasi-divine qui se substitue à l’autre… Transcendante !

Voilà il est à l’orée de la foule… Extraction ! Pas dans vingt ans sinon ça se referme… Juste se déphagocyter… Libre ! Il aurait jamais cru. Direction les femmes ! Pas hésiter rentrer inside… C’est vite dit elles l’ont vu à trois bornes… Peut-être même en plein coincement ! Pour ça elles ont eu le temps de préparer elles le fixent immobiles au radar… Quelques mètres les derniers comme dans l’infanterie… Ce qu’elles font ça se voyait pas elles sourient. Essentiellement la potelée parce que l’autre est encore à dégoiser on peut pas la stopper. Une mimique très belle qu’il n’a jamais pu lui voir ou imaginer… Rayonnant illuminant Versailles ! Et c’est vraiment ses yeux qu’elle regarde il le croit pas. La musaraigne on sait pas ce qu’elles se sont raconté maintenant c’est le silence plus aucune mandibule… Ah si la fossette les fossettes. D’un air un peu gêné minaudant. Mais alors la Catherine souveraine ! Elle éclipse tout. On croirait que ses iris le sont, de la couleur du sourire. Ca lui fait de bonnes joues. Statufiée elle attend il n’a jamais vu ça. Il peut néanmoins pas la détailler elle tout de suite. Les équilibres du visage les lèvres… Le reste c’est une chemise en coton écossais genre qu’elle avait ce matin. Le bouton du haut défait, le suivant. Il y a longtemps ? Le soleil est rentré là-dedans. Tout l’après-midi probablement à en juger. On peut pas voir… Par exemple tout à l’heure il s’est aperçu de rien ! Empaqueté à jaffrer en face du chocolat de la chantilly, rien remarqué… Obnubilé sans doute… La brune ? Il se souvient pas. Du coup il attaque sans préparation d’artillerie.

- Carole est pas avec vous ?

- Elle est partie avec les deux zèbres ; ça m’étonnerait qu’ils reviennent.

Ah oui il y a ceux-là… Complètement oubliés. Pas très marquants. C’est la musaraigne qui a répondu. Elle s’occupe de tout.

- Tu as faim ?

- Pas très ; mais si on veut il faudra pas trop tarder à se décider.

- Ici ?

- Pourquoi pas ? En plus on a déjà fini le dessert !

- C’est vrai. Cathy ?

L’interpellée fait signe que oui ; à quoi on sait pas trop. Elles vont se lever. Peut-être le suivre ; le précéder. Elles se lèvent. Elles repartent à discuter comme si elles ne s’étaient pas vues depuis quinze ans. Lui ne peut plus en placer une. Si c’est tout le temps comme ça… Gaby oriente la marche. A peine font-elles attention à lui. Elle semble mieux connaître la boutique. De leurs phrases, il appert que durant son absence chez les lanternes, toutes deux ne sont pas benoîtement restées devant les reliefs de leurs glaces ; elles ont trouvé le temps d’un tour en forêt. Il faut dire que lui, à l’autre bout de l’entrepont… En attendant, pour le tête-à-tête avec la Catherine, l’affaire se trouve plutôt mal barrée. Un chaperon ! On y était presque les trois autres avaient filé… Pauvres Simon et Garfunkel… Elle va les bouffer crus ! On dirait que les lanternes éclairent plus fort… Non seulement le ciel se couvre, mais il se prépare à venir arborer des teintes de soirée. On a le temps. Un ciel à la Burgonde… Un machin pour photographes ! Symphonie parfaite de l’abstraction lyrique… Cela ne peut guère se mettre à flotter avant plusieurs heures. L’orage ! Un orage… Des orages ! Blang badabang… Feu jupitérien ! A présent ce qui se produit c’est que les nuages vont maintenir la chaleur en bas. Cela va continuer à fraîchir, mais moins. Ce n’est pas plus mal...

- Ecoute on le respire encore ! J’ai l’impression d’en avoir sur les vêtements...

- Tu verrais sa piaule !

Il guette appréhende que l’une ou l’autre ne se retourne. Ni l’une. Ni l’autre. On ne voit que les cheveux. Il les suit. Elles se sont acoquinées de front. Pas pour longtemps. Dans la fournaise on pourra plus. A mesure qu’elles parlent, il devine qu’il s’agit tout bonnement du parfum de Carole. Faut pas sortir de l’X. ! Depuis la constitution du petit groupe c’est ainsi. Le Mitsouko… Par exemple des quantités pareilles ! Capiteux… Pas désagréable, il est vrai. Très puissant leitmotiv ! Avec les grillons… Divines symphonies ! Infinies charpentes du réel… Elles sont mordantes les jalouses. Qu’est-ce qu’elles ont dû raconter en son absence ! Durant leur courte promenade au bois… Tout a dû y passer ! L’opération broche par le menu… Joli joli… Aucun détail n’a réchappé. Sans prévenir, Catherine s’adresse à lui. De l’oeil et du menton, elle désigne la trotte-menu.

- Tu sais à quoi elle a pensé en la voyant avec ses deux bougres ? A madame Verdurin et son petit clan !

D’un sourire particulièrement discret il a le temps d’acquiescer. Pas celui de répondre. Encore moins celui de balancer le pavé de la broche retrouvée. Du moins en son esprit voudrait-il préciser. La fille déjà s’est retournée vers sa copine, prompte à embrayer.

- Et puis ça va bien avec sa mâle voix.

On les arrêtera pas. Elles se défoulent à cause de lui. C’est vrai, le Mitsouko s’appareille très bien avec son timbre chaud, de gorge, ce qui le rend bien plus entêtant. Il croit l’entendre encore. Elles ont l’inverse de ce qu’elles voulaient ; elles s’échinent à lui savonner le chemin. Elle est très fine, au contraire, sa modulation, parce que délicate. C’est ce qui leur demeure précisément dans le gosier ! Une voix sucrée comme un Steinway.

Ca se complique. Au galop. On va entrer dans la foule visiblement comme au Bon Marché… Au salon de l’enfance ! On va se perdre de vue se larguer… La foire d’empoigne… Il vient d’en bouffer ! Avec sur les bras deux gonzesses, même si ce sont elles qui drivent tout, c’est la fin des haricots...

- Catherine, elle t’a dit, pour la broche ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XXI En soirée

 

 

 

 

 

La musaraigne a plus d’un tour dans son sac. Elle fait un signe. Avant d’arriver au flot hermétique de la foule, elle sort du lieu, pique droit sur le chalet aux murs de lierre. La troupe suit. Il tente de se rapprocher de Catherine. Elle s’en rend compte. La musaraigne remet la main sur sa copine avec un grand naturel. Elles foncent. Il suit. On se demande si ce n’est pas pour lui échapper qu’elle l’entraîne aussi vite. Probablement non. Il s’en veut d’une déclaration aussi maladroite. Peut-être ne l’ont-elles pas entendue ? Elles ne peuvent rien y comprendre. Au fond, cela n’a pas l’importance qu’il croit. C’était pour se libérer. C’est à Carole qu’il faut le dire. Peut-être le sait-elle déjà. Cela peut aller à des vitesses ahurissantes. Il continue à suivre les filles sans trop savoir pourquoi. Il a dit ce qu’il avait à dire. Dans une précipitation abominable. Si l’une a capté le mot « broche », cela suffit. L’autre lui expliquera. Ca commence à dédaler. L’orchestre ! Là c’est du cent quatre-vingts décibels dans les étiquettes inside. Les trompettes en cuivre ! Nini… Du vibratoire solide on s’appuie dessus. Ca perfore le subconscient comme les mèches le béton armé. On sait plus à quoi on pense rien qu’à ça. Tubular. Le reste les guitares le bassiste complète seulement. Sûr les grillons là ils l’ont fermée ! Voire… Peut-être que leur cri-cri est à fond ! Comment l’entendre ? Par exemple ! Plus personne peut causer pour au moins six ans. La fuite continue ; l’extraction d’un château l’autre. En file indienne. Dans les pilotis. Les bâtis. Les échafaudages. Personne moufte. On s’accroche à la souris… Une zone culinaire ! Les coulisses absolues il s’en passe plein. Comment il se fait que tout cela est sur la terrasse ? On continue… Les filles le nez au vent… L’une après l’autre… Abbey road ! On voit plus le ciel… Le potin d’à côté petit à petit se fait haché. Les ondes explosent sur les bâtis ! Les tringles… Les piliers… Rebondissent… Diffractent réfractent… Tohu-bohu ! On ne sait plus ce qui est vrai ce qui est faux. On repasse au même endroit ! Paumés… Paumée la Gaby en tête… Réfléchit bien. Prend une traverse. On sort ! On est quasiment sur le chemin. Les grosses tires garées en troupeau de l’autre côté. Elles paissent… Les greluches dans le souterrain se frottaient non ? Il lui a semblé… C’est maintenant qu’il atterrit ! Un temps elles ont chouffé… Puis non sûrement pas… Par exemple la brune elle est peut-être nympho ; cela, non. Pas le temps ! On peut pas tout faire… Après tout c’est mignon...

- Tu as ta mèche dans l’oeil.

- Encore ?

Elle est trop courte pour atteindre ne fût-ce que le sourcil. Ce doit être une diversion. N’importe. Il traverse pour aller se mirer. Dans la vitre latérale fumée d’une puissante berline. La mèche est bien là ; côté droit. Avec l’effet de chiralité, on croit que le mec dans le carreau la porte à gauche. On a raison et tort. C’est vraiment à droite qu’il porte cet élégant, excessivement discret attribut. Il en va de même dans le miroir. Néanmoins si on l’observe de face, lui, physiquement, la boucle est à gauche ! Psychologiquement, c’est beaucoup plus attrayant, flatteur. Il a remarqué fortuitement ce phénomène ; opté sur-le-champ pour la raie à droite, contrairement à la majorité des gus. Ca lui procure un geste, une sorte de tic. Pas plus con que les lunettes de soleil dans les cheveux ! De temps en temps il se l’autorise, ce geste, lorsqu’il est trop tôt pour allumer un nouveau cigarillo. Parfois quand ça flotte la boucle vient se muer en accroche-coeur. Là ça dépote. Toutes ! Même les autres ! La voisine de la voisine la cousine… Sympa !

