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25/02/2018

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VI Retour

 

Sans le vouloir ils prennent le même itinéraire. Lui s'en trouve gêné, éprouve le besoin de connaître son avis ; non, cela peut être inopportun.

- On remonte pareil, c'est pas très astucieux.

- Mais si, pourquoi ; il n’y a rien de mieux.

Une logique du concret les unit, étrangère à l'harmonie dans laquelle ils se meuvent depuis quelques heures, et qui la met en évidence, la rehausse. Ils ne parlent pas. Comme une interruption annoncée, un retour à la gare. Là-haut, ce sont sûrement les autres qui les attendent, des rires, de l'agitation, Carole aussi bien sûr, mais cela pourrait être plus tard. A un moment on se rend compte que ce sont les circonstances qui choisissent, comme elles avaient déterminé ce que l'on croyait venu de soi-même, ou de l'ensemble formé avec l'être qui accompagne. Pris dans un entonnoir, comme le début d'une latente asphyxie. Pourtant l'on en sort toujours, non ? En prenant conscience de cela, un beau moment qui veut échapper, que l'on voudrait prolonger... Déjà cette notion de vouloir est l'amorce d'un bris...

Le soleil qui s'obstine à rester voilé... Heureusement la chaleur n'est pas franche ; le collier se chargera toujours de remémorer. Qu’est-ce que « toujours » ? Du solide, un collier, pourtant il se dit que c’est du toc. La rue avec les cigales... Après ce sera le pont.

- Ah, ces bêtes...

L'un des deux avait dit cela, il ne se souvient plus lequel. Elles redonnent du teint, ces braves cigales ; il réalise que ce sera bien, de retrouver Marienbad, les allées et venues probables. Des rires, de la vie, du séculier. La brune aussi, qui ne lui paraît pas si éloignée. Encore picoler. Cela fera un conte d'été comme dans Rohmer. Il sera spectateur et non plus acteur, il pourra s'appuyer sur une ambiance, la collectivité des hommes dirait Saint-Ex. Qu'est-ce qu'on est sans ? Le pont, comme prévu. Il n'a pas changé, certifié médiéval. Elle s'y accoude, à un autre endroit, un autre moment qu'à l'aller. Il se souvient qu'il avait eu envie de fumer. Cette fois il se décide. La différence, c'est le sac de la miss, qu'il porte et veille appliqué. Il se demande si elle pourrait percevoir le changement qui s'est effectué en lui, cette curieuse euphorie, à moins que ce ne soit le café. Elle ne réclame pas de cigarette, non, elle semble également pleine d'une existence autre ; pas plus pressée. Le collier paraît insidieusement superflu ; pas forcément, elle s'est mise à le tripoter comme sans y penser, sans regarder non plus celui qui est auprès d'elle. Lui se trouve moins gauche, il avait l'air d'attendre ; il se rend compte que c'est bien de suspendre, être avec elle...

