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02/04/2018

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XII Visite

 

 

 

 

 

On rejoint le fond du parc. Il reste deux trois cents mètres. Ca l’ennuie un peu. Moins. Peut-être à cause de cet éclairage d’après-midi, porteur d’espoir. Ce qui le réjouit, l’inquiète, c’est l’absence d’autres promeneurs sur le gravier alentour. A l’exception d’une ou deux ombres, non identifiables, à très fortes distances. Eux également sont donc très indistincts pour ces mêmes ombres. Il essaye de les suivre des yeux. Elles disparaissent épisodiquement au fond des lisières. Ou très loin à l’orée des statues. Avec la musaraigne, ils forment un groupe complice ; lequel compromet l’autre ? Que fait Catherine en ce moment ? Elle était bien avec deux autres, lorsqu’il les a quittés… Du coup un rien, une sorte de jalousie ; de méfiance. Et Carole, encore dans son pigeonnier ? Peu probable… Plutôt le genre à jouer la belle au milieu d’admirateurs ; peut-être n’importe lesquels ! Pas grave : plus il y en a moins c’est dangereux. Il se rend compte à présent qu’avec cette fille aux cheveux trop fins il n’est pas seul. Il se sent protégé, comme une chaleur qui qui rassure. Il a envie de converser de nouveau avec elle, bien qu’elle ne lui semble pas très en phase sur le terrain de leurs précédents échanges. A cause de cela il lui prend d’insister ; de revenir sur le sujet.

- Tu dois bien savoir ton Proust par coeur, non ?

- Comme tout le monde… En fac, pas mal.

- Je me disais que ce qu’il étudie pour le cheminement de la pensée, ça doit se modéliser aussi mathématiquement.

- En faire des programmes, alors ?

- C’est le risque… Cela se pratique en linguistique.

- Quel intérêt ?

- Pour aller plus loin. Proust, Céline, Joyce restent des auteurs indépassable ; chacun a verrouillé son monde. Plus d’amélioration à en attendre.

- Sauf si l’approche scientifique prend le relais ?

Il retombe dans le mutisme. C’est dommage. Gabrielle est surprise d’une telle profondeur. Elle ne le dira jamais, admirative. Elle regarde fugitivement dans sa direction, comme s’il ne s’en apercevait pas. Diable de mec. Il n’insiste pas. Il s’est exprimé avec imprécision. Avec un flou qui justifie a contrario ce qu’il tentait d’expliquer. Ce qu’il va gagner, c’est une grande incompréhension de cette fille. Ou au contraire un éblouissement diffus, ce qui revient au même. En gros, elle va croire qu’il se fait mousser, ce qui lui est totalement étranger. Elle va se concentrer sur lui et non la pensée qu’il véhicule.

- Tu es déçu, non ?

- C’est à moi que j’en veux.

Elle doit songer que c’est plutôt un lieu d’entente pour lui et Catherine. Elle a raison. Cette pensée le réjouit ; lui fait découvrir un gisement d’autant plus significatif qu’il est imprévu. Une tension ne demandant qu’à se rompre. Il trouve que c’est lâche ; on ne peut envisager les choses en fonction d’un terrain commun. Cette dimension de la Cathy aveuglément méconnue par lui, c’est aussi un reproche qu’il peut se faire. Elle en devient plus mystérieuse à ses yeux. Son silence du matin, son quant-à-soi prennent une coloration nouvelle, une densité. Que de mots en perspectives, d’aveux ! Un horizon entier qui s’ouvre. S’il se trompait, si au contraire elle venait à le recevoir froidement ? Refusait ignorait ? Eludait ce genre de préoccupation ? Alors ce serait lui qui, une nouvelle fois, serait déçu comme dit Gaby. Ce d’autant plus qu’il n’aurait pas réussi à montrer la véracité du chemin qu’il ressent. La musaraigne est perplexe. Elle cherche ses repères. On dirait que ce gars est intéressant. Elle cherche à le comparer à d’autres, qui ne tiennent pas un langage aussi étrange. Elle ne suit pas avec limpidité ce qu’il recherche. Elle devine en partie. Il pourrait avoir raison. Une sorte de transcendance inquiétante. Rien à voir avec la nature propre de sa personne. Il l’impressionne. Le désir qu’elle a pu avoir à son endroit, et qu’elle a toujours, se fond en une vague expectative. Une lumineuse attente. Elle songe à soi-même ; à son manque de beauté classique reconnue, qui l’effraye tout-à-coup. Bien qu’elle ait déjà capté des hommes à de plus sémillantes.

- Tu as mis du parfum, dis donc !

Et voilà. C’est toujours ainsi. Comme s’il était étonnant de sas part d’en mettre. Et cette manière de poser la question ! Sans compter que, à l’instar de tous les hommes, il est bien incapable de réaliser qu’il s’agit d’une eau de toilette des plus courantes. C’est vrai, elle ne se soigne pas beaucoup. Elle n’en voit guère l’intérêt. Le moment venu, cela ne change rien. En général c’est elle qui non pas provoque, mais décide. Physiquement. Directement. Peut-être influencée par Catherine. Elle aime aussi manipuler. Championne des entremetteuses. Ca l’amuse, elle ignore en quoi. Pour elle-même c’est différent elle agit. Il faut être libre. Se faire courtiser n’est pas désagréable non plus.

- J’en mets très peu ; tu n’aimes pas ?

- Si, pourquoi ?

- Tu pensais à celui de Catherine ?

- Oah je ne sais pas ce qu’elle met. Carole c’est du Mitsouko, de Guerlain. A un moment elle en a parlé. Elle en met des tonnes.

- Mais non, bêta, il est simplement assez fort, entêtant ; pas besoin d’en mettre beaucoup pour qu’on le sente à des kilomètres.

- Ah bon. Et Catherine ?

- Elle n’en met pratiquement jamais ; des fois je lui passe du mien.

- C’est marrant, vous êtes quand même assez différentes ?

- Ca dépend...

- Un parfum reflète la personnalité, le physique...

- On a des points communs, même si on ne se ressemble pas extérieurement...

Ils sont arrivés à l’entrée du chemin qui mène au bourg. En étroite descente, il s’élargit à de certains moments ; livre le passage à deux de front tout au plus. Elle voit qu’il allume un petit cigare. C’est une complète litanie. Assez godiche dans ses gestes. Attendrissant du seul fait qu’il s’abstient de tout cinéma, qu’il n’endosse aucunement un personnage d’homme à l’aise. Ou alors il se montre comme cela uniquement avec elle ? Avec la Cathy le matin même c’était peut-être différent… Il n’y aurait qu’à lui demander pour le savoir.

- Tu veux descendre ?

- Pas nécessairement ; on n’est pas mal, ici, non ?

- Comme tu veux...

Lui semble, à elle, que ce n’est pas « comme tu veux ». Plutôt « tout sauf cela »… A l’évidence il ne souhaite guère se rembarquer dans l’itinéraire accompli avec la potelée. Il est long, ce chemin. Ils ont pu s’en dire, des choses… En un sens il n’a pas eu tort de souligner la différence physique avec son amie. Ils sont arrêtés, toujours à l’entrée du fameux layon.

- Tu la trouves, comment dire, plus massive, Catherine ?

- Ah oui, tiens, l’Albertine de Proust !

- Et moi je serais Andrée, alors !

- Il y en a une dans Montherlant ; celle qui est hacquebottée...

Ils éclatent de rire simultanément. Cet imprévu rompt à point nommé le début d’une tension infime. Il tire sur son clope. Elle se compare à son amie. Celle-ci s’est elle-même trouvée trop grosse, jalousant sa petite charpente, son ventre terriblement plat, menu, affûté. Le garçon va dire quelque chose. Il est lui aussi en pleine réflexion que c’en est une nouvelle fois attendrissant. Il a l’air de chercher ses mots ; tout bonnement s’il va ou non parler.

- Toi, mon lapin, tu veux dire quelque chose.

- Curieux, cette affaire d’Albertine ; il met très longtemps, peut-être quatre cents pages, à la traiter de grosse.

- Au début, à Balbec, elle ne l’était pas...

- Pour continuer la comparaison, elle aussi a de minuscules taches de rousseur, des éphélides.

- Je l’aime bien, avec ces trucs. Ca fait un peu gamine.

- Elle a les yeux verts, ou bleus ? On n’arrive pas à se rendre compte.

- Ca porte un nom ; c’est pas vairon ?

- Ah non ça c’est l’hétérochromie ; deux couleurs différentes.

- Alors non, elle c’est qu’ils changent !

Ils ont commencé à remonter vers Marienbad, lentement, détendus, les regards au sol. Une vraie rentrée de promenade plus riche qu’elle ne s’annonçait. On ne sait pas s’il regrette la table verte du matin. Elles y sont toujours, ces tables ; ce sont elles qui ont supporté le buffet sur la terrasse. Il n’y a pas pris garde. Le pire, c’est qu’il regretterait presque de n’avoir pas descendu le chemin vers le bourg, maintenant, avec la musaraigne. Qu’est-ce qui importe le plus, la fille qui accompagne, ou l’aspect romantique du truc ? A présent c’est la notion de retour qui pèse. Un retour c’est une mort ; une terminaison. Le bout de la piste, comme on dit. Gabrielle, qu’en pense-t-elle ? Un désert gravillonneux règne généralement alentour ; quelque chose qui fait que la messe n’est pas dite. On a envie de prolonger, comme au réveil du matin. Il craint de reprendre la conversation. De rebriser du solidifié. Du coagulé. Sans force dans une expectative maladroite.

- Qu’est-ce que tu veux faire, ensuite ?

- Oah je sais pas ; on a le temps de voir...

Il a failli répondre « rester avec toi ». C’était en quelque sorte implicite. Cela n’aurait été qu’à moitié faux. De refuge en refuge. Comme les bêtes. Le temps de voir, c’est cela. Tout est dans le temps. Perdu. Retrouvé. L’ordonnancement des échéances. Il l’entraînerait volontiers à recommencer des haltes aux statues. Peut-être inventeraient-ils du nouveau à en dire ? Surtout elle, qui s’y connaît. Le propre d’une certaine angoisse est justement que l’on n’agit pas ; de peur naturellement de peser sur l’événement.

- Moi je l’aime bien, après tout, ton parfum !

- De l’eau de toilette, je t’ai dit...

Conforme à son schéma ; son « genre ». Paraître plus dure que les plus dures. Ce serait le cas de lui reprendre la main. Cela revêtirait une couleur autre. Nouvelle. Tant que des fourmis dans les bras il va plutôt se réactiver à fumailler un de ses machins. Encore ! Depuis le commencement du retour ça le titillait inconsciemment. Ca ralentit, c’est embêtant, il n’aime pas se mettre à la remorque. On ne sait jamais combien il faudra de coups de briquet pour obtenir un allumage ; la plus petite brise suffit à tout foutre en l’air. N’importe, en plein vent c’est vite fondu les cigarillos. C’est le zeph qui fume ! Quelques bouffées entortillent l’affaire. La réplique vaguement sèche de la fille, également, cela décourage un peu de chercher à les emmener dans le rêve. Du concret, du concret, toujours de la réalité. Il y aurait bien cette obscure jalousie que plusieurs fois elle à semblé manifester à l’égard de Catherine… Est-ce bien le moment ? Du réchauffé...

- On va retrouver les autres ; je sais pas du tout ce qu’ils font.

Le soleil tombe à mort comme les paroles de la taupe. On se demande bien pourquoi, les grillons grillonnent à fond les ballons. Comme déchaînés par un lugubre trompetteux boute-selle, dans l’immense vide qui se déploie dans tout le Marienbad. L’après-midi n’est pas si engagée. Leur chant de cri-cri se réverbère en une tension démesurée. On ne va pas lui faire croire que la demoiselle ne les entend pas. Ambiance d’un flottement qui pourrait tourner à l’entropie… Ils n’ont jamais été aussi éloignés l’un de l’autre ! Les grillons, eux, d’une certaine manière c’est Catherine-Carole… Cela obscurcit encore plus !