Il se retourne. Elles ont décampé. Il ne l’avait pas plus dans l’oeil que de beurre en broche, sa mèche. En voilà une histoire ! Elles trottent devant. Sur le chemin bitumé. Ca dure un paquet. On laisse tout à gauche. Les tables. Les pergolas. Les parasols. On est pratiquement au bout. C’est le moment de se rinfiltrer. De raborder le Titanic. Le ciel est mauve. Chaviré. En un rien de temps. Il faut le voir ! Ca y est ; une traboule. On rattaque la terrasse. A la perpendiculaire ! Pi sur deux... Belle manœuvre ! C’est ici comme ailleurs. Seulement, en déjà beaucoup clairsemé. Les mêmes équipements. Les mêmes baffles. Les mêmes lanternes. La musique y a décru. On peut régler le volume directement sur les hauts-parleurs, si tout le monde est d’accord. C’est une serveuse qui l’a montré. En fin de compte c’est elle qui se charge des manips. Cela risque moins de discussion. Très sonores également les grillons. Il a un peu fraîchi. La pluie ne tombe pas encore. On n’en est pas sûr. On a les parasols, qui protégeront. On peut les regrouper. L’alcool, aussi. Une ambiance plus détendue en cette fin d’implantation. Le pont du navire lui est infini ! Seulement, guère plus loin, il devient désert. Pour ce qui est de guincher on peut toujours s’avancer en direction de l’intérieur. Là ça bugle ! Ici, en bout de zone utilisée, le coin a le charme d’un restau de province. Il se dit qu’ici on peut pas les retrouver, tel que c’est parti. Les filles ont encerclé une table. Avec des calculs fantastiques d’angles de vision… De surveillance ! En caponnière… Elles se sont arrangées pour être férocement isolées ! La musaraigne doit connaître un peu la serveuse… Sans quoi ils ne seraient pas aussi bien soignés. Catherine prend place. Impériale. Avec son hâle rutilant de la grosse chemise ; cuivré par les lanternes dont l’éclairage n’est plus seulement décoratif. La Gaby à sa gauche. L’homme en vis-à-vis avec tout l’espace. Pas tellement loin derrière lui, peut-être deux ou cinq mètres, la balustrade court et court à l’infini. Les nuages à la Burgonde aussi courent. Epais. Colorés…Opaques. Avec des limites impressionnantes de précision, les autres de fluidité : lyrique transition ! Une peinture colossale pour occuper l’intégralité du ciel… D’aucuns paraissent tellement colossaux qu’ils semblent vouloir heurter le Titanic la falaise… D’autres filent mordorés, bien plus difficiles à rattraper… La pluie n’est pas pour tout de suite, jaspine la serveuse tournante. Les deux filles aussi jaspinent, à la table. Là ça peut pas du tout s’arrêter. C’est comme une longue chenille qui traverse les événements ou même le Loch Ness. Le mieux c’est de pas broncher d’attendre ; au bon moment, d’empaqueter la Cathy au guinche et qu’on n’en parle plus. L’idéal serait une brève absence de la musaraigne simplement ce temps-là, par un autre mec ou alors les bons offices dont elle s’affuble toute seule. Il faudra disparaître au loin bien loin ; encachinés dans la foule. Un rapt un enlèvement. Après on verra. Les environs il a trop rien repéré. La carte est là… On va pas manger tout ça ? Par exemple elle est belle ; reliure de cuir… Le silence vient s’installer. Personne moufte tout le monde lit. Parfois on n’entrave rien. On commence à s’entre-regarder en coin sur les côtés. Lui, ce sont les cheveux qu’il matte. Il aime bien. C’est vrai que ceux de la Gaby sont excessivement fins. La carte il s’en fout il a déjà choisi à la vitesse de la lumière. Il faudra juste rintervenir à la fin pour le jaja. Pour ça visiblement avec les pique-gnocheuses on a six fois le temps. Voilà qu’il hésite. Steak tartare, il a choisi, avec de la pimprenelle et tout. Mais entretemps son regard a écorné des andouillettes particulièrement particulières des vraies de vraies aux multiples A. Celles des amateurs internationaux. Comme César il s’interroge on va bien voir. Les filles, c’est grave, se montrent tout du doigt comme si elles défloraient un missel… Ligne par ligne ! Après forcément elles vont tout demander comme explications. A cette heure-là on aura vraiment faim ! Le ciel s’empourpre comme un maudit suintement. C’est surtout la grisaille translucide, saturée de jaune invisible à en dégoutter, qui à de certains endroits reproduit une sorte d’aurore boréale. Il tourne franchement la tête… Hume sa goulée. Se balance ; geste instantanément retrouvé… Une certaine excitation ? Détaille la combustion, comme une ligne de front aux attaques irrégulières, de la feuille de tabac entre ses doigts. On boirait bien un coup, en attendant… Pour faire passer le midi… Encore qu’il ne se sente pas autrement chaviré… Il a fait du sport ! Evidemment il manque le tennis… Voilà de l’idée au cas où… Mais les grosses va savoir si elles sont en état de siphonner ?

Oui midi… Il s’en est passé des choses depuis… Tout à l’envers ! Rien comme prévu… Carole maintenant ? Disparue ? Sûrement non… On va la revoir impromptu, c’est évident. La grimpette avec la musaraigne… Rien de tout cela n’aurait dû avoir lieu ! Mais la trotte-menu ce n’est pas une difficulté. Elle joue des rôles. Elle rend service. Elle fait marcher le temps. Rouage nécessaire. On ne sait même pas si ce n’est pas elle qui orchestre plus que l’on ne croit. Lui Catherine Carole… Il faut en sortir ! Comment ? Depuis le début tout à l’aveuglette. Il n’a pas de politique. Bien fait pour s’accorder avec cette créature tombée du ciel. Que lui réserve-t-elle ? Pour l’instant il est avec la Cathy c’est hurlant… Toute la terrasse le désigne… Il n’y peut pas grand-chose. Cela se passera. Il n’y a rien à comprendre. Comprendre c’est compliquer… Il se dit qu’il ne devrait pas réfléchir à tout cela, tiens. Il n’aurait pas dû. Maintenant, en l’espace de quelques secondes, du temps que les filles s’agitent sur ces menus avec force paroles, quelque chose a changé. En lui. Une cassure. Le seul fait de s’être posé toutes ces questions. Cela ne change rien dans la réalité. Ni à sa manière de faire. Il va suivre le mouvement. Comme tout le monde au fond. Le libre-arbitre… foutaise ! Ah si, une autre pensée tonitruante : lorsqu’il a découvert, de manière aveuglante, combien la brune n’était qu’apparemment dans ses bras… Combien elle était elle-même prisonnière d’un réseau de pulsions absolument inouï, indéterminé, sidéral. Inquiétant. Prisonnière ! Elle le vivait... Elle faisait l’amour avec les grillons, lui était-il apparu soudainement dans l’alcôve. Ou les orages… C’est cela-même… Du coup il a envie de la revoir ! S’en assurer une seconde fois… Comment, on verra bien ! Elle trouvera…

Les deux filles, encore plongées dans leurs menus… Quand même, par instants, il peut arriver que leurs yeux fassent un détour, bref, sur lui. Beaucoup plus afin de le prendre à témoin que pour en attendre ou lui signifier quoi que ce soit. Il est urgent d’en profiter. Il vient les choper, directif, sans esprit de retour.

- On commence par un apéro ? Ca laissera le temps de réfléchir.

- Oh oui !

La Cathy, comme pour montrer qu’elle est humaine. Il pense à autre chose. La déshabillerait vite fait. Ce qu’il fera peut-être à la brune d’ici une heure ! La potelée rougit pire que les lanternes. Elle a deviné sa pulsion à son égard, ou à celui de la Carole ? Surtout, cette confusion ! Cette surimposition… C’est son truc, ça, rougir. Comme les Petites filles modèles ! Elle en a aussi, des fossettes. Elles mettent plus de temps à paraître chez elle que chez Gabrielle, parce qu’elle a de meilleures joues. Les pommettes font un peu gros bébé, n’eût été ces éphélides qui ne la quittent, elles, jamais.

- Il y a du kir au champagne.

- Oui.

- Oui.

Elles sont au moins d’accord sur un truc. Il s’amuse à lever le bras à la verticale, moins pour déclencher la serveuse que pour jouer le rôle. C’est désormais inutile. Elles sont reparties entre elles sans autrement s’occuper de lui. Qu’il bosse ! C’est fait. La serveuse repart. Maintenant les kirs, faut les attendre ! Replongées dans la carte cette fois c’est sérieux. Ca promet… Elles étudient comptent calculent. Refont toute la carte… Ex nihilo ! Les menus les assortiments rien n’échappe… Heureusement la musique… Elle monte comme une fumerolle. Bientôt un gros cumulonimbus… On regarde on voit que ça swingue pas mal… L’obscurité on peut pas dire comme cela ; elle va se préciser à un moment… Le ciel a encore changé. Elstir-Burgonde Burgonde-Elstir. Ca menace. Diffus. Les grillons sont grondeurs. Pas désagréable. Maintenant il pense différemment. C’est formidable ! Ils ont cessé de le lasser. Sentinelles de l’orage ! De tous les orages… Des orages en alcôve ! Délicat souvenir… Qui peut savoir ? Il n’a jamais demandé à Carole si elle aimait leur cri-cri ou non. On laisse de côté les questions importantes. Ils l’accompagnent, elle aussi. Telluriques ! Lorsqu’elle les écoute, se remémore-t-elle ? Maintenant il urge de la revoir. Cette nuit ? Avec la potelée sur zone ça complique. Alors ? Il se calme. Si ce n’est pas ce soir… L’affaire est trop avancée avec elle… Une femme ne se donne pas comme cela partiellement pour que dalle ! D’autant que, si cela c’était trouvé, rien ne dit que… Carole… Nom de Dieu il oubliait la broche. Il faut absolument relancer là-dessus ! Ce soir-même… Dès qu’elles le laissent parler! Pas la mer à boire… Il allume un petit cigare. Va plus en rester ! Faudra demander souvent ils en ont dans des tiroirs. Bon l’apéro ? Il appareille, l’apéro. Là-bas tout au loin. Le plateau trois flûtes. Vingt dieux des flûtes ! Normalement il se bornent aux coupes. Là c’est classos. On n’aurait pas dit comme cela. Personne tourne la tête. Ca navigue… Ca brinqueballe… C’est réfrigéré à mort. Les flûtes sont culottées d’un très épais brouillard. L’eau de condensation comme on dit en aéronautique… La serveuse pose chaque élément sur la table avec ses mains. Elle aussi a les mollets ronds. Silence général. On observe les consommations maintenant disposées sur la table. On se reluque les uns les autres pour savoir si c’est meilleur là ou là… La Gaby réfléchit.