Silencieusement, d'un seul trait, elle se remet en route. Son corps n'a pas hésité dans le pivotement qui précède le départ ; elle chantonne comme elle ne s’y hasardait guère depuis un moment. Un registre plutôt aigu, qu'il ne lui connaît pas ; la vie devient simple, plus besoin de parler, ni pour lui, ni pour elle qui s’y emploie pour deux. On a l'impression que cela peut durer l'éternité. De nouveau il est seul avec elle, dans un monde sans durée. Non pas immobile ; sans début ni fin. Si, quelque chose les accroche à la réalité, c’est le claquement des talons neufs, non ce sont les vieux, sur le pavé à mesure qu'ils s'engagent dans la ruelle suivante. D'autant que bien sûr cela se réverbère sur les façades. Il se demande si cela pourrait faire venir du monde aux fenêtres, eh bien nullement, et quand cela serait. N'est-il pas là pour la défendre ? Elle semble ne s'apercevoir de rien, marchant comme une reine. A mesure que l'on approche de l'extrémité du bourg, les cigales reprennent, qui s'étaient précédemment éteintes. On ne sait jamais d'où elles viennent. Cela vrille les oreilles, comme un sifflet à ultra-sons, cela fournit de la chaleur. Les fleurs qui embaument dans les propriétés aussi. Il y a ce jeu qui consiste à les identifier, il ne s'y risque pas ; chaque mot serait prompt à détruire quelque chose… Champ de ruines ! A nouveau il a l’impression d’être en plein virage, d’irrévocablement quitter un moment onirique, sans trouver la capacité d’exactement appréhender en quoi. Il guette la fin des constructions, se prenant à élucubrer n'importe quoi pour différer. Retourner... N'auraient-ils pas oublié ceci ou cela, les boucles d'oreilles par exemple ? Subitement elles se gonflent d’une importance énorme, d'autant que pour lui ce n'est rien, ces breloques. Elles ne parviennent plus à quitter son esprit, l'ont investi, rendu incapable de songer à quoi que ce soit. La miss ? A cessé de chanter... Préoccupée aussi, regardant devant soi. C'est peut-être le moment d'intervenir ? Ou elle marche trop vite ? Non, rien n'a changé. La dernière maison se rapproche. Un mas traditionnel, sans histoires. Il n'ose le déchiffrer ; maintenant si, analysant chaque pan de mur, n'y trouvant obstinément rien de particulier. Ni riche ni pauvre, la bicoque a remplacé les boucles d'oreille. C'est idiot, il y en aura d'autres, comme partout ici ; le temps de s'abstraire elle est dépassée, fuyant sa volonté, forte de sa personnalité propre. Il reprend confiance, revient l'idée de poser la question, veut-elle échanger les godasses. Oui, ce serait bien, assurément. Elles ont remplacé le mas et le collier, irraisonnée prégnance... Pour être bien sûr il choisit d'attendre un peu, tiens, l'arbre là-bas, par exemple. C'est un végétal qui décide... S’applique à lorgner en coin, comme la baraque tout à l'heure. Elle est déjà loin, la tanière ! Elle matait... Se retourner, histoire de se provoquer soi-même ? Quel intérêt. Un cyprès, gigantesque, maintenant le mot lui revient, lui qui n'y connaît rien. Ou peut-être pas, ce serait judicieux de le demander à la Cathy ? Elle est savante, nul doute que pour elle c'est une question triviale comme des catleyas… Forcément ! Ca tombe à pic... Toutefois il n'ose pas. Le tronc se rapproche à l'infini, comme un troisième personnage. Le voilà, il est à côté, de plus en plus menaçant. Détourner les yeux, fixé sur le chemin, dur et sec. Passé, maintenant c'est le désert ; un grand désert sans prévenir.

- Tu ne voulais pas...

En marchant c'est avec le dernier naturel qu'elle vient le regarder, pleine d'étonnement. Un oeil à ses jambes et il comprend ; elle porte les anciennes ! Bien sûr, ce n'était pas les échanger, juste remettre les lanières. Il a intégralement rêvé. Que celles-là s'abîment est moins grave. Peut-être a-t-elle changé d'avis ? En attendant ils poursuivent ; cela ne l'empêche pas d'avancer, à bonne allure encore, dans le chemin régulier. Lorsque la chaleur est présente, cela change considérablement. Puissante, vibrante, une vraie touffeur du Sud qui s'annonce, avec un ciel de plomb sans nuage visible. Le halo du soleil est partout, une clarté obstinément diffuse. L'odeur végétale, aussi, qui monte d'on ne sait où, probablement des chaumes vallonnés qui se bousculent à l'infini. Et derechef les cigales, pas possible, elles nichent dans rien.

A force on doit s’approcher de Marienbad ; le sent le devine… Un peu tôt ? Plus notion de l’heure, pas le moment d’évoquer. Là-haut… Sûrement pas levés aux premiers rayons ! Le temps que tout soit en route… Fourmille ! N’importe, on va sur le point de franchir, lentement, la frontière qui en sépare. Très envie d’y être… Subitement ! Que la distance n’existe plus ; connaître où c’en est… Carole ! Pas seulement. La réintégration, également ; ça le brûle… A quoi pense la jeune fille ? La même chose, non… Là-haut ils se dissoudront. Seulement complices d’une escapade. On les interrogera. Si Carole pose des questions… Ce serait bien ! Un sentier sur la gauche, perpendiculaire, creuse encaissé. On met du temps à réaliser. On a pris de la hauteur, se rapproche.