- Tu vas pouvoir observer, pour ses yeux...

- Ce doit être toi qui a raison ; ils changent tout le temps, mais sans hétérochromie...

- Où pourraient-ils être allés ?

- Elle est peut-être avec quelqu’un, au fait ?

- Un garçon, tu veux dire ? M’étonnerait ; pas comme cela.

Elle a très bien perçu le froid qui enserre son compagnon. Elle ressent le même. Elle veut réagir… Ne trouve rien! Maintenant chacun redoute le moment… Le monde glacé se réduit à eux deux. Plus un pied dehors ! Pour un peu il lui reprendrait la main qu’il n’a jamais tenue. Cette fois, pour de bon. Solitudes étrangères...

- On va déjà les chercher..

Une évidence. Une réalité protectrice. Toujours bon de se remettre en palier, respirer. Du coup le jeu évidemment va consister à ne pas les trouver. Prolonger l’instant, le passé, transformer en passé le présent. Sans hiatus ; sans solution de continuité.

- On verra bien.

Déjà la cascade interminable d’escaliers à l’infinie largeur, haute comme une vague du Pacifique. On n’entrevoit pas la fin ! On dirait que cela va tout écraser. D’autant plus avec ces marches immensément plates. Pas des marches, de véritables plans ! A se demander comment et pourquoi l’on construisait tout cela… Qui se fond dans l’étendue de Marienbad entier. Est-ce que la fille aussi éprouve cette sensation ? En haut tout en haut qu’on ne voit pas il y a les toits. Catherine-Carole… Dans ce jeu-là Gaby est absente. Mais encore… N’importe ils montent. Ca fatigue pas tellement. Ce matin il grimpait déjà ici. C’était différent. Une oppression également. Pas celle-là. Il vaudrait mieux que cela éreinte. On ne distingue pas encore les fenêtres menaçantes. Il peut y avoir quelqu’un, derrière ces fenêtres. La fille ne dit rien. Il a encore une gonzesse à côté de lui. Même occupé dans ses pensées. Dans une marche indéterminée. Il pourrait lui causer.

- Bon ça se termine ce truc ou quoi ?

- Tu es pressé ?

- Que ça s’arrête, oui...

- Si tu veux on peut retourner ?

- Tant qu’on est là...

Enfin le perron colossal. A perte de vue lui aussi. Stable. Lisse. Avec de gigantesques balustrades qui déclinent en fuyantes. On ne trouve pas la sortie à l’autre bout. Si, elle se souvient. Elle avait dû pas mal troller le matin. Maintenant il faut contourner la bâtisse.

- Allez viens.

Elle se détache en avant. Ralentit. Lui tend la main. Qu’il prend. Pas facile d’agir autrement.

- Ah ces hommes...

Elle est moite. Ou c’est normal. Il se demande si une légère pression sur la paume lui plairait.

- On dirait qu’on rentre de balade...

- C’est bien ce qu’on a fait, non ?

Regrets ou remords… Il ne pense plus à rien. On peut les voir. Depuis les fenêtres reluisantes d’ombres. Donc pour ne pas être un mufle… Surtout Carole. Elle n’est sûrement pas dans le coin. Plutôt avec son espèce de bande. Il entraîne Gabrielle. Ca tourne à l’angle c’est la terrasse. Désertique. La surprise c’est l’absence de surprise. Rien n’a changé. Absolument rien. Comme s’il n’y avait pas eu de buffet. Les arbres monumentaux se déploient. Ils ombragent toutes les dalles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XIII Intermède

 

 

 

 

 

- Vous auriez pu nous aider…

Deux types juste entrevus ; ils remontent des cuisines. Vaguement du groupe à Carole. Pour savoir… Autant laisser répondre la fille. Cela se sent dans sa main.

- On arrive !

- On vient de terminer.

N’ont l’air de s’étonner de rien. Paroles de routine. Automatiques. Les regardent à peine. Des meubles… Peut-être plus gênés qu’eux-mêmes ; on ne saurait le dire. Gabrielle ôte sa main sans y penser.

- Vous êtes sûrs ? On peut descendre ?

- Pas la peine.

- Mais si ; allez viens, on y va.

C’est parti. Direction la colossale porte d’entrée. Il suit. Décidément c’est une manie chez les femmes d’aller visiter les cuisines. Le matin elle a dû y oeuvrer c’est sûr. Telle qu’il peut la connaître… Incapable de tenir en place ; de toute évidence à bon escient. Elle détient cette formidable efficacité, dans un si petit corps, qui a retenu son attention dès qu’ils se sont croisés. On ne peut pas dire « rencontrés », parce qu’avec elle il y a cette sensation que les choses se font à l’énergie, à la volonté, à la détermination, et peut-être plus prosaïquement à la nervosité. Il a pu la découvrir un peu au long de leur promenade. Cela ne change pas grand-chose à cette étonnante faculté d’anti-poésie. Ses gestes précis. Dénués de la moindre hésitation. Sûr qu’elle va les déployer avec une charmante outrecuidance dans l’univers de cuivre souterrain. Elle va même se laisser regarder avec une complaisance aussi particulière que sa silhouette menue. Cela aussi, il se trouve incapable de savoir si c’est volontaire ou non. Il se dit qu’il s’ingénie à la compliquer abusivement. Il regrette déjà d’avoir lâché sa main ; sans réaliser que c’est elle qui s’est disjointe. Ils ont englouti le vestibule pourtant énorme ; cap sur l’escalier des profondeurs. L’endroit ne lui apparaît plus comme le matin avec la Cathy. Beaucoup plus sombre. A cause du soleil, dehors, qui leur vrillait les yeux sans y penser. Avant midi c’était une fine humidité ; estivale. Ici, au rez-de-chaussée, plus de grillons comme dans la sous-pente de Carole. Les semelles de la miss Gaby claquent sur la pierre des marches. Comme les oies de Zornhof. Reclac ! Cela n’arrête pas. Avec les femmes c’est toujours du bruit. Faut que ça s’exprime. Quelque chose qui pourrait faire penser à ses jambes délicatement musclées. Minces. Qu’il a eu deux heures pour observer ; sans pour autant leur prêter attention.

- C’est le bout du monde ici.

L’autre fois il avait proféré un truc de cet acabit. Impossible d’y échapper. C’était plus naturel. Moins meublant. A peine levé on a grand besoin de parler ; d’entendre sa propre voix. Celle des autres pour vérifier que l’univers est toujours en place. Les marches sont assez hautes et il vaut mieux faire attention.

- Regarde plutôt où tu mets les pieds ; un gros balourd comme toi...

Il est tout près derrière la fille. Elle ne descend pas si vite que cela. Lui ses mains traînent dans ses poches ; à la limite d’en sortir chaque seconde. Tellement on y voit peu.

- Pas possible que toute la bouffe soit passée par là !

- Il doit y avoir l’électricité ; je ne sais plus où.

- Ah mais attends ; moi je sais, en haut dans l’entrée.

- Trop tard !

Elle a claironné dans les profondeurs. Cela se répercute. On ne peut pas dire que leur visite soit discrète. Interminable, ce machin. Il doit y avoir les autres en haut. Peut-être dans toute la bâtisse. Carole par exemple. Perfide moment où l’on s’aperçoit que l’on n’est plus seul… Retrouvaille. Téléscopage des mondes ! Regrets ou remords, on a toujours un peu honte de s’être laissé embringué dans un seul courant.

- Tiens, le voilà, ton courant électrique.

La cuisine apparaît en grand. Elle actionne l’interrupteur. Curieux de voir à quel point elle agit sans hésitation. Cela rompt un peu la féminité. D’un autre côté l’affirme. Il se dit que c’est lui le handicapé ; qu’il n’est pas tellement apte à en juger. Le temple des gamelles… Tout reluisant ! Il faut reconnaître que c’est fini léché. Et pour le soir alors ? Le crépuscule est encore si loin… Marienbad est infini comme une vêprée qui ne tombe jamais. D’ici, du fin fond, on le distingue mieux. Cela devrait être en cristal… Avec les chaises vertes. Et qui grossit sans arrêt. L’inverse de l’Arrache-coeur. Ou plutôt sans dimensions. Même temporelle. La vérité, c’est qu’il en a trop, d’épaisseur. Il a l’impression que c’est fait pour lui ; et aussi pour cette fille, Gabrielle. A présent c’est elle qui en est l’âme ; elle est Marienbad. Les autres demeurent des invités. Des fantômes. Des ombres. Qui passent tout le temps. Dans le jardin il n’y avait personne. Seulement ils menaçaient. Ici la cuistance est comme un blockhaus. Un métro. Ca ranime de la peur. De l’inquiétude. On se demande pour après. Bien que l’on veuille ne pas y penser. Catherine-Carole, sur les toits et les chemins, font partie d’ailleurs. Expérimental, en un certain sens.

- Tu crois que cela peut exister, des yeux qui changent en permanence ?

- Tous les yeux ! De tout le monde...

- Je veux dire, la couleur.

- Là je ne sais pas ; on regardera.

- On lui demandera !

- Fais-le, parce que moi...

- Justement, ce sera ta mission.

- Mais je...

- S’il te plaît !

- On verra...

Elle délicate les objets silencieusement. Avec appréhension. Comme une sorte de chatte qui ne l’est pas. Une musaraigne ! Ca lui paraît lourd de rejoindre les autres ultérieurement. Alors qu’ici, comme des voleurs… Il n’a pas envie de la toucher. Comme si le matin renaissait. Il continuerait volontiers avec elle. Il se dit que plus tard il changera d’avis. Ne rien bouger ne rien changer. C’est peut-être là le secret. Il y a toujours des secrets. Il faut toujours chercher des secrets. Comme un vieux rock’n roll. Un très ancien. La fille ne fait pas de bruit. Aucun de ses gestes. Catherine chantonnait en permanence. Une espèce de nervosité que ne présente pas celle-ci. A moins qu’elle ne la cache ; la sublime. Cela éclaire les choses, de chantonner. Sinon c’est en noir et blanc. Plus profond plus spiritualiste. Les grillons… Il a envie de les rejoindre. Elle fait peur.

Elle s’acharne dans la pièce. Il n’est maître de rien. Elle est partout. Piquenioche ! Elle adore piqueniocher. C’est comme un vieux rock’n roll il chantonnerait bien lui aussi. Il n’a plus aucun suivi dans ses pensées. Il s’en rend compte. Ce n’est pas désagréable. Oublier de se diriger… Le monde réel n’est pas très réel comme dirait Proust. Il se demande si la fille n’y souscrirait pas également. Ou c’est lui. Par une sorte d’empathie. Empathie, ou euphorie ? Il est bien tard. L’euphorie c’est le matin. Quelque chose qui commence. Ce n’est pas tributaire du « en cours ». On se croit génial alors qu’on n’est qu’électrifié. Arrêter le temps that’s the question. L’instant présent toujours lui. Remake du remake… Il s’aperçoit qu’il n’a jamais révélé à la miss musaraigne sa visite ici le matin même, avec la Cathy potelée. Belle révélation en vérité. Si cela se trouve elle le sait parfaitement. Plus embêtante est l’affaire des toits. Toutefois moins de risques de voir la brune irrupter dans cette sorte d’Achéron. Voire ! Cette importance des femmes… Même quand elle n’y sont pas elles y sont. Ce qu’elles savent, c’est provoquer de l’espoir. Le déclencher ; voilà quelque chose qui ne rate jamais. Le reste n’est qu’aléa. A se demander si l’on n’est pas de trop dans la vie du monde. On n’y apporte rien on ne fait que capter carper. Le truc fractaliste, qui se referme comme un avaloir démesuré. Une méduse épaisse un calmar multiple. Tiens épaisse d’une certaine manière cela pourrait bien coller avec la potelée. Il se met à éprouver une hâte dérisoire de la retrouver. Il en a un peu marre d’ici.