- Pour moi ce sera juste une salade.

- Moi aussi alors...

S’ensuit une conférence internationale pour savoir quel genre parce que, des salades, il y en a une page entière. C’est à laquelle pépiera le plus fort et le plus vite. Il se résigne, attire la serveuse à part et lui montre sur la carte le tartare. Le soir frais ce sera bon, sans parler d’un kilo de rosé puisque ces dames… Ah il a fort à faire ! Ca finit par se dégager à l’endroit des salades… On y est ! Elle tourne les talons et les mollets. Elle a rien marqué. Elle a tout dans la tête. Elle s’éloigne avec moult oscillations de blonde. Sur le pont du navire, elle occupe une sacrée place. Elle ne cesse de se déplacer à vive allure. Il revient en esprit à sa tablée. Il songe qu’il ne faut pas rater le coup de la broche retrouvée. Même s’il est de plus en plus certain de ne pas s’être trompé, il lui faut absolument se débarrasser de l’affaire sur-le-champ. Que les filles transmettent. S’il doit terminer la soirée avec la brune, que ce soit dans l’autre registre. Curieusement, il éprouvent la sensation que ses compagnes le regardent gamberger. Elles se sont tues. Tous ont les mains et les bras totalement libres. Debout, ce seraient les bras ballants. Une longue fraction de seconde, ils se regardent entre eux pour élire tacitement celui qui donnera le signal de foncer sur la gnôle. Subrepticement les paluches s’approchent, se glissent jusque sur le cristal gelé des malheureuses flûtes qu’elles réchauffent comme des ballons de cognac… On dirait que les gonzesses tout à coup sont fatiguées de jacter. On n’en tire plus rien. De rien ! Implicitement, cela rapproche de lui la Cathy. La musaraigne se retrouve à tenir la chandelle...

- A nous !

- A nous !

- Yes.

Avalant sa gorgée, l’image du bijou lui revient, omnipotente.

- A propos vous savez...

- Oui, on lui a dit.

- Déjà ?

- Tout à l’heure.

Il n’insiste pas. Autant se contenter de cela. Il réfléchit qu’elle pourrait être redescendue jusqu’à son alcôve pour aller ramasser la broche. En auto. Les grosses allemandes qui stationnent devant le chalet. On verra bien. N’importe comment, elle remontera. Du coup il est moins tranquille. Il avale un second schluck de kir. C’est pratique les greluches ; elles se recopient. On ne sait jamais laquelle au juste. Pour faire bonne mesure il adresse un large sourire à chacune des deux. A toutes les deux. En verre de lampe dirait Joyce. Puis à Catherine. Ils n’ont pas été seuls ensemble depuis le matin. Il se contente de la zieuter avec application. Elle comprend ce qu’elle veut. Ce qu’elle a envie de comprendre. Instantanément la complicité entre les deux filles explose. Sans le moindre regard échangé entre elles. Dans le plus grand des silences. Une tension aveugle et fulgurante. Quitte à se raccommoder encore plus vite à la prochaine occasion. Catherine veut parler. Probablement, de toute autre chose. Elle cherche. D’abord une gorgée de kir. Pour les idées. Cela ne suffit pas. Un second. En silence il mate, depuis l’autre côté de la table, son style pour boire un verre. Là également cela fait un moment qu’il n’a pu prendre le temps de la regarder faire en détail. Il y a des gâteaux. Ils lui tombent sous le nez. Il approvisionne les deux femmes. On est bien en ce début de soirée. Un grand calme. Curieuse portance de l’air, les grillons semblent émettre en stéréo. Cela donne un relief inattendu. L’obscurité avance. Pas très vite. Toujours pas la pluie. Mais des masses condensées qui s’emploient à dévorer l’ensemble du ciel. Des masses colossales ! Inhumaines… Surtout, un début de tonnerre. De très longs, et très faibles, comme d’humbles filets sonores, grondements ininterrompus. Ils se donnent le repons, comme de colossales et inhumaines sourdines, depuis les différents horizons. Quatre ou cinq zones ! Tout est couvert. On peut s’attendre à quelque chose ! Les gâteaux apéritifs craquent du plus sèchement qu’ils peuvent. Un plaisir ! Du Chinois. De la chips au poisson. Pas dégueu. Elles en redemandent les poulettes. Il organise une noria pire qu’à Verdun. Catherine consulte sa tocante.

- J’aurais jamais cru ; déjà cette heure-là ?

- Le fait de se sentir libre… Cela m’arrive aussi… Très rarement ! Une impression extraordinaire… Après je m’en souviens des années.

Il a parlé comme un maître à penser. Maintenant il a terriblement honte. De plus, ce n’est pas ce que voulait dire la jeune fille ! Il cherche à se camitoufler mais la musaraigne l’approuve ; silencieusement et sentencieusement.

Commentaires

XIV, comme une performance Hildegarde dans la maison du bonheur de Bingen-DHH, à l'abri des dangers de la varappe après une séance au vertige gratiné, tout va bien (à la ramasse : jusqueZà lui - début de Petchorine - évanescer, abruptigineux, pouloper), des trouvailles, et le tennis d'AM Stretter (encore Dudu !). Des converses ou des sandales, des baskets ou des pataugasses ? faites le tri dans les chaussures vous trouverez des broches)
https://www.youtube.com/watch?v=5K306SxqjrA

XVII, sur la falaise, le repos après l'esfuerzo, ... donc le s'passe pas grand chose, faut souffler (dans le train de Strelnikov ? un rideau de tulle à la Davidamilcrétone ?... reberluer Chihuahua Pearl, Fritz Todt, Stephane Heuet ?... du beau linge de BD, dans la fumée du cigarillo...
https://www.google.fr/search?q=chihuahua+pearl&client=firefox-b&dcr=0&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwiHppPBhKvaAhVIwxQKHf80D8cQ_AUICigB&biw=1600&bih=786#imgrc=sGMQYMAJ56KGqM:

XVIII sq, affaires à suivre... Mal au crâne, me faut une rasade de bourbon 4 Roses, ast'heure.

Écrit par : Janssen J-J | 08/04/2018

Une conscience sans certitude. Un roman touffe... entre vertige, crème Chantilly et salade verte...
" Si touffu que je souhaite ce livre, je ne puis songer à tout y faire entrer. Et c'est pourtant ce désir qui m'embarrasse encore. Je suis comme un musicien qui cherche à juxtaposer et imbriquer, à la manière de César Franck, un motif andante et un motif d'allegro. Je crois qu'il y a matière à deux livres. (...) Le livre, maintenant, semble parfois doué de vie propre ; on dirait une plante qui se développe, et le cerveau n’est plus que le vase plein de terreau qui l’alimente et la contient. Même, il me paraît qu’il n’est pas habile de chercher à “forcer” la plante ; qu’il vaut mieux en laisser les bourgeons se gonfler, les tiges s’étendre, les fruits se sucrer lentement. (...) Je viens d'écrire le chapitre X de la seconde partie (le faux suicide d'Olivier) et ne vois plus devant moi qu'un embrouillement terrible, un taillis tellement épais, que je ne sais à quelle branche m'attaquer d'abord. Selon ma méthode, j'use de patience et considère la touffe longuement avant d'attaquer."
A.Gide - "Journal des Faux-monnayeurs"

Écrit par : christiane | 08/04/2018

Hello à tous et à Sergio en particulier ;)

Quelques impressions Sergio, qui révèlent tout autant les incapacités et ignorance d'une lectrice, ne l'oublie pas !

Je me suis amusée à ôter quelques points de suspension et d'exclamation au cours de ma seconde lecture et soudain, je me rapprochais du style des premiers chapitres. Et donc je reviens sur ces points : je crois qu'un lecteur de maison d'édition notera immédiatement l'emprunt et ce sera sans doute gênant, ou pas ? Mais plus que cela, c'est le but, la cause de ces points qui m'interpellent, pas moins, car ils offrent deux possibilités :
1. Pierre pense réellement ainsi, à chaque instant, parle en lui-même ainsi de ce qui l'entoure, mais ça ne colle pas avec l'image que j'ai de lui, à cette nonchalance qui l'accompagne partout ( tu vois, les lecteurs peuvent dire n'importe quoi, engueule-moi ! ).
2. Pierre a peur de dire les choses simplement, car ces choses sont bien plus belles et sensibles qu'il n'y parait, il préfère le masque de l'argot.
Donc voilà. Je crois que cet emprunt trahit plus un manque de confiance. Et comme Pierre a tort !! tout le texte est ponctué de réflexions belles, inattendues parfois, originales. J'aime qu'il s'absorbe dans la contemplation des lanternes, qu'il compare le rempart aux îles Féroé. Les points ne crée pas la fantaisie. La fantaisie de Pierre est vraie, elle.

Un exemple ? Ici, passage sur les mollets jolis :
"mais attention, hein, les deux pareils ! comme ça lorsqu'il a fini d'admirer l'un il passe à l'autre".
Alors que
"Lorsqu'il a fini d'admirer l'un, il passe à l'autre". C'est cela que Pierre n'ose dire ?