- Regarde dans mon sac, il doit y avoir un savon.

Il ne comprend rien, s'exécute, commence à farfouiller le volumineux capharnaüm. Sans l'attendre elle s'est engagée. Il suit maladroitement, empêtré dans le truc. Effectivement il y en a un, énorme, dans une boîte grande ouverte, juste sous les neuves godasses, c'est lui qui parfume depuis le début. Il extirpe le corpus delicti.

- C'est cela ?

- T'es un chou.

Qu'est-ce qu'elle veut en faire, grands dieux ? A moins que... Peut-être se laver en bas ? Ce serait une idée… Lui ça ne le tente plus. Bah il faudra se tourner le temps qu'elle fasse son cinéma, il y en aura pour une éternité comme toutes les bonnes femmes ; ça lui procurera quelque loisir pour un bon cigarillo. Sur l’heure, ce qui diffère, ratiocine est bon à prendre. Comme la première fois, le chemin plonge dans le val, apparaît la végétation, du touffu, de l'épineux. Impression d'isolement, d'avoir abandonné sa précédente complicité avec la jeune fille pour la retrouver en ces lieux nouveaux, eux aussi parsemés de cigales, qui résonnent de tous côtés. Il pourrait l'aider, les pierres viennent rouler sous les pas, mais non, elle s'en sort très bien, musculeuse, avec sa présence physique vaguement euphorique. En bas dans les galets c'est le vide. Sans se concerter chacun d'eux a jeté un oeil dans la direction du pêcheur, à l'aller, il semble avoir disparu.

- Tu veux que j'aille voir ?

- Pas la peine... Quand bien même... Et tu es là, non ?

Il y va, se délestant du sac qu'il dépose auprès d'elle. Retrouver l'endroit exact... On n'a jamais vu le type. Cela ne fait rien, il farfouille consciencieusement dans les aubépines à côté de l'eau... Pénible, ce bled ; il agit pour la miss. Ah voilà ! Ici l'herbe est foulée, avec une boîte de vers de vase. De chez Moulineau ? Pas très attirant, il juge sa mission terminée.

C'était relativement loin, plus qu'il ne l'imaginait ; il hésite, manque de se perdre… Il va l’apercevoir d'un seul coup, blanche, pas très élégante, avançant déjà dans l'eau jusqu'à mi-mollets. Intégralement nue, lui tournant le dos ; le savon à la main, à cette distance il capte effrontément l’attention. Elle se penche pour le tremper ; les seins mafflus donnent l'impression de vouloir la déséquilibrer. A force de s'approcher il est sur les lieux lui aussi, ne sachant que faire. Ca y est elle se badigeonne avec une féroce énergie, presque comme un homme. Non, pourquoi y aurait-il une différence pour cela ? N'importe, il aurait vu l’affaire plus Hamilton ; plus à la claire fontaine... Elle a de bonnes fesses toniques, ma foi pas si mal dessinées, sans une ombre. A quelques mètres on distingue les minuscules taches de rousseur sur le dos, la colonne vertébrale. Ses épaules, aussi, vraiment très pâles, seyantes. Elle se sent observée, se retourne avec ses aréoles, son pubis ensavonné, son corps luisant, ses cheveux comme une couronne, lui sourit.

- Qu'est-ce que tu fabriques ? Viens !

A cet instant il remarque les cigales. Comme si le soleil luisait. Le gris du ciel a plusieurs dimensions. Avec de la chaleur. Pendant qu'il se désape, elle est repartie de côté, absorbée par son lavage. Mais c'est faux, elle s’acharne à le surveiller comme un enfant.

- Allez, enlève tout, voyons !

Elle a raison, cela simplifie, il n'y aura pas la liturgie du séchage. Il se dépêche, fend la baille. Pas bien chaud, cela disparaît vite. Quelques pas il est près d'elle, hésitant, l'air pour le moins abruti. Elle n'en finit pas ; lui tend le savon. Pour lui ?

- Tiens, passe m'en un peu dans le dos, en haut, je n'y arrive pas.