- On remonte, petit gars ?

- Mouais…

Ils en ont passé, du temps, dans ce gourbi ; nul besoin de s’apprivoiser. Il va filer devant. Pour une fois montrer le chemin. Dans les escaliers il y a une tradition, les hommes en haut. A cause des jupes, crénom ! De quoi rigoler. N’importe, quitter un endroit c’est toujours un abandon. Il est pressé. Rallume le courant. Grimpe deux à deux. Ca l’amuse toujours. Elle a du mal à suivre. Elle colle. Souple terrible. Elle fait des enjambées sans barguigner. Ca grimpe ça grimpe.

Voilà quelqu’un d’autre dans le vertigineux colimaçon. Qui descend vers eux. Ca pourrait être un mec ? Des cuisines faut pas rêver. D’interminables pas ferrés ; qui résonnent avec application. Sûrement la musaraigne entend aussi. Cela met un temps fou. Pire que Belphégor ! D’un seul coup lui apparaît un pied ; un petit pied mignon comme on dit. Bien calibré. Un escarpin noir luisant qu’il connaît. Carole ? Non sûrement une autre ! Il faut que ce soit une autre. Pourtant… Cela paraît logique trop logique trop conforme. La première fois qu’il peut le voir de si près. Avec un mollet de chair nue bronzée immensément allongée. Somptueuse magnifique ! Un rayonnement magique de Mitsouko… Derrière lui, la miss a également ralenti. Ca suit arrêté. Elles vont se croiser on n’y peut plus rien. Demander, à la brune qu’il ne distingue pas encore, c’est hors du réel. Elle poursuit ; il faut bien commencer à s’effacer. Lorsqu’elle va le reconnaître… Incroyable, ces situations où l’on est le premier averti. Un délai qui ne s’achève pas… Lentement, pas à pas, elle descend. Tout son corps habillé elle en tient de la place. Son visage. Un peu marqué avec les ombres ou la fatigue. Son œil ne se dirige pas immédiatement sur lui ; preuve qu’elle l’a reconnu. Ou deviné. Il en blêmit. Plus le moment de réfléchir cela va s’arranger. Forcément ça va s’arranger d’une manière ou d’autre. Il distingue parfaitement que sa bouche se prépare pour articuler quelque chose.

- C’est toi, Gaby ? J’ai dû perdre une broche en bas.

A ce moment-là seulement leurs yeux se rencontrent. Une pupille incroyablement dilatée, figée, fixe. Infernale myosis ! Elle ne le lâche plus du tout ! Faudrait qu’il parle… Il ne trouve rien ! C’est fatal. Il pourrait la toucher l’effleurer… Quelque chose ! Pas rester comme un stuc… Ca lui revient en flot.

- J’aime bien votre Mitsouko.

Avec ça… A se tirer des plombs ! Jamais vu de réflexion aussi con. Il aurait au moins pu dire « j’adore » ; ou n’importe quoi. Ce qui l’étonne, c’est d’avoir pu retrouver le nom. Mystères du subconscient… En attendant, avec une ânerie pareille… A sa grande surprise elle éclate d’un sourire profondément inattendu. Le même qui se dissimulait dans son œil, comme prêt à bondir, depuis quelques secondes. Il a du mal à le croire. En un certain sens il eût préféré qu’elle souhaitât l’ignorer. L’oubliât. Ne donnât pas suite. Comme un pardon très indicible. Elle s’obstine. Sourit. Resourit. Naïveté de jeune fille. Les femmes c’est pas si compliqué. Il regrette qu’elle n’ait pas mis de bas. Plus esthétique. Plus cohérent. Il se ravise. Jambes nues ça fait plus estival. Plus inachevé. Comme les chaises vertes du matin sur la terrasse. Rien de poétique autant que l’inachèvement. L’incomplétude. Le provisoire. Il se dit qu’elle aurait pu descendre ainsi en début de journée. Sans les bas. Il était absent. Peut-être l’a-t-elle fait ? Il se dit aussi qu’il tourne en rond tout seul ; qu’elle est autre.

- Une broche ? On n’a rien vu, hein, Pierre ?

- Ben non...

- Mais où elle est, alors ?

Sa voix chaude ; fatiguée. Plus la même que lorsqu’elle est en société à parader. On a l’impression qu’elle n’en est pas consciente. Et si elle n’avait perdu l’objet qu’il y a deux heures, dans l’alcôve ? Pendant … Qui, d’elle ou de lui, a déshabillé la brune? Question sans intérêt, dès lors qu’elle est redescendue ici. Il peut arriver que les femmes se trompent sur le concret ; là où elles sont les plus fortes. Il irait bien vérifier en lui demandant. Seulement la voilà occupée à chercher le bijou ; en pleine cuisine. Courbée au sol ainsi que la musaraigne. Inapprochables ! Un doute lui vient ; qu’a-t-elle fait… ensuite ! N’aurait-elle pas quitté la considérable demeure ; ou seulement sa chambre ? Rien que d’y penser… Poser la question devient on ne peut plus délicat… Il s’approche inutile. Avec ses pieds nus dans les escarpins Carole c’est plutôt marrant. Toujours parfaite. Cela remet les choses en place. Lui confère un genre de transcendance. Il ne l’envisageait pas ainsi. Une déesse vivante. Impossible à rejoindre. Les cheveux un peu brouillés, comme si elle avait dormi après. Après… Pour la broche, l’intercepter dans son regard, ou l’une de ses attitudes, voilà ce qu’il faudrait tenter. Sinon, peut-être qu’elle va se confier à demi auprès de Gabrielle. Les femmes ne renâclent guère à s’exhiber entre elles. La musaraigne semble étrangère aux affaires d’alcôve. Elles s’y trompent rarement, entre elles, les mignonnes.

- Et là, tu as regardé ?

Elles soulèvent tout. Les casseroles ; les objets. Ouvrent de partout. Glissent à pleins bras dans les tiroirs. Et si la perte du bijou était une feinte ? Un prétexte… Pourquoi ? La brune visiblement n’est pas la dernière à se remuer. Il essaierait bien d’aider ; comment ? Des yeux, il cherche. Il s’est trouvé un coin. C’est fou ce qu’une petite surface peut receler de nids. Comme elles, il est penché. Creuse de l’oeil. Au début, il ne prête guère attention à l’ombre qui danse juste derrière lui ; se fond dans les mouvements des jeux de lumière. Elle sait parler.

- Rien de ce côté ?

La voix d’or ! Cela enrichit son côté de suprême rareté… Un monstre sacré ! Une femme terriblement présente… Un peu comme dans Slavnikova, son Mitsouko elle doit le distiller. Il se redresse. Se retourne face à elle. Le haut de sa robe est ouvert. Pas de soutif. Loches en courbes admirables ! Elles s’inclinent en un double tracé aux fuyantes paraboliques. Comme avec les bretelles. Crayon divin ! Dans ces cas-là, on ne sait jamais si les femmes font exprès de se ployer. Au théâtre elles se courbent, se penchent pour saluer. Malgré ce qui semble une invite, il n’ose toucher. Il ne lui a jamais vu d’aussi près le buste… En pleine lumière ! Bronzé. Cela tonitrue comme une promesse. Quand ? A la falaise, le soir ? A dache ! Très fugitivement il effleure des yeux le grain. Rencontre son visage. Les sourcils. Les salières. Le regard intense. Elle ne voit que lui.

- Elle est comment cette broche ?

- En or ; pas très grosse. Je ne sais plus si je l’avais quand...

D’où la descente aux cuisines. Le voilà pivot de l’affaire. Tout repose désormais sur la mémoire qu’il peut conserver de chaque événement. Peut-être certains y demeurent-ils enfouis. Comment les récupérer… Joli prétexte pour la rejoindre à sa chambre. Trop facile… Il faut retrouver le truc. Gabrielle est à quelques mètres ; elle va s’approcher. « Si je l’avais quand... » a-t-il capté distinctement dans la bouche de Carole. Il croit encore l’entendre. Il est sûr de l’entendre. C’est gravé. Ne peut le quitter. Chaque modulation, chaque tonalité. Elle se confiait. A présent seulement il remarque le formidable affaiblissement de la voix, à mesure que se prononçaient les derniers mots. C’était bien elle, c’était bien lui. Il faudrait creuser cette avancée. Seulement elle semble ne plus vouloir l’écouter. Elle s’est redressée. Lui reste plié ; à chercher ou faire semblant tel un enfant. Cela bruit encore à son oreille, ce léger souffle chaleureux comme le tunnel qui lui apporte. Pas un gage mais un passé.

 

 

 

 

 

 

 

XIV Visite

 

 

 

 

 

Encouragé, il met son esprit à l’oeuvre. Malheureusement aucune clairvoyance ne vient s’y installer. Seules à le traverser, des billevesées genre « L’a-t-elle vraiment perdue ? » ou « Y a-t-il seulement une broche » qui ne mènent pas à grand-chose. C’est vrai qu’il n’a jamais remarqué un tel bijou sur la jeune femme. Cela n’indique rien. Si elle était si terrible, cette parure, on en aurait causé, depuis le matin, non ? Avec la Cathy et ses colliers ce fut tout un fromage. Au fait, la brune, où est-ce qu’elle le portait, ce truc ? Une broche cela comprend une agrafe. On doit trouver la perforation.

- Sur quoi tu la portais, cette broche ?

Ce n’est pas lui. La musaraigne ! Comme si elle devinait. Ce n’est pas la première fois. C’est tout le temps. Cette histoire de vêtement n’a aucune importance. Juste vérifier que le bijou existe vraiment. Elle serait pas un peu flicarde, en son genre ?

- En haut, dans ma chambre ; mais ça fait une heure que je cherche.

- Si tu veux on peut y retourner.

La brune diffère sa réponse. Ou elle a chuchoté quelque chose. Comme pour lui tout à l’heure à son oreille. Il se relève. Elles ont l’air en conférence. Carole, nerveuse. Elles se remettent à fourrager. Mollement. On perçoit le rituel des « Et là ? » qui se donnent le repons avec une belle régularité. Fatigantes, les gummiches. Il commence à perdre pied. Il refumerait bien !

- Bon ; qu’est-ce qu’on fait ?

Elles s’obstinent. S’encagent. Il a parlé dans le vide. N’ont pas l’air d’avoir ouï. Doivent simplement lui pardonner. Manquerait plus qu’un quatrième débarque prendre les choses en mains. Du coup c’est lui qui a envie de grimper. Changer d’air. Libération. Cela prouverait qu’il s’intéresse. Un peu son défaut, ne se passionner véritablement pour rien. Des fois il regrette. Il n’est pas mal, dans cette cuisine, à chercher au milieu de ces deux femmes un bijou ; qui peut-être n’existe pas. Est-ce vraiment une cuisine, cette espèce de temple mordoré ? Ce silence froid qui a l’air de vibrer comme les grillons ; que là on n’entend plus. Pour un peu, il discerne leur cri-cri.

- Pierre a raison ; ici on trouvera rien.

La musaraigne perd patience on dirait. Dans quelques minutes ça va se décoincer. Encore une fois elle a réussi à le deviner, cette fille extraordinaire. Ou elle parvient réellement à le suivre ? Quelle idée. Elle ne sait pas ce qu’il y a dans sa tête et lui non plus. Ou alors elle sait, lui non ? Ca se pourrait. Si elle était un peu plus rayonnante physiquement… Maintenant c’est lui qui n’est plus impatient. Rien n’urge. Comment peut-on retourner plusieurs fois en aussi peu de temps sa perception des choses, un mystère. On n’y prête insuffisamment attention, emporté par le flot des événements intérieurs. Les deux filles grattent de plus belle dans les tiroirs, n’importe où. Surtout ceux qu’elles ont ouvert trente fois. Atmosphère propre aux déménagements. On va décrocher. Il ferait bien de montrer le chemin. Il en a dit assez. Pourquoi se presser ; le temps ne s’en ira pas que diable.