Après quand les points de Céline rencontrent les tennis de Duras...Comment dire... ;)
J'avais déjà pensé à Duras quand Pierre s'était posé la question : Gabrielle a-t-elle un mec ? Oui, c'est durassien, et c'est c....t. Comme dans Lol truc vu par son amoureux, la femme est amoureuse ou rien. Bin merde alors. Marre de ça, de ce crin-crin. ( Hé oh je t'avais prévenu : les ignorances et les incapacités ! ;)

Un exemple juste pour plaisanter :
"Laronnes ! ah les rattes" devient "Laronnes, les rattes" Ca sonne tout autrement, ça ne bouscule pas la nonchalance de Pierre qui peut s'allumer un cigarillo en même temps, sans broncher.

Donc je proposerais à votre haute instance de garder confiance en ses talents et de zigouiller quelques points.

Vérifier encore les adverbes en -ment, comme ici :
"FORCEMENT, la déclivité est UNIFORMEMENT abyssale. C'est conçu pour tomber. SEULEMENT c'eut été TELLEMENT beau en lac." L'idée est vraiment ( ça c'est mon -ment à moi ) belle.

Et comme d'habitude Sergio, ne tiens compte...que de tes envies, les tiennes, tiens la barre ! et merde aux lecteurs jamais contents !

Écrit par : chiara | 09/04/2018

les points ne créENT , sorry et pour toutes les autres itou.

Écrit par : chiara | 09/04/2018

Toujours sans nouvelles de bouguereau...

(et pendant ce temps, notre Janssen boit du 4 Roses, sans doute le plus mauvais bourbon sur le marché français... je le plains de plus en plus.)

Écrit par : Janine Langlois | 09/04/2018

A part ça, très jolis commentaires de Chiara. Heureusement qu'on l'a, elle.

Écrit par : Janine Langlois | 09/04/2018

Oui heureusement qu'on l'a, jaja, d'autant qu'elle boit pas de mauvais whisky, Chiara. Es-tu JC, janine, voui ou non ?

Écrit par : Janssen J-J | 09/04/2018

les points de Céline
Écrit par : chiara | 09/04/2018

Bravo. Déjà quand j'écrivait l'ours je me rendais bien compte d'un glissement. Disons que c'est à moitié volontaire. C'est "involontaire et conscient". J'avais mis du temps à me mettre dans la peau d'un Ferdine. Finalement j'y suis tellement bien parvenu que je ne peux plus en sortir.

Il faut straffer. Et refaire des phrases à la place. Cela va remettre l'affaire dans l'axe. D'autant que plus on va vers la fin, plus c'est sensible.

Un grand merci à toi Chiara ! Je crois que c'est vraiment cela qui va décider de tout. Quel boulot pour ma seconde relecture : mais au moins je sais maintenant dans quelle direction.

Écrit par : Sergio | 09/04/2018

Difficile d'accéder à l'espace des commentaires, il faut en faire défiler des lignes pour le trouver.

Écrit par : Janine Langlois | 09/04/2018

C'est le problème, avec d'aussi longs billets...

Écrit par : Sergio | 09/04/2018

"Laronnes ! ah les rattes" devient "Laronnes, les rattes" Ca sonne tout autrement, ça ne bouscule pas la nonchalance de Pierre qui peut s'allumer un cigarillo en même temps, sans broncher.
Écrit par : chiara | 09/04/2018

C'est un très bon exemple, en vérité. C'est cela qui m'aide, me fait piger.

Écrit par : Sergio | 09/04/2018

Petit truc pour arriver au dernier commentaire sans prendre l'ascenseur : cliquez sur le NOM du dernier intervenant, en haut à gauche de la page d'accueil. Même chose pour laisser un commentaire puisque la petite cage à commentaire est juste en dessous du dernier commentaire ;)

"Quel boulot pour ma seconde relecture"

Ouaip mais j'y crois Sergio. En relisant, peut-être pas tant de boulot que ça : tout est écrit, il "faut juste" faire sauter le superflu, une tite virgule c'est bien aussi. Et vraiment, l'inventivité de Pierre est belle : même les gros bombardiers j'ai pas eu peur. Je les entendais brrrrr brrrr ;) et personne n'a bronché !

Écrit par : chiara | 09/04/2018

une tite virgule c'est bien aussi.
Écrit par : chiara | 09/04/2018

Je me suis établi une sorte de codage, je ne sais si c'est bien sérieux.

point = pause ;
point-virgule = demi-pause ;
virgule = quart de pause ;
propositions juxtaposées, sans mot de liaison : huitième de pause... Plutôt même un essai d'accélération.

Écrit par : Sergio | 09/04/2018

"De la musique avant toute chose,
...
Et tout le reste est littérature." (Paul Verlaine).

"Nitchevo, Nitchevo... Silence." (Nicolas Vassiliévitch Gogol)

Écrit par : P comme Paris | 09/04/2018

"Nitchevo, Nitchevo... Silence." (Nicolas Vassiliévitch Gogol)
Écrit par : P comme Paris | 09/04/2018

Intéressant ! Sérieux. Mais expérimental. J'aurais d'autres ours pour cela...

Écrit par : Sergio | 09/04/2018

Chiara a beaucoup d'imagination et Sergio ne demande qu'à être convaincu. En voilà deux au moins qui sont heureux... bonne suite à vous.

Écrit par : christiane | 09/04/2018

Le dernier Janine Langlois (ci-dessus) n'est pas de Janine Langlois. Je tenais à le préciser.
Serait-ce encore un vilain tour d'Evidence-Delair ?

@ Janssen : non, je ne suis pas JC, quelle idée !

Écrit par : Janine Langlois (très attristée par cette méchanceté) | 09/04/2018

C'est qu'on ne sait pas toujours comment vous prendre, Janine.
Vos piques sur le bourbon sont aussi cinglantes que celles de JC sur le pastis. D'où la confusion possible. Mais bon, vous n'êtes pas innocente, et je n'arrive pas à savoir si vous êtes hostile ou amicale, et je ne crois pas à votre tristesse à l'égard des méchancetés des autres. DOnc je préfère la première hypothèse.
C'est comme au chapitre 19 de cette histoire que seule Chiara arrive à suivre, moi je suis complètement perdu, en dépit de ma bonne volonté. Et vous, vous en êtes où du suivi de l'ourse ? Déjà que je comprends pas tout, aussi dois-je recopier comme le collégien besogneux les mots difficiles : luminament ; s'agroumer, cour de pied déchaux..., mon immense incurie face à l'argot en usage et les barbarismes frelatés comme on disait autrefois. Ensuite, je pressens bien que se monte un orchestre pour la fête de la musique (serions-nous le jour de l'été ?) et que les musiciens commencent à s'accorder sous un tivoli, ... pour faire diversion. Atmosphère. Je me suis totalement identifié au anti-héros P., qui panique total durant quelques secondes à ne pas retrouver un cigarallo nini dans ses poches. Trop fort ! Alors là, j'étais vraiment comme lui, à la place de sa panique, comme du temps où je ne retrouvais plus mes clopes et où j'allais pas vouloir qu'on me donne n'importe quoi. Et puis, voilà que les trois pingouins ou les trois zèbres on sait pas trop, sont entrés dans le décorum champêtre. Des personnages à la Beckett ou à la Buzatti ? (toujours ces références littéraires inconfortables qui ne vont pas), quand on te les moque pas en Paul Simon and Art Garfunkel. D'aimables variations mentales s'en suivent sur ce couple mythique dont il est aujourd'hui de mode de se moquer, et là ça n'y va pas de main morte : Garfunkel, ou Garfinkels ou les Garfunkels, écorchez-les, l'en restera toujours qq chose, les gars... Seulement, on a oublié le plus important, savoir le père de l'interactionniste symbolique, soyons sérieux, qui survit toujours à cette musique sentimentale, comme une référence théorique incontournable dans les bonnes facs de socio. Bon, je mets un lien pour celzéceux qui l'auraient zappé. Et pourquoi nos trois greluches n'en connaîtraient-elles pas les célèbres écrits fourragés dans leurs sacs à main : Studies in ethnomethodology, depuis quelques plombes d'ailleurs enfin traduits en français ? https://fr.wikipedia.org/wiki/Harold_Garfinkel Quant à l'autre lascar, le Jonathan Simon, pourquoi seraient-elles prêtes d'oublier son autre apport déterminant à une pénologie actuarielle plus récente ? https://en.wikipedia.org/wiki/Jonathan_Simon
Non vraiment, il faut boire et manger, dériver avec le bourbon. S'inventer une autre histoire. Ingérer la sienne pour la rendre supportable et crédible. Y trouver son intérieur. D'ailleurs, il reste deux chapitres à lire, donc on prend son temps parmi des centaines d'autres tâches, c'est là une récréation qui active et perpétue l’effervescence des neurones toujours enclins à la paresse. Utile, janine langlois, non ?
Art et Paul, franchement... c'est pas ces gratteux-là qui vont retenir nos 3 étudiantes.

Écrit par : Janssen J-J | 09/04/2018

Vous écrivez, JJJ : "S'inventer une autre histoire. Ingérer la sienne pour la rendre supportable et crédible."
C'est un peu ce que j'ai fait au fil des chapitres, tanguant entre stratégie et personnage perdu dans une histoire qui le dépasse et l'embrouille.
J'ai beaucoup apprécié ces lignes. Ça c'est du grand Sergio, de l'écriture qui porte sa signature :
"Le ciel s’empourpre comme un maudit suintement. C’est surtout la grisaille translucide, saturée de jaune invisible à en dégoutter, qui à de certains endroits reproduit une sorte d’aurore boréale. Il tourne franchement la tête… Hume sa goulée. Se balance ; geste instantanément retrouvé… Une certaine excitation ? Détaille la combustion, comme une ligne de front aux attaques irrégulières, de la feuille de tabac entre ses doigts. On boirait bien un coup, en attendant… Pour faire passer le midi… Encore qu’il ne se sente pas autrement chaviré…(...)Cela se passera. Il n’y a rien à comprendre. Comprendre c’est compliquer… Il se dit qu’il ne devrait pas réfléchir à tout cela, tiens. Il n’aurait pas dû. Maintenant, en l’espace de quelques secondes, du temps que les filles s’agitent sur ces menus avec force paroles, quelque chose a changé. En lui. Une cassure. Le seul fait de s’être posé toutes ces questions. Cela ne change rien dans la réalité. Ni à sa manière de faire. Il va suivre le mouvement. Comme tout le monde au fond. Le libre-arbitre… foutaise ! "
Oui, un anti-héros, très émouvant.
Mais l'entour, c'est touffu, étouffant...