Il attrape le truc, se met à l'ouvrage. On pouvait s'y attendre, c'est justement le fait que cela se réalise qui est curieux. Elle ne dit rien.

- Ah mais frotte !

Il commence à trouver la technique, cela mousse, l'autre main à plat sur la viande, cela ne lui fait rien du tout. Il se demande vraiment où il est. Il descend vers les reins, elle a vraiment un cul énorme ; non, assez proportionné, avec du caractère. Cela donne un brin d'inconnu. Il découvre que ce n'est pas bien difficile ; par jeu il continue, fait le tour de la miss. Les salières, elle a des os, il n'avait pas remarqué, maintenant franchement de face, et puis elle lui prend le savon des mains pour lui rendre la pareille. Il voudrait parler stupidement, inutile avec l'impétueuse activité qu'elle déploie. Encore un regard sur les seins qui s'alourdissent entre les deux bras, une danse inertielle, indécise, bien suspendus, à en faire un tableau ; la féminité soudain lui en apparaît comme une musique. Il est en train de bander… Farouchement surpris ! D’autant plus gênant que cela s’obstine... Absolument perdu ; les cigales. Elle ne voit rien... Si ! Les joues ont rosi et quelque chose dans les paupières. Bras ballants, il se prend à l'observer comme un animal en action ; la laisse poursuivre avec son savon. Il vaudrait mieux se retourner, non ? Ou alors une bonne plaisanterie, ça ne fait pas de mal... Toutes les conversations qu'ils ont eues en ville émergent subitement ; il a du mal à la déchiffrer. Gâcher tout, aussi... Elle ne décide non plus que lui. Pas si prude, s'aventurant loin au bas de ses abdominaux, cela réagit encore plus, surtout quand il n'y pense pas. Le moment serait peut-être venu d'esquisser un geste vers la miss, il a ses mains prêtes, aussi trop inutiles... Ca y est, il amorce, regarde en même temps qu'il exécute, voit ses paumes ouvertes avancer d'au moins quinze centimètres il en est sûr. Elle ne s'en occupe nullement, invite ou indifférence ? Peut-elle encore ignorer, ou non ? Elle est quand même bien dans le même monde, la même réalité ! Sans qu'on y prenne garde elle a tourné autour de lui et s'active sur son dos, le laissant bander aux corneilles comme une vaine et malencontreuse pièce d'artillerie. Ca ne décoince pas évidemment, ne rime plus à rien.

- Allez, c'est bon, rince-toi.

Une infirmière. Elle montre l'exemple, se trempe immédiatement sauf les cheveux. Puis ventre en l'air la planche, savonnette à la main ; obligé à cette distance impossible de la lancer sur le bord. Lui s'est immergé aussi, c'était la meilleure solution. Le cou à la surface libre, il l'observe risquant de lourds battements. Elle traîne du muscle, toujours pleine d'action. Avec ses seins énormes qui affleurent comme des îles, les aréoles rosâtres, qui rappellent en lui un reste d'érotisme. Finalement quelque chose a changé sans qu'il y prît garde. Lorsqu'elle se relève c'est différent, plutôt une sensation de liberté, avec mystère.

- On va rentrer, non ?

Il est bien qu'elle ait prononcé, de loin, cette parole. Malgré cette sensation d'échec, il voit qu'elle trouve nécessairement ce qu'il faut. Ca la rend un peu standard, lui enlève de l'inconnu en la replaçant dans la communauté des autres femmes. C'est bien et mal, il y a forcément une légère perte d'identité, c'est-à-dire de ce qui incidemment créait un lien entre eux. Sa silhouette... Elle a quelque chose d'attachant, bien roulée tous comptes faits. Il se prend à trouver que c'est mieux, ainsi potelée, puissante, statue grecque. Carole forcément cela n'a plus rien à voir, pourtant elle aussi a du caractère, un sang où doit traîner de l'espagnol... Mais Carole son image a beau essayer de revenir, en ce moment elle ne peut rester, disparaît aussitôt.

- Allez viens, on remonte.