 

Il prend conscience que le mouvement attendu s’est déclenché à son insu. Pas une morsure de talons, rien. Il rêvassait. Il est seul dans l’incommensurable pièce. Elles sont engouffrées dans l’escalier. L’oubliant. Elles ont éteint la lumière. Le laissent en pénitence ! Leurs babillements dans le colimaçon ruisselle. Résonne. S’il n’y avait pas les bruits des femmes… Ce devient dingue, cette affaire. Qu’est-ce qu’elles ont à voir l’une avec l’autre ? On dirait un réseau. Une trame invisible ; où tout s’organise à son insu. Un monde qui l’exclut définitivement. Sauf à intervenir pour de certains moments bien déterminés ; en quelque sorte prémâchés. On est chez les mantes religieuses. On ne lui demande pour ainsi dire jamais de parler. Seulement d’agir. Ce qu’il pense réellement, on s’en fout et refout. Sataniques manipulatrices… Et ça clipeclope et reclope dans le monumental cylindre. Semelles plates de la musaraigne, fers granuleux de l’autre. Résonnement des raisonnements ! Elles ne cessent jamais. Rez-de-chaussée premier arrêt. Comme dans un monstrueux Combaluzier sans machines. Il y a même un changement. Il faut se farcir une grande partie diffuse, pâlement illuminée, du très large vestibule. Marienbad c’est une cité. Un château l’autre ! Et si elles changent d’avis ? Subitement… Maintenant ! Personne… On est parfaitement isolé dans ce métropolitain désertique. Une gigantesque galerie vide sans échoppes. A tout hasard il en profite pour inspecter le sol. Il se force. Creuse des yeux. Les broches n’y poussent guère... Dallage hermétique. En route vers les étages ! Des marches moins élevées. Du tapis. Des tringles. Comment ce truc est entretenu ? Déjà les grillons ! Ils sont très haut, dans le toit. Leur cri-cri transperce le silence du bâtiment. Les filles grimpent de front, enchaîne. Juste derrière, lui les a sitôt rejointes. Une farouche luminosité entre en volutes des hautes fenêtres. Des nuages ? Pluie dans la soirée ; peut-être tard dans la nuit. Lui gamberge ; ne prête aucune attention au babil des femmes. Un rien décousu. Elles aussi évoluent ailleurs. Lui vient l’idée que la musaraigne, la perspective d’aller chafouiner un gîte féminin n’est pas foncièrement pour lui déplaire. Toutes rivales c’est bien connu. Lui, ça ne l’enchante qu’à moitié. Sauf à rester ensuite. Il s’y perd. Les choses qui s’obstinent à filer comme elles veulent… Il se marre un peu à regarder ces deux Eve. Différentes. Opposées. La grande superbement physique ; la menue cérébrale. Leurs voix. Ensorceleuse, presque traînante chez l’une ; quasi sèche de l’autre. La réalité pour lui maintenant c’est leur duo. Non l’hypothétique broche. Et si c’était lui qui allait le retrouver, ce machin ? Bof… Normalement non, c’est toujours la Gaby ; cela doit faire partie de l’ordre immanent des choses, comme on dit. Taillée pour ça, quoi.

Quand même, la pensée le poursuit le turlupine ; tout devient clair par avance… Impossible que lui-même n’y ait pas été pour quelque chose, en début d’après-midi. Les coïncidences, faut pas trop y croire. Dans ces conditions, mieux vaudrait que tout n’éclate pas. Peut-être la brune y a-t-elle songé avant lui, bien avant lui ? Ce que pourrait trahir son empressement plutôt modéré à grimper ici. Il vaudrait mieux que ce soit lui qui mette la main sur l’engin ; ou Carole. Non, au fond, cela ne changerait pas grand-chose. Les claironnements musicaux avertissent qu’on n’est plus très loin de parvenir. Inconsciente pression qui s’extrait par les voix. Celle de Gaby montre des accents aussi aigus que l’autre ; toujours soyeuse ; sucrée comme un violon. Amusant de le constater sans les regarder. Ralentissement général. L’huis grince. Avec application, insistance, heuristique. On hésite. S’entre-regarde. On ne laisse pas de s’encourager mutuellement.

- Voici la turne !

- C’est bien rangé, dis voir.

Manière d’affirmer l’inverse. Faut que ça fasse la maîtresse de maison en tous temps et en tous lieux. Lui ne pense qu’aux éventuelles traces de son récent passage. Si cela se trouve la musaraigne s’en doutait, ou en avait la certitude, lorsqu’ils se sont rencontrés au pied du bâtiment. Juste avant leur promenade au milieu des ifs. Basta ! Donc la Cathy le saura. Forcément. Ennuyeux ? Voire… Pas bien, cela, des fuites. Un rien de jalousie, toujours bon à prendre ; s’essayant avec un début de naïveté à un cynisme dont la puérilité ne peut lui échapper.

Pendant qu’il gamberge, le temps qu’il entre, elles ont déjà le nez par terre et sur les meubles. Pourquoi pas dessous ? Il s’aplatit, fort de cette idée. Au début, on n’y voit goutte. On trouve que dalle. De gigantesques tortillons de poussière. Gras. Echevelés. Des moutons comme au service militaire. Cela s’étend fractalistement. Avec des métastases terribles dans leur beauté provocante. On a l’impression qu’y toucher serait un maléfice. Noyé dans une volute, un morne reflet sur un papier de bonbon crevé. A perte de vue ces moutons et ces moutons. Artistique saturation ! Du Pollock...

- Tu vois quelque chose, l’artiste?

- Pas des masses… Un papier de bonbon…

Loin au-dessus de sa tête, elles partent à glousser. Les deux ensemble. Belle complicité ! Le granuleux velours de la brune réverbère dans toute la pièce. Curiosité, ou inquiétude ? Ou espoir ? Même là elle est sibylline dans la moindre de ses intonations. Comme si elle souhaitait que, trouvant quelque chose, il n’en fasse pas état. Ou quoi ou qu’est-ce. A moins d’une transmission codée à l’écart de Gaby, laquelle ne peut être dupe de rien. Bras de fer entre les deux femmes ? Elles en feraient sans cause. Il se dit que si cela se trouve, il n’y a jamais eu plus de broche que de beurre ; et qu’elle est descendue dans les cuisines uniquement histoire de s’enquérir. S’il avait eu le machin sous les yeux, il saurait à quoi il ressemble. Perplexe… La seule qui sait, bien sûr, c’est Carole. Sauf à ce qu’elles soient de mèche. Il y aurait bien quelque chose à tenter. Se rapprocher de la brune pour lui donner l’occasion de lui livrer un quelconque secret. Délicat. Ca ne lui apportera sûrement rien. En revanche, pendant qu’il est là, tapi sous son meuble, il ignore parfaitement si elles se racontent leur vie ou non. Du coup, démangé par une curiosité qui prend la décision à sa place, il s’extrait incontinent. L’incertitude, il n’y a que cela qui fasse mouvoir. Il se relève. Les deux véroles, chacune, fourragent. S’ignorent. Déplacent. Affairées ! Se déplacent. Fou ce que cela aime les gestes, une créature. Se redéplacent. Reviennent au même endroit, parce que l’ergastule n’est pas si grand. Reviennent à l’endroit laissé vacant par l’autre ; peut-être pas juste avant, deux coups avant. Ou au sien propre ; pour combler une omission. Permanente heuristique ! Il met du temps à restituer leur jeu. Au début on ne comprend guère… Les éléments s’installent. La trame fait surface comme du papier à frotter. A se marrer ! Non faut sérieux. Il s’est assis à même le plancher. Cela commence à faire un bail qu’il y végète. Impossible de rester comme cela ! Le temps attend… S’amène toujours au rendez-vous ! En voilà un, d’événement… Il se lève. Elles ne semblent guère lui prêter attention… Voire ! Les chipies… A peine debout il a réintégré la préoccupation commune le bijou la broche. Où elle est, cette merde ? Il partait pour l’oublier. Réalise à quel point il s’en fout. Peut-être que les deux gummiches, également, s’en foutent ! Une micro-société, une espèce de commando mercenaire autour d’un objet qui n’existe pas plus que… de beurre en broche ! Quelques pas esseulés dans le réduit, ignorant de laquelle s’approcher. Il songe qu’il va bien y avoir un « après ». On ne peut pas ne pas en sortir. Il se sent confiné, dans ce pénible gourbi. Du moins n’a-t-il pas relevé la moindre trace de son passage en début d’après-midi ; c’est toujours ça. Retrouvera retrouvera pas, qu’importe. On remettra la main dessus plus tard. C’est toujours ainsi. Empaquetée de Mitsouko, Carole se masque le visage derrière ses deux mains, semblant réfléchir abondamment. En réalité elle observe le garçon à la dérobée. Elle fournit les signes d’une relative nervosité. Particulièrement la surprise de l’avoir trouvé en bas aux cuisines. Elle escomptait ne rencontrer personne. Ou du tout-venant. Ca la rend songeuse. Lui, en cette compagnie ! Inadmissible… Du coup cela s’est fait un peu sans elle, ces recherches dans tous les coins. Les affaires lui échappent. Obligée de les faire grimper jusqu’à sa chambre. Elle en a deux sur le paletot. Et pourquoi ensemble ! La carpe et le lapin… Elle se doutait d’une Catherine. Là ça dépasse l’entendement. Une intellectuelle ! Ce sont les pires. On ne sait pas à quoi ça se mesure. Elle-même l’est aussi, intellectuelle ; franchement son casuel c’est son physique. Ce ne serait pas mal que le gus, là, y revienne, à son physique. Le bijou, on le retrouvera. Il y a quelque chose en quoi elle trouve une espèce d’encouragement. Une hypothèse absurde qui grandit en elle comme un végétal touffu. Le garçon aurait subtilisé l’objet. En début d’après-midi. Pourquoi ? Matière à un prétexte ultérieur, un subterfuge pour venir la retrouver. Cela se tient. Il faut dire que ce n’était pas dégueu, à ce moment-là. Sous ses airs de romantique évanescent, il s’y prenait fort bien. C’est la Gabrielle qu’il faudrait virer. Là. Tout de suite. Elle ne voit pas tellement comment. Sans trop le vouloir elle s’en approche comme une animale. Des gestes. Des poses. Des respirations. Des sourires denteleux. Elle vient la surplomber des loches. Elle oscille d’un pied sur l’autre. Raclements de talons. Pour un peu c’est dans les plumes qu’elle lui volerait. Jamais l’autre ne bouge d’un pas. Ne se recule. Ne s’écarte. Dure comme du fer concentré. Pleine de force intérieure. Elle lui rebalance les sourires comme un miroir tintant. Elle ne songe plus à l’homme. Il a quitté le champ. Il est devenu complètement abstrait. La brune se décide.

- Bon je crois qu’on va laisser tomber pour le moment.

Sa voix est un peu blanche. Lui paraît blanche. Impossible de savoir comment les autres la perçoivent. Poliment nul ne lui répond. La fille encore moins, qui laisse venir. Et tous ces déhanchements pour rien ! Ces mollets frétillants… En désespoir de cause elle se met à chercher où elle pourrait bien fouiller. S’éloigne. Se résout à requérir le secours du mâle. Elle s’énerve. Et l’autre là-bas la gamine mal formée qui doit rigoler tant et plus dans sa petite tête compliquée… Elle va la foutre à la porte il faut la foutre à la porte ! Nom de Dieu… Elle se calme provisoirement. Elle reprend les recherches. Une table, petite ; jonchée d’une partie de son toutim. Elle hésite moins. Ses doigts ont retrouvé leur fonction. Si maintenant elle venait à la retrouver, sa quincaille ? Surtout pas ! Chaque chose en son temps. Il faut que Pierre… Elle s’en rapproche. Sans discrétion. Il a l’air tellement désœuvré…

- Vous pourriez dire quelque chose...