Écrit par : christiane | 09/04/2018

"Chiara a beaucoup d'imagination"

Même pas Christiane, je donne seulement mon avis parfaitement non-autorisé sur un texte dont j'apprécie bien des éléments. Sera-ce un bon livre ? Je n'en sais rien, et n'ai pas la prétention de le savoir. Quand j'achète un tableau je ne regarde pas ce que je peux en tirer, s'il va épater la galerie, s'il a reçu une médaille, si c'est un bon investissement à 7,5 % par an. Je l'achète parce qu'il me plait. C'est con de simplicité.

Écrit par : chiara | 10/04/2018

luminament ; s'agroumer, cour de pied déchaux..., mon immense incurie face à l'argot en usage et les barbarismes frelatés

Luminament : barbarisme frelaté.
S'agroumer : s'agglutiner.
Déchaux : déchaussé (Carmes déchaux).

Écrit par : Sergio | 10/04/2018

"ce couple mythique dont il est aujourd'hui de mode de se moquer"
(Janssen J-J)

J'ignorais. Faut peut-être que je réduise la voilure là-dessus... Je me demande comment il m'arrive des coups pareils...

Écrit par : Sergio | 10/04/2018

Art et Paul, franchement... c'est pas ces gratteux-là qui vont retenir nos 3 étudiantes.
Écrit par : Janssen J-J | 09/04/2018

Au bilan, il m'auront quand même bien servi. Et puis, ce sont mes seuls personnages secondaires. Il ne sont pas méchants, sympathiques. Ils aèrent un peu, enfin ce me semble. Ou alors ils alourdissent ? Ils servent bien à charpenter cette interminable errance à la Dedalus dans tous les coins de la terrasse. Serait-il mieux de les zigouiller, de les modifier ?

Écrit par : Sergio | 10/04/2018

Je défaille devant les robots.

Écrit par : P comme Paris | 10/04/2018

Ah, Sergio, nous y voilà !
" Ils servent bien à charpenter cette interminable errance à la Dedalus dans tous les coins de la terrasse."
Ce personnage, en fin de compte n'est suivi que par lui-même, peinant à se rejoindre dans son errance continuelle et dans une histoire qui nous permet pas de choisir ni son ordre, ni ses images mais on est libre de faire un choix entre plusieurs sens. Je pense à "Quad" de S.Beckett plus qu'à Joyce et Dublin, avec son "épuisante" règle de parcours investissant tous les points cardinaux, ces répétitions et ces zones de danger au centre du carré (ici, chez Sergio, un échiquier en trois dimensions, quatre si on inclut le temps, qui devient labyrinthique. Une quadrature des mouvements possibles. "Quad" "Marienbad"... Mayerling...et pourtant il n'y a pas de centre des choses puisque les déplacements sont multiples et arborescents, qu'ils prolifèrent dans les suintements des pierres de la cave et de l'escalier où dans les plantes empêtrées du jardin-jungle. Réponses aux règles de l'espace (épuiser ses potentialités) et du temps ? Pièce pour quatre interprètes... Un rêve d'insomnie... une identité infaisable, œil braqué sur le dedans, monologue d'un qui pense et parle vite qui se fait plusieurs pour être ensemble. Qui est le témoin de celui qui perçoit Pierre ? qui met au monde un personnage-écho qui le regarde, l'écoute. Celui qui écrit, déchirant la syntaxe, cassant la prose, transformant les lecteurs en système ondulatoire ? Un texte-prétexte pour ne pas parler de soi...

Écrit par : christiane | 10/04/2018

Qui est le témoin de celui qui perçoit Pierre ?
Écrit par : christiane | 10/04/2018

Le problème est que je me pose les mêmes questions au fil de ma relecture et que, au lieu de couper, j'en rajoute ! Misère...

Écrit par : Sergio | 10/04/2018

https://www.youtube.com/watch?v=uVd32Zyof6I

Écrit par : christiane | 10/04/2018

christiane vous oubliez que la propriété c'est le vol et si je dis le plombier vient jeudi midi vous répondez mon cul ou bien ? je ne suis pas d'accord avec votre interprétation du roman feuilleton de sergio parce que vous ne connaissez pas nancy cela se voit se sent dans ce que vous dites, au fond vous exagérez exprès parce que j'ai du mal à m'exprimer clairement mais je n'en pense pas moins.

Écrit par : m.v. | 10/04/2018

De Nancy,M.V., je ne connais que les images de Sergio : fenêtres éclairées, lanternes, grilles dorées, pédiluves... et c'était un bien beau partage onirique.
Ce travail d'écriture est inclassable. Nous le feuilletons comme un roman qu'il n'est pas. Riant ou tempêtant quand Sergio modifie la nature des mots, conjugue les substantifs, brouillant sons et sens. Est-ce une complainte ? Je crois qu'il aime Villon. Sergio est un poète tout à fait singulier qui transcende les catégories, un peu, beaucoup surréaliste, combattant les conventions littéraires (feuilleter son blog c'est se frotter à son humour sarcastique, à son identité insaisissable, ("un vieux peau-rouge qui ne marchera jamais en file indienne." comme se définissait Achille Chavée). C'est aussi bourré de tendresse comme un nuage avant la pluie. Un acrobate du dérisoire...

Écrit par : christiane | 10/04/2018

Toute opinion est bonne a prendre... même mauvaise. Comme il pleut ici, ce qui est détestable je ne peux pas sortir en paix, comme je ne peux pas rentrer dans ce romanesque qui, soyons franc, m'emmerde grave *, le style et le fond ! Attendons la fin ....
(*et Dieu ! que cela me coûte de blesser le bon Sergio ... mais pourquoi mentir ?)

Écrit par : JC...10h03 | 11/04/2018

J'avoue que je peine à entrer dans l'histoire, les personnages me semblent un peu trop inconsistants et style un peu trop haché pour mon goût.
Désolée d'écrire cela Sergio, car vous êtes très sympathique et surtout très courageux de vous exposer ainsi à nos récriminations. Je crois que tout simplement votre style n'est pas le mien, donc n'accordez pas trop d'importance à mon jugement.

Écrit par : Lucy 10 h 41 | 11/04/2018

Bref, Chiara s'accroche, christiane essaie de suivre, les autres calent.
John Ford disait que son boulot consistait à filmer des gens sympathiques dans des situations intéressantes. Or ici on a du mal à trouver la situation intéressante. Peut-être parce qu'on est trop difficile, hein ?

Écrit par : [nom d'utilisateur suspect] | 11/04/2018

Sergio
Page d'aide sur l'homonymie. Cette page d’homonymie répertorie les différents sujets et articles partageant un même nom.
Sergio peut faire référence à :

Sergio, un artiste de cirque ;
Sergio, un des plus gros diamants au monde.
Sergio (en), un film documentaire sorti en 2009.
Sergio, un des amants légendaires de Miss Potelée.
Sergio, blogueur auvergnat d'origine belge.
Sergio, romancier luxembourgeois.
Sergio, verlan de Gioser, homme politique croate.
Sergio, pseudonyme récurrent du maire de Nancy.
Sergio, prénom authentique du soldat inconnu.

Lequel est-ce ?

Écrit par : Wikipédia | 11/04/2018

JC pourquoi donc "blesseriez-vous "le bon Sergio" ? si Sergio poste "l'ours", c'est bien pour avoir l'opinion des lecteurs, non !! Vous y cherchez du "romanesque" ? mais il n'y a pas de "romanesque".Que vous vous emmerdiez ? OK ! cela ne veut absolument pas dire que le texte est mauvais et comme on dit chez Molière " tout juste bon à mettre au cabinet" ( sens du 17°s) .
Lucy, vous trouvez les personnages" inconsistants", pourquoi pas ? Sergio, si j'ai bien compris sa démarche, ne cherche pas à camper des personnages"consistants", c'est tout le contraire à ce que je crois. Vous dites honnêtement que " votre style n'est pas le mien".
Alors, j'y vais, moi aussi ! Je suis entrée tout de suite dans le texte. La démarche de Sergio est originale,elle a qq chose de philosophique. Des individus, sortis on ne sait d'où se rencontrent, s'observent, se flaire. Pierre est montré par le narrateur, comme un observateur hors pair. Il détaille par saccades, un habit, une mèche de cheveux. Il se révèle comme un "paysagiste" remarquable, le parc, les sentiers, les buissons, richesse de la description, du vocabulaire. Intrigue ? pas à proprement parler,des partenaires se jaugent, Pierre s'analyse, certes pas comme "Adolphe" ! va-t-il s'engager?
J'y ai trouvé la maîtrise d'un écrivain. Il y a des tics à corriger, il faut qu'il désherbe, il y a des redites. S'il se repose un peu, et laisse l'Ours dans sa tanière, il peut faire cela, sûrement.
Je ne trouve pas Sergio "courageux", je le trouve imprudent; les pirates ne sont pas seulement sur les mers .
Je ne suis pas agrégée de grammaire, ni ne dirige des ateliers d'écriture; je ne suis pas La Wiking, je suis une lectrice lambda, cinéphile aussi.J'aime "lost in translation", "la cicatrice intérieure" de Ph Garrel; Tarkovski et..... pas le même nombre d'entrées que pour un film de De Funès, que j'aime aussi! Alors, j'espère que Sergio va aller jusqu'au bout, je lui souhaite Bon Vent.Et des lecteurs attentifs et passionnés.

Écrit par : olga | 11/04/2018

style un peu trop haché pour mon goût.
Écrit par : Lucy 10 h 41 | 11/04/2018

Encore ma ponctuation vaguement ferdinienne... Elle aura fait du mal !