Elle s’est approchée. Tapi dans l’eau, il ne peut en sortir vers le rivage, ni déplier une stature de bonne taille ; pour cause ! Campée devant lui, naturelle, à portée de mains, c’est elle qui le domine . Il serait démentiel qu’il s’essaye à émerger. Elle ne masque pas son pubis ; il se prend à le détailler d’un jour nouveau. Très réussi, lui également… Il se présente comme une fraction de la personnalité. Tota mulier in utero ! Elle fait cela exprès ? Normalement oui… Se rend-elle compte de la raison pour laquelle il demeure ainsi caché ? Difficile… Il sait qu’il y réfléchira plus tard. Bon… Si elle veut qu’ils s’en aillent, il ne faudrait pas rester ici à le bloquer. Elle ne fait pas mine de bouger. Une idée, un rien farfelue, c'est lui qui va sortir le premier. Il se relève complètement, s’arrangeant pour lui tourner le dos, et comme ivre fonce lentement vers ce qui tient lieu de plage, où se trouvent leurs affaires. Pas de serviette, son tee-shirt suffira. Opération réussie, d'autant qu'elle traîne encore derrière. Reprenant l'initiative, il se saisit de la lourde chemise écossaise et lui ouvre largement comme la cape du matador.

- Ne prends pas froid.

- Ca va vite sécher.

N'importe, maintenant elle se laisse faire, emballer dans l'épais tissu il s'affaire à lui tourner autour pour l'aider. Jamais rencontré une situation pareille, s'activer comme un domestique, lui même en magnifique érection sous son propre textile. Boh il se dit que cela va s'estomper.

- C'est idiot, on aurait pu sécher un peu au soleil avant de remettre les vêtements.

Elle sourit franchement, avec son oeil qui le dévisage comme un phare. Si elle avait pris au mot son idée, le prenait au mot... Simplement elle ne fait rien pour lui venir au secours, fournir un prétexte genre la nécessité de repartir. Elle doit follement s'amuser, après tout flattée ; une complicité à nouveau s'installe mais en est-il certain ?

- Tiens donne-moi une cigarette.

La pause. C'est vrai qu'ils ont le temps. De l'action ; il creuse le sac énorme. Les godasses.

- Tu mettras tes chaussures neuves ?

- Les tiennes, tu veux dire...

- On dirait qu'il n'y a plus les cigales...

Comme un silence gigantesque ; cette excitation qui ne désemplit pas sous le tee-shirt. Cette fille le mène comme elle veut on n'aurait jamais cru. Pour un peu elle lui mettrait la main ; le fait.

- En forme toi dis donc.

Elle n'insiste pas ; reste ainsi tout le temps qu'il met pour dénicher les clopes, retrouver les allumettes qui avaient surgi dès l’entrebâillement du capharnaüm, ensuite se cachaient obstinément, ouvrir le paquet, se débrouiller pour en extirper une, l'allumer, lui tendre. Et le Dupont ? Elle saisit la cigarette, de mauvaise grâce ; lui exhale la fumée au visage comme une grosse pouffe. Elle est loin la mijaurée ; non, sa voix toujours assez rauque tire sur les aigus de manière inaccoutumée.

- On est bien, ici, Pierre.

Commentaires

Erreur pour les cigales. C'était le début d'une bascule de "grillons" en "cigales", mais je me suis ravisé.

Écrit par : Sergio | 25/02/2018

Sans doute pourra-t-on apporter des modifications ou objections...Mais là, à la première lecture, je m'en fiche totalement : j'aime la chaleur, l'eau, le bain, ce moment magnifiquement rendu. De très belles réflexions sur ce qui arrive, leur arrive, très beau moment du cyprès gigantesque; et puis nous savons maintenant qu'il se prénomme Pierre. Vraiment ça tient bien beau la route !

Écrit par : chiara | 25/02/2018

Les corrections il y en aura un champ terrible à mesure que vont se préciser les événements ; mais là ce sera sur le fond, même frêle, ce qui fait que tout est à découper au pied à coulisse ! Cela va finir par arriver, j'en tremble d'avance...

Écrit par : Sergio | 25/02/2018

Très belle écriture. (Me suis un peu cabrée devant les Catleyas et Hamilton...) Un beau morceau qui donne à Sergio une pâte d'écrivain retrouvée.