Elle a presque envie de lui. Elle vient lui aplatir sa paume sur la poitrine. Elle se demande s’il embrasse jamais. Deux petites tapes. Durant quelques secondes, les voilà seuls. Les grillons vrombissent très distinctement. Trop familier, son geste. Ce qu’il faudrait c’est vamper. Pour de bon. Même devant l’ennemie ! Encore mieux… Elle n’ose. Instinctivement elle revient mains aux hanches. Elle enchaîne, reprend son propre vœu d’interrompre les recherches.

- Oui, ce serait préférable dans l’immédiat.

- Alors on va y aller.

Crac ! Elle vient lui planter un regard impossible. A fond de cale. Bien trop appuyé pour l’idée qu’elle se fait de soi-même. Un truc de pouffe ! Juste fausse note… Dont elle se serait crue incapable. Elle n’a pas le temps de juger dans celui du garçon comment il a ressenti son œillade monumentale. Si elle ne pourrait y trouver la chance qu’il n’ait pas prodigué trop d’attention au caractère excessif de sa malheureuse initiative. Subitement alertée par ce que cette dernière, faisant d’elle un autre personnage au fonctionnement trop merveilleux, a électrisé en elle. Pensive. Presque joyeuse. Déterminée à au plus tôt se laisser aller. A compléter. Elle réalise que ce peuvent être les mailles du pull noir qui lui ont si délicatement frotté les aréoles. Toutes deux follement effervescentes, distendues comme ce tissu artificiel, à force de minaudements, déhanchements, initialement de sa propre volonté. L’autre arrive. Est arrivée. Est présente. Ils sont à trois dont deux femmes. Elle s’acharne à lui prêter trop d’attention, à cette fille. Trop de soi-même. Ce qui lui rend les pensées troubles ; fugaces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XV Détente

 

 

 

 

 

Carole évite la musaraigne. C’est dit. Résolu. Elle évite surtout de se crisper. De s’émouvoir. Aussi verrouillé que les grillons. Seuls à fracturer un tel silence de pierre. Elle se contente de lorgner la fille en coin. Sans prévenir elle lui fond dans les prunelles. Aussi violemment qu’un instant auparavant pour le jeune homme. L’autre ne cille pas. Menue. Calme. Elle découvre. Ne trouve pas à rétorquer. Figée. Pasteurisée. C’est elle qui va devoir se jeter à l’eau. Seulement elle ne trouve rien ! Faut plonger… Il est devenu parfaitement lumineux qu’elle a une parole sur le coin des lèvres. On les sent déjà frémir. Vibrer. Trembloter. Le garçon n’intervient pas. On ne sait plus s’il est encore là. Présent. Disparu… Carole s’entend déjà, brutale et maladroite.

- Oui ?

- On se demandait, tous les deux...

- Quoi donc ?

- C’est compliqué… On se demandait, pour Catherine, ses yeux. Ils ont quelque chose de… peu commun. On dirait qu’ils sont… enfin… vairons ; ou sinon ce serait de l’hétérochromie, comme dit Pierre.

- Bien. Il faudrait les regarder… Aller les regarder...

- Tu ne te souviens pas du tout ?

- Franchement… Moi j’aurais simplement dit bleu-vert...

- Oui, ils le sont ; mais je me demande s’il n’y a pas autre chose...

Le gars, maintenant. Sorti de ses limbes ; tellement proche. Au point qu’il a dû risquer un pas inaperçu. La brune en oublie l’autre Tartine. Pivote sur lui comme un transatlantique. A croire qu’elle veut l’écraser de son buste, confortablement élargi sous le lainage synthétique. Farouchement plein de vie, cela. La fille n’en perd sûrement rien. Carole choisit de s’en foutre. Elle provoque l’autre. La prend à témoin. Avec un naturel accréditant l’idée que le gars, n’importe quel gars, lui est réservé. Ca marche pas mal, avec celui-ci. Elle se contente de l’observer dans le flou. Comme le toisant ; même plus petite que lui. Cherchant à deviner ce que lui pense de ce nouveau jeu qu’elle invente. Inspectant rapidement, fugitivement les sautillements évasifs, malhabiles, indiscrets de ses yeux. Qui semblent s’attarder sur tel ou tel détail de son propre visage. Bondissent à la chevelure. Atterrissent en pleine gorge. S’y posent indéfiniment. Refoncent ailleurs. Cela pourrait ne jamais s’arrêter. Il n’y a pas de raison. Elle ne trouve pas de raison, entraînée par son propre émoi. La miss, elle, se préparait à retentir. Elle retentit comme une sonnette de récréation.

- Bien on va y aller...

- Tu y vas ?

- On va refaire un tour ; à l’occasion il est possible qu’on la rencontre.

- Alors bonne chance ; je te dirai pour la broche.

- Okay ; tu viens, Pierre ?

- Ou alors il m’aide encore un tout petit peu à la retrouver ?

 

Patatras ! Elle aurait dû dire « un petit peu » ; ou « une seconde ». Cela prolongeait l’ambiguïté. Maintenant c’est tranché. Le garçon décide. Va décider. Nécessairement les deux faisceaux des yeux féminins vont se tourner vers lui. L’éclairer. Le sortir de sa pénombre. La brune espère qu’il rencontre d’abord le sien. Il le faut ! Qu’il s’y accroche. Qu’il s’y rive. Elle s’agite. Coiffe la musaraigne sur le poteau. Tout rebascule. Revient l’ample conversation silencieuse qui les a unis pendant deux heures, des lustres, quarante secondes. Lorsqu’il venait lui parcourir tout le corps ; peut-être aussi la physionomie. Trop tard. Il est coincé.

- C’est plus la peine ; on a vraiment cherché.

C’est faux. Il restait à faire. Il reste à faire. Heureusement. C’est la musaraigne qu’il lui est impossible d’abandonner. Elle peut lui être bien utile. Surtout, il n’aime pas laisser quelqu’un. Une fille. Enfin, il compte sur la soirée. Retrouver Carole, il ne sait encore pas comment. Ils ont passé deux belles heures ensemble. Il faut les voir comme une promesse. Pour lui. Pour elle. Qui connaît les lieux, là-haut sur la falaise. Elle a son idée. La preuve, elle cherchait à le retenir. Rien n’est perdu. Au contraire. Déjà elle vient lui saisir la main gauche. La sienne est froide et sèche. Menue. Lui tire le bras. Le contraint à un pas. Il s’est écarté de la brune. Cinquante centimètres. Un mètre. Leurs yeux se rembringuent comme un Titanic. Soufflée qu’elle est, la Caro. Atteinte ! Fermement. Son regard pratiquement creux. Immense comme une fractale ! On n’y lit plus rien. C’est la mort ! A son tour elle fait un pas. Vers lui. S’il venait à l’embrasser ? Ou elle… Non. Elle se retient. Le tapote en vrac sur l’épaule. C’est beaucoup plus chaud. Intime. Rassurant.

- Allez vas-y.

Comme si elle prenait la décision. On voit ses lèvres bien charnues. Tonalité de sa voix à peine plus grave que d’habitude. Il faudrait que lui aussi prononce quelque chose. Trois mots. Quatre. Le bras de la Gaby le tire en direction de la porte. Quasi un enlèvement ! Ca le rassure vis-à-vis de Carole. Bien forcé de suivre. Il est presque en train de marcher. Ils arrivent à la lourde. Ouverte ! C’est la fille. La turne est petite. Pas moyen de tourner la tête une dernière fois. Tracté aspiré ! Ils sont dehors. Sur le palier. L’étau se relâche. Il en profite. Il pourrait faire demi-tour. C’est terminé. Forclos. Si elle a fini par le libérer, c’est cuit. Il veut adresser au moins un signe. Discret. Il reste les deux bras abandonnés. Ballants. Les épaules en fonte. La brune le fixe. Elle demeure au fond de la pièce. Elle scintille dans la pénombre. Dans son pull noir. Leurs yeux se touchent à vingt mille lieues. Elle s’avance. Probablement afin de refermer. Il n’a pas le temps. Il marche derrière la musaraigne. Pour la rattraper. Il aurait dû attendre un peu. Il se le reproche. Il part dans l’ignorance. L’escalier. Le même qu’il empruntait déjà tout à l’heure. En la quittant. Dans le même sens. Il va le connaître ! Dans tous les sens. La seconde fois est différente de la première. Il commence à retrouver çà et là des trous de peinture. Des ébréchures dans les nez de marche. La fille descend assez vite. Comme à son habitude. Tonique. Sautillante. Habituée de l’endroit. A plusieurs reprises elle veut parler. On ne sait pas si c’est urgent. Le mouvement les entraîne. Interminable ! Ces étages… Vue du jardin la bâtisse n’est pas si haute. C’est qu’il y a également des demi-étages. On finit par le comprendre au passage des hautes fenêtres. Ca lui occupe l’esprit.

- Tu as un sacré ticket !

- Euh...

- Tu as pas vu comme elle était à moitié folle ?

- Tu crois ?

- Et avec moi ! On aurait dit qu’elle allait me voler dans les plumes...

- Tu exagères...

- Je me serais pas laissé faire… J’ai un bon niveau de kung-fu.

- Tu rigoles ?

- Et quand on est parti ; prête à te courir après !

- Du kung-fu ! A ce point-là ?

- Méthode Shaolin. Mais une fois j’ai récolté un coup ; il m’en reste une côte fêlée.

- Ah bon !

- C’était contre un garçon ; il ne l’a pas fait exprès.

- Pas fait exprès ?

- Normalement on n’appuie pas les frappes. D’ailleurs il n’a pas tapé tellement fort ; c’est juste arrivé au mauvais endroit.

- Il y a longtemps ?

- Un peu plus d’un an. Ca commence à s’estomper, mais c’est long...

Arrivée au bas de l'escalier. Un silence énorme s'empourpre. La majesté des lieux, comme on dit. Au sol, d’immenses rectangles blancs : le soleil par les fenêtres. Terribles matrices… Une cathédrale ! Pas un chat. Sans se concerter ils se dirigent en commun vers la porte. Elle est très lourde. La jeune fille, parvenue la première, met vraiment du temps. Il est à même d’agir, dans un vaste mouvement nécessairement théâtral qu’il n’aurait pas voulu. Tout est nécessairement théâtral, ici.

- Tu vois, là, je l’ai sentie, ma côte ; plutôt diffus mais cela revenait un peu.

- C’est collant !

- Oui. Non mais regarde-moi ce soleil !

- Ca s’est vraiment levé...

- Ce matin quand vous étiez avec Catherine c’était assez gris, non ?

- Des gouttes, même ; ça va retomber ce soir...

- Carole à la réflexion elle est tout le temps un peu comme ça.

- Un genre, quoi...

- Je crois pas ; entre femmes ça se voit tout de suite. Excitée comme une puce...

- Tu crois ?

- A mon avis faut pas lui en promettre ; chaude et chaude ! En permanence.

- Oh je sais pas, ça...

- Qu’est-ce qu’on fait ? On essaye de retrouver les Catherine ?

- Oui. Elle n’est sûrement pas restée toute seule.

La terrasse déserte ; de bric et de broc. Les grillons à plein ! Cela met de la vie. Cela fait attendre quelque chose. Sans eux tout serait différent. Pâle. Moins à sa place. Moins actif. Moins huilé. Déjà la plate-forme apparaît autre qu’au déjeuner ; a fortiori au matin où il pleuvait presque. C’est si loin… Il revit ce moment ; un peu comme la madeleine de Proust. Le seul point commun à tout Marienbad ce sont les grillons. En hiver comment cela se passe ? La neige… Il pourrait évoquer cela devant la jeune fille. N’ose pas. En un certain sens elle a pris une sorte de recul avec son affaire de côte. Et puis non c’est trop bête après tout elle s’est confiée à lui.

- Cela doit être assez rude, ici, en plein hiver.

- Ca doit être beau !

- Le jardin...