Écrit par : Sergio | 11/04/2018

Je ne sais pas, "utilisateur suspect" si j'"essaie de suivre", mais j'ai trouvé la réponse à la question que Sergio me posait, à propos d'une de mes remarques. Il ne comprenait pas pourquoi j'avais écrit qu'il cachait son écriture sous son écriture pour ne pas qu'on le reconnaisse. Eh bien, ce matin je relisais un de mes romans préférés de J.D. Salinger "Franny & Zooey" (traduit de l'anglais par B.Willerval pour les éditions R.Laffont)et la réponse était là, sous mes yeux page 191.
Franny n'en pouvait plus de se taire à "chaque fois que quelqu'un disait quelque chose d'idiot, de pédant ou quelque chose qui puait la vanité" devant elle, alors, pour se tenir tranquille, elle restait dans la bibliothèque des heures entières, ou bien se mettait "à écrire comme une timbrée" pour "le plaisir de ne pas entendre sa propre voix." Voilà, c'est comme, je l'imagine pour Sergio..;
Ce roman a paru en première publication dans le "New Yorker", d'abord "Franny" puis "Zooey", deux ans plus tard (deux récits de la même série). deux personnages de la famille Glass.
La réponse est encore là : Salinger, comme Sergio, a écrit ses doutes à propos de ce projet d'écriture, a pensé au risque de "s'embourber, de s'enliser complètement dans ses tics de langage et de vocabulaire. Il juge ces récits "indignes de publication" mais désire "les fignoler quelques temps encore". Il pense que son héros, son alter ego, Buddy Glass, est "d'une lenteur insupportable".
Et il termine cette préface par ces mots que ne renierait pas Sergio : "Je vais émettre une opinion qui risque de paraître suspecte : l'anonymat de l'obscurité ou, si l'on préfère l'obscurité de l'anonymat, constitue pour un écrivain l'un des dépôts des plus précieux qui lui soit confié à sa garde...."
Je crois qu'il y a une connivence entre Salinger et Sergio.

Écrit par : christiane | 11/04/2018

Oui, Olga.

Écrit par : christiane | 11/04/2018

Sergio
J'espère que ce n'est pas celui-là : https://www.greatestphysiques.com/sergio-oliva-jr/

Écrit par : Lucy 10 h 41 | 11/04/2018

J'espère que ce n'est pas celui-là
Écrit par : Lucy 10 h 41 | 11/04/2018

Oui. Il faudrait une alimentation plus riche en protéines. Et un peu d'entraînement.

Écrit par : Sergio | 11/04/2018

Olga, j'ai le même sentiment que vous.

Écrit par : chiara | 11/04/2018

Zut parti trop tôt, sorry.
Je pense en effet que Sergio n'a pas souhaité un roman traditionnel. Pierre est "à côté", toujours, du sujet, des femmes, des autres. Il livre ses pensées, ses regards dans une succession anarchique, mais peut-être plus réaliste. Il est le seul personnage.
Sorry Sergio si j'extrapole sur ton travail. C'est le risque...

Écrit par : chiara | 11/04/2018

Nouvelle rassurante : nous allons tous mourir. Et après nous le déluge.

Écrit par : Kanssen K-K | 11/04/2018

@ ou bien se mettait "à écrire comme une timbrée" pour "le plaisir de ne pas entendre sa propre voix".

Elle me plait bien et beaucoup cette remarque, car j'ai le sentiment d'avoir été souvent confronté à cette attitude... Question : dans l'histoire de Salinger, est-ce à dire que cette Franny ne voulait pas s'entendre proférer des insultes à haute voix contre les imbéciles qu'elle entendait se la péter ? Ou bien plutôt, avait-elle besoin de s'étourdir dans l'écriture pour les oublier ?... C'est pas très clair, mais une chose est sûre, c'est notre (mon) défi intime bien souvent, et peut-être celui de Ch. Quant à avoir si c'est celui de Sergio ou de Pierre, ma foi, je ne sais pas..., en tout cas, cette remarque va loin, et elle est utile.
J'apprécie Olga qui essaie de prendre la défense de l'histoire contre la plupart de ceux qui ne l'aiment ou plutôt qui s'y ennuient. Quant à moi, je suis partagé. J'admire la détermination à avancer quitte à faire du surplace, j'oublie le plupart des linéaments qui m'ennuient, mais il me reste l'essentiel qui m'incite toujours à la curiosité : ce sont ces moments d'émotion intimes de lecture, sur des détails en apparence insignifiants qui surgissent toujours au moment où je les attend pas. Je suis heureux de constater qu'ils provoquent en moi un profond tressaillement, voilà ce dont je me rappelle... Cela dit, ne me faites pas raconter cette histoire à quelqu'un... Je n'arrive pas à en penser quelque chose de cohérent... Et d'autres fois, c'est juste un matériau dont j'ai envie de m'emparer et de le recomposer parce qu'il a provoqué une gamberge personnelle qui avait besoin de s'écrire en le faisant taire...
Brefl, que demande le peuple ?...
(J'ai quand même sympa, non, du côté Olga ? Rose m'a fait rire qui disait aimer l'histoire du blog de Sergio à cause des réactions de Ch. Finalement chacun y trouve donc une pitance différente, non ? - Je trouve qu'il est insuffisant de dire qu'on s'y ennuie, car l'ennui d'une histoire qui n'en serait pas une peut être un état très positif, voyons donc, quand il fait activer de la salive ou de l'écriture). Stop. Ce qui est insupportable en toute chose c'est l'indifférence, et les menteurs qui bavent leur indifférence... Et on en connaît beaucoup sur la chaine d'à côté. Stop. Assez. Couché !)

Écrit par : Janssen J-J | 11/04/2018

Pierre est "à côté", toujours, du sujet
Écrit par : chiara | 11/04/2018

Je n'en demande pas plus. Seulement, est-ce que cela pourra passer une rampe quelconque, moyennant réalignement du style sans ferdineries ? Le meilleur moyen de le savoir...

J'attaque ce jour la seconde relecture. A partir du tout début, celui qui plaît. Je fais gaffe à ne changer que si vraiment ça hurle. Cadence, une phrase à l'heure ! Avec réflexions. Prudence...

Écrit par : Sergio | 11/04/2018

Janssen, si vous ne jouez pas, vous n'avez aucune chance de gagner au superloto. Dépêchez-vous, chaque jour sans qui passe est un jour perdu. Gardez espoir, foncez. Pensez au 7, au 12 et au 9.

Écrit par : une amie qui lui veut du bien | 11/04/2018

Mon conseil, S. : ne commencez pas à relire le tout de votre côté comme un juif sous prétexte de filage, tant que vous ne nous aurez pas donné la fin du récit en pâture (or on a faim de la fin). Car il y aurait bel et bien escroquerie sur la marchandise et c'était pas le deal du début, hein ;-)

Écrit par : Janssen J-J | 11/04/2018

Écrit par : Janssen J-J | 11/04/2018
Aujourd'hui, ou Dimanche ?
Demain et vendredi j'ai hosto, normalement léger.

Écrit par : Sergio | 11/04/2018

Va pour Dimanche, en plus ce sera mon anniversaire, donc ce sera un beau cadeau...
Prenez soin de vous entre temps, vous souciez pas de nous autres, les virtuels !

Écrit par : Janssen J-J | 11/04/2018

Grâce à Christiane, j'ai ressorti "Franny.." et je me suis commandé "Quad" que je ne connais pas. Et c'est pile dans le sujet! Je ne sais pas si Pierre est Sergio,, mais Pierre est un "elément" du texte, passionnant; une vraie création, par la façon dont il parle,par la quête qu'il mène. La stucture du texte est remarquable, la nature ,vivnte, sereine, et en face, des êtres humains qui cherchent, ou, n'osent pas, vivre, se laisser entraîner. Il y a du talent dans celui qui mène le texte; et c'est un talent qui me plaît.
Les "Ferdineries", comme le dit Sergio, sont un peu trop appuyées, c'est sûr, j'avoue qu'elles m'ont amusée, encore un; qui se hausse du col; ou bien , du faux argot. Bref, non seulement j'y prenais du plaisir, mais encore ! j'entrais complètement dans le jeu. Les grillons sont une trouvaille; j'y aurais mis un concert de crapauds amoureux, mais c'eùt été trop voyant !!
Que des lecteurs restent réticents,quoi de plus normal. Je n'aime pas Marie Hélène Lafon , tant pis pour moi!!
Un conseil à Sergio: achetez-vous un hamac, avec une provision de gâteries, cigarillos compris, compris? et ne travaillez pas en forçat, mais cantabile.
PS: un signe amical à Lucy, qui a dit sur un blog, près, partir pour la Calabre et les Pouilles. Meraviglioso, mais qu'elle se méfie ,les bandits sont garantis autenthiques et louent des chambres d'hôtes avec rôtissoires....et couteaux assortis. Dans les trulli, idem,on n'arrête pas ...je ne trouve pas le bon mot,zut alors.

Écrit par : olga | 11/04/2018

Les "Ferdineries", comme le dit Sergio, sont un peu trop appuyées, c'est sûr
Écrit par : olga | 11/04/2018

Je pense que je vais quand même en laisser à certains endroits.

Écrit par : Sergio | 11/04/2018

Merci Olga pour les conseils de précaution contre les bandits calabrais, je pars avec mon garde du corps !

Écrit par : Lucy 10 h 41 | 11/04/2018

Je constate que ma pendule s'était arrêtée... je corrige

Écrit par : Lucy 18 h 11 | 11/04/2018

Olga,
Quad, je ne l'ai jamais lu, seulement vu, revu, rerevu, fascinée.
En voici une excellente analyse et la vidéo que je connais, réalisée par Beckett pour la télévision :
http://lesilencequiparle.unblog.fr/2008/11/13/beckett-lepuise-gilles-deleuze/
Je pensais aux personnages de Sergio, surtout à Pierre !

Quant à "Franny & Zooey", sans Paul Edel, jamais je n'aurais mis le nez dans ce livre très particulier et attachant comme d'autres nouvelles comme celle du poisson Banane. Ce frère et cette sœur, inadaptés au monde, dans l'Amérique des années 50 m'avaient émue, étonnée. Puis Seymour, frère plus âgé (présent dans d'autres nouvelles) qui se suicide. La famille Glass... étonnante...