Écrit par : christiane | 25/02/2018

Catleyas et Hamilton...
Écrit par : christiane | 25/02/2018

Oui : si ces références manquent d'opportunité, je les fais sauter tranquillos...

Écrit par : Sergio | 25/02/2018

Non, non, laissez mais vous n'avez pas besoin d'elles. Votre roman accroche. On les approche. Chairs vibrantes sur eau de la rivière. C'est extra !

Écrit par : christiane | 25/02/2018

Sois prudent, Sergio. Je n'ai pas l'intention de me livrer à un diagnostic sauvage mais, pour le dire à demi-mots, et sans dévoiler aucun secret médical, tout porte à considérer que christiane soit folle.

Écrit par : Dr Spatz | 27/02/2018

Trouvé la scène érotique aquatique du 6e chapitre fort bien amenée et réussie. Quand un homme se met à bander devant une femme nue, le surprise est toujours flatt'heureuse chez la femme qui, apparemment, ne s'y attendait point.
Le mystère reste pourtant entier de la part du narrateur de la scène. Où est-il, que fait-il et qui est-il exactement à ce moment-là ?
Sait-il par exemple si elle feint-elle la surprise étant à peu près sûre d'avoir provoqué son petit effet mécanique ? (ce qui serait imaginable s'il était dans le peau de miss Potelée) ou se force-t-il de provoquer "l'effet Pierre" à la place d'icelui, en imaginant la suite de l'aventure pour l'amener à sa conclusion logique, alors qu'elle n'aurait jamais pensé à provoquer à son caractère inéluctable ?
Il est très fort, le S., vu que rien de ce qui est escompté du lecteur ne se passé comme dans la vie. Et son roman augure bien de la suite, car il est mpossible d'imaginer où il va nous faire atterrir. Tu m'étonnes qu'on est crochetés !...

(Il neige dru en ce moment, alors qu'on nous prédisait le plein soleil sans nuages... On va se mettre à poil dans l'eau du bassin apèrs avoir c&assé la glace)

Écrit par : Janssen J-J | 27/02/2018

(On va se mettre à poil dans l'eau du bassin après avoir cassé la glace)

Tu l'as fait exprès, là ?...

Écrit par : Dr Spatz | 27/02/2018

Le commentaire qui précède n'est pas du Dr Spatz. - peut-être d'Evidence ? spécialiste des impostures ?

Écrit par : Dr Spatz (le vrai) | 27/02/2018

Un jour, Evidence et JC mourront, ils seront inhumés dans le caveau de closer, Widergänger, Jazzi et Delaporte. Ce jour-là, la vie pourra reprendre dans les blogs.

Écrit par : amen | 27/02/2018

La République des livres ne va plus durer longtemps. Avez-vous remarqué que les annonceurs se raréfient ? Avant, il y avait trois encarts en permanence, maintenant il n'y a plus que celui d'Actes-Sud.
Sachant que c'est un blog à but lucratif, si l'argent ne rentre plus... ben y a pu qu'à fermer comdigigigi.

Écrit par : essiségigigiquildi sasdiskuttpa | 28/02/2018

Heureusement que l'Amayerling nous récupérera, l'a pas besoin de pub pour éditer son nouveau roman collectif sur les cigales potelées, suivi de les chaises au jardin...
C vrai que l'passoul ne dément que modérément la rumeur de sa prochaine disparition pour cause de candidature à l'A.F., et obligation de se délester d'un mandat :-)

Écrit par : Janssen J-J | 28/02/2018

Assouline candidat à l'académie française ? Faudrait déjà qu'il commence à apprendre ses conjugaisons.
Ensuite, aucun académicien Goncourt n'a le droit de se présenter à l'AF. Faudrait donc qu'il démissionne. Sans garantie d'être élu sous la coupole.

Écrit par : tessur2sketudigigigi? | 01/03/2018

tessur2sketudigigigi?

non, et tu nous apprends de belles, esprit éclairé !

Merci de faire cesser les immondes rumeurs et fake news sur ses conjugaisons
(conjugo sin esfuerzo con el Sefarad).