- Je le vois tout enneigé, avec un ciel bleu magnifique.

- Et les statues ! L’eau gelée, des stalactites...

- J’ai une idée : on va regarder les yeux de Catherine sans lui dire.

- Je pense qu’ils sont vairons ; l’hétérochromie c’est très rare.

- Bon tu nous guides, l’homme ?

- Pas la moindre idée, si ce n’est que je les ai vus s’éloigner par là.

- Laisse-moi faire alors.

- Tu connais ?

- Ca doit pas être bien compliqué...

Directos vers la forêt. En partant de la terrasse, là où la végétation est la plus épaisse. D’entrée, on voit bien que ce ne seront que fins sentiers, layons ; il faut cheminer l’un derrière l’autre. Du relief, même. Ils ne s’en doutent pas, une longue ascension démarre. Cela commence à progressivement arracher. L’espace entre les arbres se réduit. Il faut se passer les branches pour éviter de les laisser se détendre dans la figure du second. La chaleur crève. Il guette un long moment. A l’occasion d’une éclaircie, galamment il se jette en avant, se place en tête sans mot dire. Cela ne s’améliore pas cette affaire. Ca dure ! Des cinq minutes et des cinq minutes… Si cela se trouve bien entendu les autres sont déjà rentrés par un autre chemin. Cela continue à monter, dru. Avec des rochers qui se présentent. D’abord sur les côtés. Puis au beau milieu. Il faut les franchir… Maintenant les escalader ! Il passe toujours le premier. Lui tend la main pour l’aider. Elle se laisse faire la prend. Commence à l’avoir chaude, la main, elle aussi. Même à souffler, avec tout son barda de tunique sur elle. On ne peut pas tellement ralentir. Les grillons grillonnent à plein que c’en est entêtant. Il y en a partout ! Maintenant une paroi terrible abrupte colossale. Pile devant eux. On ne sait comment elle est là. Faut y aller il se dit. On verra bien après. Impossible de rester en bas. Ca touche à l’alpinisme. Aucunement équipés ! On commence à penser au danger. Sans parler d’elle avec sa côte, ça lui revient subitement à l’esprit. A quatre pattes dans les voies coupantes, il cherche désespérément. Progresse dix centimètres par dix centimètres. C’est devenu quasi vertigineux. Gaffe ! Ca ne ne se commande pas. Pas possible il y avait sûrement un autre chemin ! Il se retourne pour la faire grimper à son tour. Cherche des yeux les toitures de Marienbad. Ou le jardin. Au moins pour tenter de se repérer. Nécessairement on doit surplomber. Inutile pour le moment. Les arbres sont vraiment épais. Touffus. Ils masquent parfaitement. La fille se laisse volontiers aider. Elle se raccroche. Difficile de ne pas songer aux points qu’il marquerait ici, dans la même situation, avec la Catherine ; ou Carole. Le rocher, la paroi glissent. On ne rigole plus du tout. Faudrait une pause mais où ? Il se décide à parler. Elle vient le devancer.

- Tu vois la fin ?

- Ca ne va pas ?

- Si si.

- Ta côte ?

- Pas trop.

- Je crois qu’on arrive ; il y a encore un mauvais morceau.

- Je le vois ; il faudra que tu m’aides.

- On va pas redescendre, hein !

Deux échelons comme ils en ont maintenant pris l’habitude ; et c’est le morcif. Comac ! Lisse. Quasi vertical. De l’eau qui suinte. Respire en nappe fine. On ne distingue pas d’où elle vient. Problème comme problème. A présent elle est à côté de lui. Une sorte de palier. Elle découvre à son tour le pot aux roses. Enfermés ! La fin du monde… Dans un film ils en profiteraient. Dans la réalité c’est autre chose. Il regarde bien l’ennemi. Etudie. Elle lui plaque une tape sur l’épaule.

- Allez on y va.

- Par où ? T’es marrante...

Pas le moment de s’engueuler. Les grillons comme seuls témoins. Même pas le ramage d’une source. Le moindre accident ils sont très mal ! Sur les côtés, ça bouche tant et plus. Les arbres ! Opaque. Dérisoire. Elle insiste à regarder, justement, sur les côtés. L’un en particulier. Elle ne prononce pas une parole. Du coup, cela commence à l’intéresser, lui. Plutôt l’autre bordure. Là il n’y a pas d’eau. Son esprit s’illumine. Une féroce envie d’attaquer. Immédiatement. N’importe comment. Il se dirige vers ce côté bien sec. S’en rapproche. Agrippe une branche. La fille ne l’a pas suivi. Il s’y prend particulièrement mal. Elle doit rigoler… Tout ce qu’il a réussi à faire, c’est venir se suspendre dans les airs comme un goret. Il faudrait tout redémarrer à zéro. Maintenant, pour redescendre… Il se balance comme un forcené. A force de prises d’élan, il parvient à effleurer, de la pointe du pied, un saillant du rocher ; il amplifie son élan. D’une jambe parvient à crocheter la proéminence. A ramper dessus. C’est gagné ! Par magie il y a de la place pour s’allonger, attirer sa coéquipière à lui.

Commentaires

Quatre chapitres. Sans photos. On essaiera huit la prochaine fois. Pour le moment, cela tient aisément.

Guère d'illusions, il y aura encore de l'ennui. Mais le dernier de ces chapitres se termine sur une séance de varappe... De l'action ! L'épisode de la broche est un peu artificiel ; il permet quelques rebondissements.

Écrit par : Sergio | 02/04/2018

Plaisir de retrouver le "style Sergio" des 2 premiers chapitres. Des trouvailles, des descriptions inattendues et réussies.
Première fois que l'on sait ce qu'une femme pense de Pierre. Je note ;).
Ah ah les femmes savent donc ce que le lecteur ignore encore.
J'ai lu pour le plaisir, je reviens plus tard pour les objections votre honneur ! ou pas ;).

Trop fort sur la varape ! ça émerveille encore le lieu, les jardins ;).

Écrit par : chiara | 02/04/2018

je reviens plus tard pour les objections votre honneur !
écrit par : chiara | 02/04/2018

Bien sûr ! Faut que j'allonge sérieux ma liste de corrections à effectuer. J'attaque bientôt (quelques semaines) ma seconde relecture (et corrections).

Écrit par : Sergio | 03/04/2018

Écrit par : christiane | 02/04/2018

Ces labyrinthes impossibles sont exactement l'impression que je souhaitais donner de l'intérieur de cette immense bâtisse.

Écrit par : Sergio | 03/04/2018

Eh bien, vous avez réussi !

Écrit par : christiane | 03/04/2018

Les labyrinthes impossibles de S.Eischer sont aussi des kaléidoscopes répétant une scène à l'infini mais sous un autre angle. Un tourbillon vertigineux en résulte comme dans votre récit où une scène semble se répéter à l'infini même si des variantes sont introduites (prénoms - détails du paysage - sens de l'escalier en colimaçon selon qu'on le descende ou qu'on le monte - chant alternatif des grillons...)

Écrit par : christiane | 03/04/2018

sens de l'escalier en colimaçon selon qu'on le descende ou qu'on le monteÉcrit par : christiane | 03/04/2018

C'est Chambord, je crois, qui est célèbre par son double colimaçon...

Écrit par : Sergio | 03/04/2018

oui, enfin dans les escaliers d'eischer, le gars passe pas toujours devant en montant pour pas voir sa petite culotte, parfois l'reste derrière pour recevoir la belle des fois que la pente serait trop pentue pour ses talons aiguilles et qu'elle s'risquerait la margoulotte. Tout dépend des escaliers, c'est comme pour les cuisines, parfois on y monte... Enfin moi, j'en suis ressorti totalement groggy d'autant qu'en XII il décide de rester avec a Gabrielle et d'entrer enfin avec elle dans la bâtisse, en dépit de son eau de toilette pas des plus. D'autant qu'en XIII, lors de la fameuse descente aux cuisines (le Styx ou l'Achéron ?) tu parles d'un enfer, il perçoit des cernes sous ses yeux vairons (piqueniocher / capter carper ?) et croisent la brune Carole qui feint de chercher une broche perdue. D'autant qu'au XIV, on se demande bien si les gummiches pourraient pas toutes rivaliser entre elles à fleurets mouchetés pour avoir son amour, en dépit de sa légère misogynie à l'égard de toutes ces futilités. Pour l'instant, les moutons mordorés font diversion en proliférant sous les grands lits : en les cherchant, deux regards se croisent enfin. Et s'ensuit alors un dialogue au XVe pour donner l'impulsion du départ en forêt. On y entre sans traîner à l'ombre et on a oublié les crissements du gravier sous les grillons. La forêt de Marienbad ressemble à s'y méprendre à certain avec cette histoire de tremblement mental. Espérons qu'ils vont pas trop s'esquinter en randonnant sur les parois, c'est lui qui a pris l'initiative pour une fois. Et s'ils se cassent la g., ce s'ra la faute à Sergio-Peter..., hein
Bon, allez, je rentre.

Écrit par : Janssen J-J | 03/04/2018

la forêt de Fontainebleau a sauté en cours de route, ai été obligé de ressortir pour préciser.

Écrit par : Janssen J-J | 03/04/2018

(piqueniocher / capter carper ?)
Écrit par : Janssen J-J | 03/04/2018

Piqueniocher. C'est ma mère et sa famille (Bourgogne) qui disaient cela : on verra si on peut le garder ou s'il jette le trouble.

Carpe = Carpe diem.

Écrit par : Sergio | 03/04/2018

Il y a des fractales naturelles dans la nature. ces fougères me font penser aux rencontres de Pierre...
https://collectio.files.wordpress.com/2010/03/ormbunkar.jpg?w=500

Écrit par : christiane | 03/04/2018

Cette pensée retient mon attention :
"... A présent c’est la notion de retour qui pèse. Un retour c’est une mort ; une terminaison. Le bout de la piste..."
Justement, à propos de "Retour" :
https://vimeo.com/38594362
"Dans l’installation Retour à Marienbad, une manipulation a consisté à faire basculer de haut en bas, par un simple effet d’inversion horizontale, seize plans emblématiques de L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais et d’Alain Robbe-Grillet. (...) Chaque fois que l’un des fragments est repris dans le cycle qui suit, il subit systématiquement une modification figurative et sonore. (...) C’est ainsi qu’un même parcours dans le parc du château imaginaire de Marienbad est soumis à des modifications constantes, finissant par perdre le visiteur dans un labyrinthe ."

Écrit par : christiane | 04/04/2018

Pas de commentaires sur cette partie là en particulier Sergio, mais quelques remarques en général ;)

L'une des choses qui me plait beaucoup beaucoup dans ton ours, c'est l'importance donnée au décor, depuis les premières lignes, à l'égal de personnages : importance de l'architecture minérale avec le château où tu évites la salle de bal lumineuse pour les cuisines en sous-sol et grenier sombres, importance de l'architecture végétale avec les jardins, souvent sous une lumière éblouissante. Ça c'est rudement bien mené et tenu ;).

Plus subjectif encore, et ne devant pas être écouté donc : je regrette les surnoms donnés aux femmes. Je n'arrive pas à cerner ce qu'ils peuvent révéler de Pierre, ou apporter au personnage ? Ce n'est pas une question de misogynie ou pas ( je n'ai pas ce genre de considérations quand je lis ), non, c'est que je n'arrive pas à les intégrer à la narration, un peu comme les onomatopées.

Comment ça ? Ne pas écouter le lecteur ? Parce que le lecteur est un ch.eur ? Oui. C'est vrai !

Hardi Petit !