JJJ,
je me suis posée la même question, abasourdie par cette remarque.

Écrit par : christiane | 11/04/2018

Christiane, j'ai parcouru rapidement l'article auquel vs renvoyez.Très intéressant. Pour l'instant, j'ai des problèmes aux yeux,et le brillant de l'écran, des écrans, m'éblouit. Je rentre aussi dans les réverbères ...rien d'une Walkyrie à la wagner !
On sait que Beckett était tatillon à l'extrême ,pour la mise en scène des pièces qui étaient jouées, donc porter le système à l'extrême...

Sergio, c'était une remarque amusante, sans ironie, il faut que les Ferdineries se transforment en en Sergineries, c'est simple !et surtout cantabile & moderato.

Écrit par : olga | 12/04/2018

Olga,
je me souvenais juste de votre goût de l'océan, du vent et des courses solitaires loin de la rumeur des blogs. Soignez-vous bien.

JJJ,
la remarque de Rose ne visait qu'à lancer un salut au-delà du blog concerné qui traverserait tout ce silence.

J'écoute, sur France culture, dans l'émission "L'invité des matins" de G.Erner, Bertrand Badie (Professeur de relations internationales à Sciences Po) et Annick Cizel (Historienne) débattre de la question de l'intervention américaine, suite à l'attaque chimique inadmissible de samedi dernier à Douma. Que penser de cette atmosphère de Guerre froide? Que penser de la réponse d'E.Macron ? Tout cela est inquiétant...

Écrit par : christiane | 12/04/2018

Que de bruit pour un petit gazage de population dite "civile" !
La guerre, c'est moche, faut s'y faire....
Et Bébé Macron menaçant le brave Bachar el Assad, qui essaie de contrôler les terroristes, c'est d'un ridicule achevé !
Allez ! Soyons raisonnables ! Oublions ces quelques suffocants "civils" décédés qui sont des rebelles à l'ordre alaouite !
Le Moyen-Orient ? Un merdier pas possible !....

Écrit par : JC...9h18 | 12/04/2018

J'ai eu Badie comme prof à science po, et il m'a semblé dégager en touche ce matin ; il a eu raison de rappeler que les annonces d'attaques au gaz n'étaient pas les premières en Syrie. Que le Macron se laisse embarquer par les touites va-t'en-guerre de Trump et des objurgations d'un Kouchner (qui nous dit qu'il faut mais que c'est trop tard), nous assistons, consternés, à un spectacle sinitre géopolitique ! On perçoit à quel point notre petit chef d'Etat (tout heureux de conduire avec ses petits soldats de plomb, la politique militaire de la nation), n'est qu'un sinitre gamin qui trépigne en marchant, comme l'a rappelé son prédécesseur qui s'arrêta à temps de faire la même bêtise dès que le grand tonton Samobamah se retira de l'affaire en 2013. Et pendant ce temps, l'Poutine joue aux échecs, comme le rappelait Badie. Et nous, uen fosi de +, on assiste à un spectacle sordide pendant que d'autres internautes rèvent d'horreurs avec leurs chats sur leur lit. Et que d'autres se demandent comment va finir cette histoire potélée.
BJ à toussent et à BB.

Écrit par : Janssen J-J | 12/04/2018

Putin fait le poids
Macron fait le petit pois...

Écrit par : JC...10h36 | 12/04/2018

Non, le spécialiste des RI a dit... (je rectifie) que Poutine jouait au poker (+ vulgaire), pas aux échecs (+ noble).

Écrit par : Janssen J-J 11.39 | 12/04/2018

JJJ,
J'ai du mal à comprendre ces scènes terribles de gosses qui étouffent, de morts par asphyxie dans les escaliers, dans les rues, ces immeubles détruits, ce chaos, ces armes, ces tueries. Je ne comprends plus cette guerre. A vrai dire, je ne l'ai jamais comprise. Un collègue originaire de Syrie, maintenant installée en France avec sa famille, tentait il y a 5 ans, de me convaincre que le régime de Bachar al-Assad était juste, qu'il était le rempart nécessaire contre les rebelles de Daech. Rien de ce que je pouvais lui dire de ce dirigeant qui massacre son peuple depuis tant d'années ne la faisait dévier de ses certitudes. J'étais anéantie. Les morts ne pèsent pas le même poids dans toutes les consciences. Jusqu'où entrer dans le déni pour avoir bonne conscience ? Elle joignait à ses mails des photos de ses petits-enfants repus et souriants, jouissant, en France d'un paysage où poussent encore des fleurs, où gazouillent les oiseaux...
Les souffrances, ici, sont autres : misère (cachée), faim et fin de mois impossibles, gens à la rue, réfugiés sans refuge, grève des transports, guérilla entre les zadistes et les gendarmes sur le plateau de Notre-dame-des-Landes, réouverture du Super U de Trèbes (ombre des morts)...
J'aime imaginer l'écrivain face à la mer. Cela m'apaise...
Premières lueurs vert-bourgeons-éclos dans les arbres...

Écrit par : christiane | 12/04/2018

Je pleure depuis 7 ans sur le martyre de ce peuple qui a essayé de s'extraire de la tyrannie alaouite de Bachar et de son oncle, car j'aimais la Syrie pour y avoir gardé beaucoup d'amis désormais morts ou exilés. Malheureusement, les "rebelles" de cette guerre civile de libération ont été parasités par l'expansion Daesch qui a brouillé les cartes, et les occidentaux ont fini par s'arranger de la thèse propagande : rebelles = islamistes radicaux (avec une affaire très compliquée de kurdes libérateurs gênant le voisin turc). Et quand Poutine a senti la faiblesse des occidentaux apèrs le retrait d'Obama, il en a profité pour se remettre au centre du jeu mondial avec l'Bachar. Et maintenant tout est bloqué à l'ONU. On ne peut plus rien pour sauver les derniers résistants de cette poudrière, et le Bachar veut en finir par tous les moyens.
Evidemment tout cela est moche et écoeurant, mais je n'irai pas en rajouter dans le cynisme nauséeux de JC ou de jean... Je sais bien qu'en géopolitique il ne faut pas faire de sentiments et que l'idéalisme onusien ne fera jamais le poids derrière les logiques réalistes des faucons.
C'est sans doute là une analyse à courte vue, mais c'est la mienne. Je ne sais pas si je retournerai un jour à Damas voir ce medecin qui m'avait soigné une cheville foulée sur le site d'Apamée, avec tant de chaleur et de générosité. Je n'ose pas penser à ce qu'il est devenu, ni axu membres de ce groupe scolaire en visite sur le krack des Chevaliers avec leur instituteur... Et pourtant, que de souvenirs, y compris dans cette maison où nous fumes invités à prendre un thé dans la plaine de la Bekaa, dans cette famille druze... Oui, Ch., je partage votre incompréhension sur la folie du monde et la nécessité de s'en préserver.

Écrit par : Janssen J-J | 12/04/2018

Tu es trop sensible, Christiane, tu t'arrêtes à des détails incompréhensibles au MO : on raisonne famille, clan, tribu, là bas. La Syrie ? L'Irak ? Le Liban ? Le Maghreb ? La Palestine ?
Tout cela n'existe pas !!! Création soit coloniale, un dessin, soit post coloniale.
Pure création ex nihilo ! Bien qu'il y ait des représentants à UN et UNESCO ..... (rires)
Ces territoires sont des territoires de luttes, de combats, de morts. No future...
La notion de démocratie est incompréhensible, là bas....

Écrit par : JC...17h13 | 12/04/2018

Endurci toi un peu, mon pauvre Gigi, sois plus réaliste....
Sinon la folie du monde te rendra fou* !
La Syrie des Al-Assad était un moindre mal ! Saddam, Mouammar tenaient leur rôle de tyran...
Et les printemps ! une imbécillité. Et les Bush, des vrais cons !
(*si ce n'est déjà fait).

Écrit par : JC...17h23 | 12/04/2018

En résumé, plusieurs commentateurs trouvent que cet ours est plutôt mal léché.

Écrit par : Al Vermot | 12/04/2018

Quittons nous sur un point de vue qui en vaut un autre : il n'est pas de bêtise plus stupide qu'une bêtise déguisée en intelligence ....

Écrit par : JC...17h43 | 12/04/2018

Je comprends tout à fait , JJJ, votre mémoire impossible et votre analyse de l'amalgame rebelles = Daesch.

JC - 17h13... Oui, on peut aussi raisonner comme cela....

Écrit par : christiane | 12/04/2018

Merci du bon conseil pour ma santé mentale, JC, mais je ne saurais jamais vous ressembler ; j'aimerais bien vous rencontrer un jour pour voir de quoi vous avez l'air exactement, un gentil si ça s'trouve, comme l'étaient MàC, bouguereau, TKT, polémiqueur, tous disparus avec la Syrie. On est souvent surpris de voir la gueule des gens, z'auriez pas une image avantageuse de vous avec Jean trainant sur la toile, que pourriez nous linker ?

Écrit par : Janssen J-J | 12/04/2018

bouguereau n'a pas disparu. Il s'est réfugié chez Annelise et c'est toujours un plaisir de le lire.

Écrit par : C.P. | 12/04/2018

J'ai hâte, Sergio, de lire les derniers chapitres de votre ours. Plus je m'enfonce dans la relecture de Franny (et Zooey), plus je trouve cette Franny épatante. Elle rate tout ce qu'elle avait prévu dans sa rencontre avec Lane, d'une façon délicieuse et lui joue les indifférents, les sommités en matière de dézingage littéraire mais une voix off en aparté, la sienne, fragilise sa morgue, son aplomb. Je crois que Salinger excelle à décortiquer la moindre pensée intérieure, le moindre geste (banal en apparence de ses personnages). Et, au souvenir, il me semble que vous aussi avez pris le temps d'aller à l'intérieur des pensées de Pierre, moins des filles. Comme si cet homme était face à une opacité féminine. Il faudrait que je recherche ces petits détails imprévus qui rendent le réel probable. Mais il y a eu votre marée de citations et ce plaisir des mots inventés qui ont détourné mon attention. Les femmes chez vous, (dans votre ours) sont comme des poupées gigogne : on en ouvre une et hop une autre apparait. L'homme reste en entier mais multiple, une facette pour chacune.
désolée d'avoir quitté l'exploration de votre écrit mais l'actualité cogne parfois à la porte, le printemps aussi... alors on folâtre dans ses pensées, ailleurs et en même temps ici... Vous n'êtes pas exigeant pourvu que la parole sonne vrai et pas fêlé.