La machine s'est enrayée au chapitre 6 ???

Écrit par : Janssen J-J | 01/03/2018

Faudrait déjà qu'il commence à apprendre ses conjugaisons.
Écrit par : tessur2sketudigigigi? | 01/03/2018

C'est probablement une question de relecture ; faut dire que c'est pas très marrant, de se relire...

Écrit par : Sergio | 01/03/2018

des petits trous des petits trous toujours des petits trous
et des petits cons ma mère ah ça y en a
ne me dites pas que vous en connaissez pas
janssen il en connaît plein
sans en être un lui-même pour sûr ben non janssen personnellement c'est pas un petit con
mais il en connaît comme moi j'en connais des tas
n'empêche que je voudrais bien savoir pourquoi il est si méchant avec savigneau le janssen
parce que moi je la connais bien et je l'aime beaucoup
alors comme les ennemis de mes amies sont pas mes amis ça va pas aller si il continue comme ça
juste pour dire quoi
hein janssen hein que t'es pas un petit con alors prouve-le

Écrit par : rodomont | 01/03/2018

Je suis un petit con comme tout le monde (j'vois pas pourquoi je sortirais du lot), et ce, d'autant que je supporte pas les gouines qui traitent les mecs de pédés. Un comble, non ? !... Et c'est bien suffisant for me pour montrer l'ampleur de ma cronie !...
Et puis, les gens qui adulent philippe sollers et philip roth et viennent se la péter dans l'île d'Oléron, moi que voulez-vous, je préfère aller boire une tisane de verveine menthe, jusqu'à porquerolles s'il le faut...
Ca vous va comme esssssssssssssssssssssplication ?..., rodomont (j'aime bien ce nouveau pseudo)

Écrit par : Janssen J-J | 01/03/2018

Quand on se libère d'une attente possible de l'évolution des deux personnages et que l'on revient aux espaces intermédiaires de ce chapitre, on peut lire : " De nouveau il est seul avec elle, dans un monde sans durée. Non pas immobile ; sans début ni fin. Si, quelque chose les accroche à la réalité, c’est le claquement des talons neufs, non ce sont les vieux, sur le pavé à mesure qu'ils s'engagent dans la ruelle suivante. D'autant que bien sûr cela se réverbère sur les façades."
Et j'entre là dans un espace cinématographique à la Resnais par ce "temps non pas immobile mais sans début ni fin". Pour un peu on pourrait être prisonnier d'un préambule sans fin. Un pont médiéval est traversé. Ce bruit insolite des talons qui claquent et se réverbère, suivi du concert des cigales qui reprend et "vrille les oreilles"... Étrange, sensation étrange... D'autant plus que le narrateur s'imagine "spectateur et non plus acteur", dans cette "touffeur du Sud qui s'annonce, avec un ciel de plomb sans nuage visible". C'est un roman à l'atmosphère puissante.

Écrit par : christiane | 02/03/2018

à l'atmosphère puissante.
Écrit par : christiane | 02/03/2018

Influence proustienne, quelque peu par osmose ? J'ai bien lu toute la Recherche, mais seulement deux fois. Inutile de dire que ne n'en tirais pas d'analyses aussi poussées que celles qui hantent les temps morts de la RDL. Discussions très bénéfiques, au demeurant. Par exemple l'actuelle sur ces fameuses réminiscences, dont j'ai mis un temps énorme à réaliser qu'elles débouchaient sur l'une de mes obsessions, l'identité par le biais des repères que constituent ces réminiscences.

Écrit par : Sergio | 02/03/2018

Voilà un sacré jeu de piste !

Écrit par : christiane | 02/03/2018

Mais à ce stade de l'ours, il ne perçoit le monde que par fragments. C'est instable et discontinu. Une sorte d'inachèvement volontaire de l'écrivant, subi par le narrateur (et le lecteur). Ça se noue pour se dénouer aussitôt. Ça semble se désagréger. Une longue patience nécessaire comme pour les fleurs tardives. Est-ce un somnambule ? Est-il réellement réveillé et sur cette route ? Peut-être marchons-nous dans son rêve cotonneux, fluide et mouvant où des paysages s'effacent et changent. Il me semble que c'est écrit pour préciser des visions flottantes, pour répondre aux questions de Gauguin ( Qui sommes-nous ? d'où venons-nous ?). Le bruit est un marqueur (sandales qui claquent - cigales...). Immersion sensorielle pour le narrateur et pour le lecteur. Il se souvient de la peau, des frémissements de la peau et de l'eau. Il scrute les pierres, les cailloux du chemin. Ce narrateur est un buvard.