;)

Écrit par : Chiara | 05/04/2018

les surnoms donnés aux femmes.
Écrit par : Chiara | 05/04/2018

Très importante question, et que je ne peux ignorer, attendu que si ces surnoms ne sont pour moi dès le début que des avatars, ils risquent de choquer bon nombre de lecteurs, et de lectrices. Je passe sur l'aspect misogynie, dans la mesure où si, pour Pierre, quelque chose du genre "Le niais", "mon niais", "l'homme lent" ou tout ce qu'on voudra m'était venu à l'esprit, je n'aurais pas hésité une seconde à l'adopter, et à l'employer à tours de bras. Dans ce travail, beaucoup de choses viennent de la simple commodité pratique. J'ai dû inventer ce prénom, Pierre, contraint par l'impossibilité dans mes phrases de le désigner sans ambiguïté ni lourdeur excessive. Spontanément, je l'emploie le moins possible. Quand je suis coincé, il me sert bien.

S'agissant des filles, c'est en grande partie la même chose. Cela me sert bien. D'autant qu'elles sont souvent à plusieurs en présence. Et puis, le premier surnom, miss Potelée, m'a ouvert toute une mine d'évocations, de précisions, auxquelles je n'aurais jamais pensé sans. Les deux autres, la brune et la musaraigne, c'est beaucoup plus terne. Surtout autobiographique, sans préjudice du fait que tout l'est toujours un peu.

Alors que faire maintenant ? A mesure que l'on avance, les véritables prénoms apparaissent de plus en plus souvent. Les surnoms reviennent, mais surtout pour réveiller. Mais on peut les supprimer...

Écrit par : Sergio | 05/04/2018

Question de confiance : l'affaire de cette broche disparue. Elle m'est utile dans les présentes scènes, mais plus tard aussi. Sans plus. Elle n'est pas fondamentale. Est-elle de trop ?

Écrit par : Sergio | 05/04/2018

C’est ainsi qu’un même parcours dans le parc du château imaginaire de Marienbad est soumis à des modifications constantes, finissant par perdre le visiteur dans un labyrinthe ."
Écrit par : christiane | 04/04/2018

Balèze référence...

Écrit par : Sergio | 05/04/2018

"beaucoup de choses viennent de la simple commodité pratique."

Cela se subodore concernant l'emploi des surnoms, d'où ma remarque ;) mais comme je me trompe souvent ...

(PS quand j'entends machin nous faire son discours sur Céline, j'ai envie d'envahir Jeanson ! Pas espérant ? ah bah non cretinus malus, c'est même le truc énorme, la nouveauté : plus d'espoir, zéro, rien. Que dans la queue des petits clebs. tu parles d'une découverte, ça s'appelle "Au bout de la Nuit"; c'est écrit, dans le titre, c'est pas un rencard ! Ca me fait peur ce truc qu'on parle trop des livres, chacun sa sauce, son petit frichti perso, obligé. Alors Sergio, surtout, fais comme il te chante ! Tu passeras à toutes les moulinettes, la mienne comprise).

Écrit par : chiara | 05/04/2018

toutes les moulinettes
Écrit par : chiara | 05/04/2018

Il y a des gus, dans les comités de lecture, ils sont très méchants ! Gressifs... Très !

Écrit par : Sergio | 05/04/2018

Un membre du comité de lecture imaginé par Sergio....
Ouvrez la fenêtre, Sergio, écoutez les zoiseaux, envoyez vos fantasmes au soleil pour qu'ils se réchauffent les méninges,et buvez du jus d'orange dans un grand verre; avec une .... paaaaaille....Capito ???

Écrit par : olga | 05/04/2018

I, II, XIII, XIV, OK.
Le reste, pas lu.
Choisir une certaine continuité dans le style.
Si j'ai bien compris, tu n'a guère le temps de te disperser.
Affirme-toi,
le reste coulera certainement de source.

Et Merdre pour toi.

Écrit par : P comme Paris | 06/04/2018

M'enfin,
le jus d'orange à sec ???

Nous sommes en pleine Pâques Russe !.
Bravo Olga.

Écrit par : P comme Paris | 06/04/2018

"ils sont très méchants ! Gressifs... Très !"

C'est parce qu'ils ont pas de Yam, épicétou.

Écrit par : chiara | 06/04/2018

Merdre

Écrit par : P comme Paris | 06/04/2018


Thank's, cornes d'Ubouille !

Écrit par : Sergio | 06/04/2018

Ce qui est important , me semble-t-il c'est les déplacements du maître du jeu et le rôle des figurines. Quant à l'échiquier, voire les labyrinthes.

Écrit par : christiane | 06/04/2018

Certains commentaires sont frappés au coin du bon sens, mais celui de Janssen est frappé, tout court.
Je pense sincèrement que Janssen a un problème psychiatrique. Nous ne pouvons pas rester sans rien faire, laisser un esprit se déliter sous nos yeux. Comment intervenir ? Je m'adresse à votre humanité. Agissons avant qu'il ne soit trop tard.

Écrit par : Janine Langlois | 06/04/2018

Que proposez-vous pour mon cas, Janine ? Votre avis m'intéresse beaucoup, car je suis presqu'entièrement d'accord avec votre sombre diagnostic, et pourtant, je n'ai point "consulté". J'erre, au sortir des labyrinthes de verdure, dans un sale étage du château. Et je ne trouve pas Janine que j'appelle désespérément de mes voeux, seules surviennent des Carole, des Catherine ou des Gabrielle. Et des grillons crissent toujours à mes oreilles, derrière les musaraignes qui se tordent les côtes (de rire ou de douleur ?). Des bruits d'e désespoir et de béatitude. Comme un cri de Munch évanescent traversant la toile. Aidez-moi à retrouver le fil, mon Ariane Minouche.

Écrit par : Janssen J-J | 06/04/2018

Janine, votre jugement est sain : il faut opérer Gigi, avant qu'il ne commette l'irréparable.

Écrit par : JC...10h15 | 07/04/2018

J'ai pris l'avis d'un voisin fort sympathique, le docteur Mengele, un vieux Teuton aisé, plein de charme et d'une discrétion exemplaire . Il propose une castration, suivi d'une trépanation.

Écrit par : JC...10h35 | 07/04/2018

JJJ est tout à fait sain puisqu'il est conscient de son état, ce qui n'est pas le cas de tous. Moi-même je m'interroge de n'avoir aucun symptôme, cela m'inquiète.

Écrit par : Lucy 11 h 32 | 07/04/2018

Ce qui est important , me semble-t-il c'est les déplacements du maître du jeu et le rôle des figurines. Quant à l'échiquier, voire les labyrinthes.
Écrit par : christiane | 06/04/2018

J'ai repris l'histoire du jeu des allumettes. Une ou deux pages. Je ne sais s'il faut maintenir.

Écrit par : Sergio | 07/04/2018

un du comité de lecture, oublié par Olga
https://images.lanouvellerepublique.fr/image/upload/t_1020w/58dec621489a4549008b594c.jpg

Écrit par : olga | 07/04/2018

C'est compliqué, Sergio. Cette histoire ne me passionne vraiment pas mais la façon dont vous "déplacez" Pierre est intéressante. Les "figurines" que vous mettez sur son chemin (jeunes femmes), également, dans la mesure où elle lui permettent de réfléchir, de s'explorer, de se comprendre. L'échiquier est en 3D, alternant les progressions verticales dans la "tour" et horizontales dans le dédale extérieur, dont les limites sont tracées.
Que veut le stratège (vous) ? Où voulez-vous conduire vos personnages et vos lecteurs ? Y a-t-il un lien entre votre passion des fractales et ce jeu de construction ?
Ce n'est ni une nouvelle, ni un récit, ni un roman. Est-ce un jeu de stratégie ?

Écrit par : christiane | 07/04/2018

un du comité de lecture
Écrit par : olga | 07/04/2018

C'est horrible ! Il a amené une poubelle... Pour mettre les ours !

Écrit par : Sergio | 07/04/2018

Est-ce un jeu de stratégie ?
Écrit par : christiane | 07/04/2018

C'est bientôt fini : six chapitres demain, ensuite... la fin, tout simplement ! (sauf toubiberies intempestives pour le jour exact.)

Ensuite, j'ai quelques billets d'avance, peu. Les billets suivants seront peut-être beaucoup plus courts, attendu que je serai fort occupé par ma seconde relecture, surtout correction, à partir de toutes les bonnes remarques que l'on a faites ici.

Écrit par : Sergio | 07/04/2018

S. d'Amayerling, ne cédez pas trop à l'impatience de Ch., qui a tant besoin d'être rassurée sur le "genre" de votre entreprise. Semble ne pas parvenir à la mettre dans ses cases ; mais pourquoi diable cette absence de sérénité ? Elle concède avec bienveillance un cln d'oeil de sympathie quand elle croit saisir chez vous comme une cohérence, mais son moi artistique très normatif résiste continuellement, car elle est souvent déçue. Vous ne débaruez jamais où elle le souhaiterait, vous la déstabilisez continuellement.
Christiane : laissez-vous aller, laissez le faire, ce n'est pas si grave, voyons. Revenez à la rdl, vous manquez aux erdéliens.
XVI à XXII d'un seul coup d'un seul, demain ????... Mais on ne s'en remettra jamais !

Écrit par : Janssen J-J | 07/04/2018

XVI à XXII
Écrit par : Janssen J-J | 07/04/2018

J'ai peur qu'il n'y ait de l'ennui. Mais la fois suivante, ce seront les derniers chapitres, et le finale. Là c'est déjà un peu plus verrouillé ; c'est le plus délicat (suite et fin de la scène d'alcôve), avec un vieux coup de spiritualité, je sais pas si c'est pas comme des cheveux sur la soupe...

Écrit par : Sergio | 07/04/2018

des cheveux sur la soupe... à l'eau à la bouche, y'a souvent qu'une louche...
Tournez manège !

Écrit par : Janssen J-J | 07/04/2018

Pauvre Janssen. Mon cœur saigne.

Écrit par : Janine Langlois | 07/04/2018

Jansen,
c'est votre opinion de ma lecture, pas la mienne.
Quant à la RDL, je suis sortie... (revoir "L'ange exterminateur" de Bunuel) et nulle envie de rejoindre ce groupe disparate, souvent futile, souvent féroce et un peu déjanté. De temps à autre, un commentaire remarquable comme celui de WGG, souligné l'autre jour. Je lis les billets comme chez P.E et cela me suffit. Ici, je n'ai pas la même lecture que vous, mais alors, pas du tout et je ne suis pas cette cartésienne que vous tentez de définir. A chacun ses mots, à chacun son chemin..

Écrit par : christiane | 07/04/2018

Je suis bien à plaindre en effet, janine, Ch. vient de me f. une de ces baffles !
Quittons-nous bons amis néanmoins, lui dis-je, et reprenons des routes opposées, nous avisant qu'elles ne s'étaient sans doute jamais vraiment croisées.
Bon courage, ajouté-je, pour la suite avec GWG et PE qui n'ont rien à voir avec le groupe disparate, souvent futile, souvent féroce et un peu déjanté, où vous avez failli vous perdre durant 10 ans. Quelle perspicacité !
Bonne soirée à toussent.

Écrit par : Janssen J-J | 07/04/2018

JJJ,
je n'aime pas vous rendre triste. Bien sûr que nous avons écrit à l'amble, souvent. et il n'y a aucune raison pour que nos chemins s'opposent.
Oui, 10 années guère épanouissantes sur le fil des commentaires de la RDL à cause de certaines présences. Vous savez très bien lesquelles.
J'ai regardé attentivement ce film de Bunuel, cette poignée de personnes prises au piège d'un enfermement sans porte verrouillée, juste une addiction à cet enfermement, juste ce renoncement à "sortir".
Je garde comme un trésor certaines interventions rares, cultivées, sereines, parfois teintées d'humour, parfois de gravité. Les autres... le mieux c'est de ne pas perdre de temps à y repenser.
J'aurais plaisir à vous lire, JJJ, ici ou ailleurs, mais je n'aime pas quand vous me conseillez d'interrompre ma recherche de structure dans les écritures de Sergio. C'est ma façon de lui rester fidèle malgré l'ennui dans lequel me plonge cette histoire, sans attente.
Bonne soirée, JJJ, et ne doutez pas de mon amitié.