JJJ imagine une tête de brave type à JC mais ces deux domaines ne se rencontrent pas. Les pseudos, dans les blogs, offrent des rôles, des masques, des inventions alors que le réel ratatine un visage dans la vie quotidienne. On croit le connaître. Il faut parfois s'étonner et dire comme lui : "j'aurais pas cru..."). Franny dit "Oh ! lane, que c'est bon de te voir !" (...) Tu m'as manqué affreusement !" Elle avait à peine dit cela qu'elle se rendit compte qu'elle ne l'avait jamais pensé." Et lui, (c'est horrible !) : "Lane parlait maintenant en homme qui monopolise la conversation depuis déjà un bon quart d'heure et qui est persuadé qu'il a trouvé le ton juste, le ton grâce auquel sa voix est à l'abri de l'ennui et de la médiocrité."
Comme c'est cruel et juste...
Ah, si on savait toutes les pensées qui trottent dans la tête de nos interlocuteurs quand ils nous parlent ou nous regardent ou se taisent. Je crois que le roman est le lieu où dévoiler tout cela. Les écrivains sont de fins observateurs...
C.P. est vrai.

Écrit par : christiane | 12/04/2018

La ponctuation et une position de parenthèse rendent le commentaire obscur. Rectification :
et lui, (Lane) joue les indifférents
(banal en apparence) de ses personnages.

Écrit par : christiane | 12/04/2018

Ah, le shit rouge de la plaine de la Bekaa.

Écrit par : P comme Paris | 13/04/2018

La gueule que nous avons n'apporterait rien au débat, entièrement fait de virtualité. Si je vous affirme, ce qui est VRAI, que je mesure 1m26 parce que j'ai été amputé des deux jambes par un chirurgien dentiste maladroit .... vous me croyez ?
La vie est une farce magnifique, la vie numérique un mensonge en dur, la littérature une distraction, le plus souvent décevante !

Écrit par : JC...5h55 | 13/04/2018

Non, c'est une distraction JAMAIS décevante, la littérature... Ça se saurait, sinon : et enfin, que fouteriez vous icite ? Allez, à d'autres ! Cessez de mentir, de temps en temps.

Écrit par : Janssen J-J | 13/04/2018

Tu fais chier, Gigi, tout le monde n'a pas à penser la même chose que toi ...
FASCISTE, tu es ... honte sur toi !

Répétons :
"La vie est une farce magnifique, la vie numérique un mensonge en dur, la littérature une distraction, le plus souvent décevante !"
UNE DISTRACTION !

Écrit par : JC...10h40 | 13/04/2018

Je vous donne un autre point de vue, JC, ce n'est point être fasciste que de ne point partager le vôtre, et je n'en ai point de honte voyons donc, personne ne vous interdit de vous exprimer comme il vous messied. Evidemment, il serait plus sain pour vous de pas raconter tout et son contraire à longueur de temps, ou de vous en tirer avec des pirouettes de saltimbanque quand vos paradoxes deviennent un peu trop gênants. Votre pauvre solution de sortie, toujours la même, comme l'a fort justement remarqué la personne qui vous trace, est celle du trépigneur dans son bac à sable : s'en prendre à un bouc émissaire imaginaire par un registre d'injures toujours aussi primaire pour rabaisser le niveau général de la discussion au rang du caniveau de qui s'enfonce dans son vomi. On vous l'a déjà dit.... Continuez ainsi... Je vous signale que vous êtes en train de vous faire doubler dans l'élégance de la bassesse et de la veulerie : un certain Jean va rapidement devenir votre maître, et vous rabattre la Mentule. Faites bien attention à vous garder sur votre droite. En matière de fascisme, il y a quelques experts et beaucoup d'' amateurs.

Écrit par : Janssen J-J | 13/04/2018

@ La Syrie ? L'Irak ? Le Liban ? Le Maghreb ? La Palestine ?
Tout cela n'existe pas

Et Israëlle la Potelée, non plus ?

Écrit par : Janssen J-J | 13/04/2018

Et Israëlle la Potelée, non plus ?
Écrit par : Janssen J-J | 13/04/2018

Insolent !

Écrit par : Puce Duchou | 13/04/2018

Va te faire enculer, connard de Gigi le Verbeux, avec tes blabla à la con !
(... tu nous raconteras, après, hein ?....)

Écrit par : JC...17h40 | 13/04/2018

C'est déjà fait depuis longtemps, et j'en ai gardé plutôt un bon souvenir, JC - (Puce Duchou ? pourquoi pas Pue du Q, tant qu'on y est ?). Mais j'ai été rapidement lassé.
Et vous, qu'en avez vous conclu, JC ?... Toujours pas remis, apparemment, ou halors pas encore osé ?... Allez, détendez-vous, quoi ! Faites vous mettre au fion, et vous verrez, votre verbosité ne s'en ressortira que méliorée.

Écrit par : Janssen J-J | 13/04/2018

Franchement, JJJ, vous me déconcertez.

Écrit par : pourquoi pas Pue du Q, tant qu'on y est ? | 13/04/2018

Déconcerté.e ? Ah bon ?...
Quand vous cesserez de changer vos pseudos, JJJ pourra redevenir sérieuse, hein...

Écrit par : Janssen J-J | 13/04/2018

Sergio, je ne vous félicite pas !
Voyez dans quel état votre ours a mis notre lapin penaud ...

Écrit par : JC...5h17 | 14/04/2018

Je suis le lapin penaud devant l'ours et ma poupée ...

Écrit par : JC...9h53 | 14/04/2018

Le JC...9h53 : c'est moi !

Écrit par : Evidence | 14/04/2018

Le Evidence 14/04/2018 : c'est moi !

Écrit par : une conne | 14/04/2018

Plus je m'enfonce dans la relecture de Franny (et Zooey)
Écrit par : christiane | 12/04/2018

Salinger, mon sauveur !

Écrit par : Sergio | 14/04/2018

Merci à Ch., salvatrice aussi !... Fallait pouvoir dénicher...

Écrit par : Janssen J-J | 14/04/2018

Ah oui alors là entièrement d'accord avec toi JJ,fallait dénicher! super! je crois que tout est dit là

Écrit par : E.M. | 14/04/2018

Le Janssen J-J 14/04/2018 : c'est moi !

Écrit par : Diagonal | 14/04/2018

Exact, ce sont les mêmes.

Écrit par : JJJ et Diago | 14/04/2018

Sergio tenir un blog donne une responsabilité. Tu ne peux pas laisser passer les grands faits de société. or je suis atterré par ton silence coupable sur cette phénoménale injustice qui sévit en france depuis plusieurs années à savoir que désormais on ne peut plus regarder un match de top 14 le samedi après-midi sans être abonné à canal + ou bein sport. c'est un monde ! et tu ne dis rien ! et christiane non plus !

Écrit par : P. Dupanloup | 14/04/2018

Normal, il y a les blogs d'annelise scemama et de paul edel pour ça.

Écrit par : gisèle | 14/04/2018

on ne peut plus regarder un match de top 14 le samedi après-midi sans être abonné à canal + ou bein sport
Écrit par : P. Dupanloup | 14/04/2018

Faut s'inscrire au club du coin ! C'est très profitable. Peut-être un peu froid aux jambes l'hiver. Mais après, le Bar des sports !

Écrit par : Sergio | 14/04/2018

Télévisons les troisièmes mi-temps.

Écrit par : P comme Paris | 14/04/2018

Dans la deuxième partie "Zooey", il y a une scène extraordinaire dans la salle de bains. Zooey assis dans sa baignoire, lisant la lettre de son frère posée sur ses genoux, seules petites îles sortant de l'eau, la repliant, la posant sur le bord de la baignoire, traversé par la tentation qu'elle tombe dans l'eau puis l'irruption de la mère qui au travers du rideau de douche que Zooey a tiré prestement vient lui parler de son inquiétude au sujet de sa sœur, Franny. Cette Franny que nous avons quittée au restaurant, évanouie, faute de se nourrir d'autre chose que du livre bizarre, un peu mystique, trouvé dans la chambre de son frère. Jeune femme fragile qui perd pied peu à peu. Dialogues percutants écrits dans une langue parlée brute et crédible au rythme parfait. Ce monde de folie vit dangereusement une perte du réel et Salinger, en petites touches d'une précision d'entomologiste les emprisonne dans la lumière de sa lampe. Ils tournent, affolés, autour d'une présence-absence, celle du frère (fils), Seymour, qui s'est suicidé...
Je ne peux m'empêcher de trouver de ces petites touches assassines dans l'histoire bancale et attachante de Sergio. Son héros est aussi trop lucide pour être heureux...

Écrit par : christiane | 14/04/2018

Dupanloup,
le foot et la télé... vaste problème ! En 1970, les clubs de foot craignaient que la retransmission des matchs à la télé, vide les stades. Maintenant un rapport de fric entre les chaines privées et le foot rend les matchs inaccessibles à ceux qui ne sont pas abonnés. 90 mn c'est programmable, prévisible, non extensible. ce n'est pas comme les matchs de tennis ou les épreuves olympiques. Pour moi, qui ne les regarde jamais, je trouve fascinante cette appropriation des joueurs par leurs supporters. Quand ils gagnent, c'est eux qui gagnent. Quand ils perdent, ils cassent les tribunes et se castagnent ! des joueurs sont achetés à des prix défiant la raison, n'ont plus de pays de rattachement mais un club. Tout ça me tient à distance de ces retransmissions. Quant à aller sur un stade suivre un match entre des joueurs bariolés, il m'a suffi de les supporter dans le RER B, les soirs de match pour tourner les talons !

Écrit par : christiane | 15/04/2018

Écrire un commentaire