Écrit par : christiane | 03/03/2018

"Ça se noue pour se dénouer aussitôt"

J'ai remarqué aussi, et cela me plaît, pour le style - cela confère à Pierre une voix bien particulière - et pour le mode : nos pensées se suivent souvent ainsi, coq et âne, en avant à rebours, loin de la linéarité, et même on les suit parfois plus qu'on en est l'auteur ( très sensible dans les premières lignes de la rencontre de Miss P et les descriptions faites par le narrateur).
J'ai trouvé ce "modèle", adopté dès le début du livre, très intéressant ;).

Beau week end à tous.

Écrit par : chiara | 03/03/2018

J'ai visité cet après midi à la BPI de Beaubourg l'expo Jean Echenoz. (derrière la cafet au niveau 1) Une expo circulaire comme un labyrinthe en plein dans la bibliothèque. Dans le secteur où il y a des photos de Jean et oliver Rolin, dans une vitrine, il y a une lettre que J-P. Manchette lui a adressée qui conviendrait bien à votre roman (très drôle) à propos de "Cherokee", je crois ! Plein de fiches sur ses personnages, ses carnets, des images des lieux qui l'ont inspiré. Comment l'écriture se met en mouvement. C'est un peu dingue, plein d'humour. J'ai adoré.
J'étais montée voir César. Pas que des compressions. Les panneaux de cartons, de filasses m'ont intéressée ainsi que les petites statuettes de plâtre blanc et les vieux objets sous plexiglas.
A vrai dire, c'est l'expo du rez de chaussée qui m'attirait. Les laines et tissages de Sheila Hicks (voir sur la rdl la république de l'art). Et là j'ai pris mon pied : couleurs et matières somptueuses. "Lignes de vie". Avec de minuscules métiers à tisser elle crée des gammes fantastiques de petits tableaux, les Minimes, puis avec des pelotes énormes, des cascades de laines multicolores qui tombent du plafond. C'est superbe.

Écrit par : christiane | 03/03/2018

Ah, Sergio l'a mise en lien à gauche : Scemama | République de l'art

Écrit par : christiane | 03/03/2018

Ah, Chiara, il s'appelle Pierre ? Je me demandais s'il avait un nom. Bizarre, cela ne m'a pas frappée...

Écrit par : christiane | 03/03/2018

Nous venons de l'apprendre Christiane, à la toute dernière ligne de ce chapitre, c'est même Miss Potelée qui nous le révèle :).
Et relisant votre commentaire d'hier, je pense avoir extrapolé un tantinet ... mes excuses Christiane.
Je voulais seulement noter la façon dont Sergio rend compte des pensées de son narrateur, pas toujours de manière linéaire justement.

PS : L'est jolie cette petite phrase toute ordinaire qui ouvre le chapitre; elle résume les chapitres précédents et annonce celui-ci.

Écrit par : chiara | 04/03/2018

Heureusement que vous êtes là, Chiara ! Pour moi, c'était "lui" ou "il". Un prénom presque trop petit pour cette présence. Idem pour elle et l'autre femme. Une perte progressive de l'identité... Des héros isolés, sans nom qui n'existent que par leurs actions ou leurs pensées. Cette impression, en moi, efface les prénoms. Lieu indéterminé, temps indéfini, l'ennui, personnages un peu fantomatiques, ambigus, abandon de la logique du roman traditionnel (plusieurs interprétations possibles). L'important c'est la rencontre, la révélation du désir sexuel. Ils sont de l'attente. La femme est plus sincère que l'homme comme dans les romans de M.Duras : Moderato Cantabile - Le Ravissement de Lol.V - Le Vice-Consul - India Song... Une langue de l'étrangeté...

Écrit par : christiane | 04/03/2018

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