Écrit par : christiane | 07/04/2018

Surtout, Gigi, ne doutez pas de mon amitié mon bichon maltais .... uhuhu !

Écrit par : JC...5h42 | 08/04/2018

Disséquons cette phrase qui contient tout Christiane, dont l'empathie aux autres trouvera toujours sa limite devant le mur de son immense orgueil : "je n'aime pas quand vous me conseillez d'interrompre ma recherche de structure dans les écritures de Sergio. C'est ma façon de lui rester fidèle malgré l'ennui dans lequel me plonge cette histoire, sans attente".

1 -> Que vous n'aimiez pas, c'est un fait, mais cela invalide-t-il à vos yeux ce que je pressens de votre quête ? C'est vous qui parlez de "structure", c'est moi qui parle de "cases" et de besoin de "normer". Votre première approche est neutre en apparence, ma deuxième serait purement arbitraire et gratuite. Mais je pourrais penser exactement le contraire, or le pb n'est pas vraiment là, ni de savoir qui a raison ou tort. Pourquoi immédiatement rabattre cet ersatz de débats théoriques sur l'entreprise de Sergio à des questions de "susceptibilités" si primaires, franchement, en sommes-nous arrivés là ?

2 -> "Ma recherche de structure dans les écritures de Sergio". Est-ce moi qui induis cette idée de "cartésianisme" (ce terme n'a pas été prononcé, me semble-t-il, il m'a plutôt tout l'air de ressortir d'une autocritique implicite, non ?)... Ou est-ce là, effectivement, votre quête, déçue à force de ne point parvenir à déboucher sur une certitude rassurante et confortable à vos yeux ?

3 -> Je ne vous ai jamais conseillé d'interrompre quoi que ce soit, voyons donc ! Qui serais-je pour avoir une telle prétention ; je n'ai fait que suggérer un doute sur le sens et la pureté de votre "quête". Est-ce là si infâmant ? Est-ce si insultant pour votre amour-propre ? Est-si paralysant dans votre entreprise de relance du schmilblick ? Ou bien, ne serait-ce pas plutôt là un bon prétexte pour en finir avec votre mortel ennui de cette histoire de Potelée, dont vous n'avez du reste jamais fait mystère ?

4 -> Mais bon sang ! Comment peut-on s'accrocher à quelque chose quand on s'ennuie mortellement à ce point et y revenir obstinément, toujours un peu plus déceptive ? Pourquoi faire accroire ? Vouloir à tout prix se défendre de la solidité d'une amitié qui n'est pas en cause.

=> Bref... toutes ces justifications m’apparaissent un brin puériles. Mais sachez que nul n'est à l'abri de ce genre de régressions, pas plus vous que moi ou Sergio. En quoi cela entache-t-il l'amitié, au juste ? Pourquoi toujours vouloir en assurer les autres ? Le syndrome "je t'aime moi non plus" n'estil pas un peu lourd à porter à la longue ?
Et, comme vous le savez, l'ennui naquit surtout de l'uniformité, mais certainement pas de l'incompréhensible, ni du mystère, ni de la déception.

Ite, missa est.

Écrit par : Janssen J-J | 08/04/2018

Vous aimez raisonner, JJJ, et classer les autres selon vos critères d'appréciation. Je n'aime pas être annexée, fut-ce au prix de l'amitié. Relisez-vous depuis ce commentaire où vous m'attribuiez un "dérapage" parce que j'avais exprimé une baisse de mon empathie pour l'écriture de cet ours de Sergio. Je ne vous ai jamais contredit dans votre lecture. Elle est ce qu'elle est. Par contre, à plusieurs reprises vous avez tenté d'expliciter la mienne par l'expression voilée d'une déception renouvelée. Je trouve cela intrusif et hors votre domaine. Mes remarques s'adressent à Sergio.
Autre chose, au fil du temps, m'a gênée, dans vos commentaires, cette façon de vous dédire en jouant d'un humour qui serait passé inaperçu à vos interlocuteurs. Je n'ai jamais été convaincue par ces dédits.
Mon lien de lectrice avec le blog de Sergio est pratiquement aussi ancien que ma présence de hasard sur la RDL. Au fil des années, je me suis trouvée devant un grand mystère que j'ai souvent exprimé. Ce blog et son auteur... (l'école buissonnière d'un écrivain qui sait ce qu'est l'écriture ?)
Donc, face à cet ours, non pas "déception" mais interrogation. La maladresse apparente de l'écriture cache, à mes yeux, une volonté d'écrire ainsi. (Comme un qui ne voudrait pas qu'on reconnaisse son écriture.) Je ne crois pas du tout à la présence par inadvertance de ces citations encombrantes, de ce vocabulaire qui parfois pèse des tonnes. Je ne vois pas le déroulé médiocre d'un "roman" d'apprentissage. Donc je cherche avant, sous la couche des mots, l'ours caché. Ne le trouvant pas dans les aventures de Pierre, je le cherche dans un jeu subtil de construction à la Eischer.
Enfin, si j'ai un amour-propre chatouilleux que dirais-je du vôtre ?

Écrit par : christiane | 08/04/2018

Vous ne désarmez apparemment jamais ! J'apprécie.
C'est vrai, j'ai toujours eu le goût de "me battre" ou d'"argumenter" avec les personnes qui le méritent ou en valent la peine, sachez qu'elles sont rares et vous en faites partie, vous vous en doutez bien.
"Classer les autres avec vos critères d'appréciation" !... Si vous ressentez cela, au point d'essayer de "m'instruire à charge", je n'y peux rien. Je pourrais pourtant reprendre mes propos pour "vous instruire à décharge", mais n'ai pas ce courage, ni ce narcissisme, et cela m'ennuierait du reste assez.
Quoiqu'il en soit, merci pour votre réponse. Chatouillons nos amours-propres en pensée, halors, à défaut d'autre chose de plus tangible. Après tout, ne sommes-nous pas là pour expérimenter les fantasmes de Pierre ? ;-)

Écrit par : Janssen J-J | 08/04/2018

hihihihi, l'amère christiane va bientôt quitter ce blog si ça continue comme ça, hein ?

Écrit par : Evidence | 08/04/2018

Bien reçu, JJJ. Cette réponse est légère comme l'envol d'un oiseau. Quant à... évidence... elle est si aigre, si négative qu'elle sombre peu à peu dans son élément naturel : la boue.

Écrit par : christiane | 08/04/2018

ces citations encombrantes
Écrit par : christiane | 08/04/2018

Non non ça c'est réglé. En dehors de celles qui me sont vraiment subconscientes, donc quelques-unes, je flingue. Cela sonnait trop faux. Elles étaient vraiment trop maladroites. Surtout là pour me faire mousser, ce qui ne tient pas debout. D'autant qu'elles n'avaient rien de particulièrement relevé ! Je crois que tout le monde a bien fait de tiquer là-dessus.

Écrit par : Sergio | 08/04/2018

La maladresse apparente de l'écriture cache, à mes yeux, une volonté d'écrire ainsi. (Comme un qui ne voudrait pas qu'on reconnaisse son écriture.)
Écrit par : christiane | 08/04/2018

Je pige pas bien ; mais je reste bien persuadé que, même dans un tout petit coin de son subconscient, tout le monde cultive une pensée de cet ordre. Qu'il la rejette ou l'accepte, fût-ce à demi.

C'est toujours pareil : pour m'ouvrir les yeux, rien de tel qu'extraire une phrase, maladroite ou faussement maladroite, donc, en tout cas à l'état naturel, de cinq, au mieux dix mots. Et, en face, la même telle qu'on pourrait l'attendre.

Écrit par : Sergio | 08/04/2018

D'autant que d'ici une semaine, je reprends l'ours à son début : seconde relecture, c'est-à-dire en réalité une vraie campagne de correction. Durée prévue pour ce boulot: six mois (fin de l'été).

Mais je ne l'infligerai plus sur le blog ! Don't worry...

Écrit par : Sergio | 08/04/2018

Merci, Sergio, de ces retours.
JJJ, m'a poussé à préciser mes réticences. Je n'aurais peut-être pas dû répondre.
Que vous dire de plus ? Il y a des moments où la lecture glisse sur un texte juste, émouvant (juste ce qu'il faut), étonnant par quelques détails (corps - végétation - lumière - bruits...) mais cette impression d'ennui m'est venue quand vous avez abandonné très vite vos personnages féminins pour les remplacer par d'autres. Pierre aurait pu, alors, par une sorte d'aparté, faire le lien mais il semble se satisfaire du hasard des heures, une rencontre chassant l'autre.
Je n'ai pas réussi à m'installer dans cette histoire. Ils pourraient tous disparaitre que ça ne changerait pas grand chose à l'histoire en cours. Comme si l'envie d'écrire était plus forte que de savoir quoi écrire. C'est pour cela que j'ai esquissé un jeu de stratégie car dans ces créations aucun personnage n'est vraiment précisé, seule compte l'action, le but de l'action qui se dévoile peu à peu. Mais ici, y a-t-il un but ? C'est un tourbillon de feuilles emporté par les sautes de vent.
Peut-être que c'est l'atmosphère que vous recherchez... Un être indécis, versatile, fatigué qui passe le temps sans influer sur le déroulé des heures. Juste quelques questions : si on retournait ? Que faire maintenant ? Qui vais-je rencontrer ?
C'est long et ça installe le lecteur dans une torpeur comme un dimanche où la ville est vide et où le corps paresseux hésite à se mouvoir...
Toutes ces années, j'ai cueilli au fil de vos textes, de vos commentaires, ici ou là, des références littéraires rares, un humour dévastateur et une colère récente, liée je crois à une expérience négative en milieu hospitalier.
Et là, ce texte qui pourrait s'étirer toute une saison, voire plus. Le château, le parc, les chemins, d'autres éléments du paysage. Ce gars-là dont on ne sait rien si ce n'est qu'il a partagé une soirée arrosée avec ces gens actuellement un peu oisifs. D'où l'impatience de JC : marre de ces bourgs ! plantez votre histoire ailleurs !
Bien amicalement. Ne nous privez pas des soubresauts de cette histoire, ce serait dommage.

Écrit par : christiane | 08/04/2018

vous avez abandonné très vite vos personnages féminins pour les remplacer par d'autres.
Écrit par : christiane | 08/04/2018

Ce n'est pas là première fois que quelqu'un en parle : grosso modo après le retour du bourg. La réalité les accueille. Elle accueille aussi le lecteur. Malheureusement le charme tombe. Quitte à renaître mais pas tout de suite.

Écrit par : Sergio | 08/04/2018

Ils pourraient tous disparaître que ça ne changerait pas grand chose à l'histoire en cours.
Écrit par : christiane | 08/04/2018

Très exact !

Écrit par : Sergio | 08/04/2018

Tenez, Sergio, j'ai retrouvé sur le blog de Paul Edel (qui ne vient jamais ici) cet excellent billet :
http://pauledel.blog.lemonde.fr/2017/04/05/stendhallennuiles-femmes/
J'y frôle cet ennui délicieux que je ressens à dévider ces chapitres comme les femmes au rouet, autrefois.
Je rêve d'une scène dans la suite de votre ours où ils seraient tous les quatre allongés au soleil ou à l'ombre sur la terrasse, parfaitement immobiles, écoutant dans une douce torpeur le cricri des grillons, le vent dans les pins et au loin la houle d'une mer imaginaire. Puis...
(Là-haut (suite) ça doit s'agiter !)

Écrit par : christiane | 08/04/2018

Tome II ! Pourquoi pas...

Écrit par : Sergio | 08/04/2018

Vous êtes un chic type, Sergio.

Écrit par : christiane | 08/04/2018

Choc frontal entre la camionnette de la Sensible qui heurte le transgenre Verbeux de plein fouet : deux blessés. Légers.....très légers !

Écrit par : JC...5h03 | 09/04/2018

Vu.

Écrit par : L'homme qui a vu l'ours | 16/04/2018

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