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18/02/2018

Café

Café_en_terrasse.jpg

 

V Café

 

Un bistrot là-bas, sous une colonnade en face ; un second presque à côté, à mesure qu'ils s'approchent, et qui déborde en une vaste terrasse déserte. Des chaises métalliques qui rappellent celle la Marienbad ; cette fois en un bleu relativement prononcé. On ignore si un serveur va s'approcher, on n'est pas pressé, voici la liberté.

Elle s'assied la première, un temps il reste debout un peu coi. Elle porte bien un soutien-gorge, un grand blanc, un mouvement avait dû le décoller lorsque là-haut il avait entr'aperçu la puissante et délicate boursouflure d'une aréole. Elle croise les jambes sous la jupe longue en toile, avec l'écossais de la chemise cela jure un brun ; elle devine qu’il y prête quelque attention.

- Hier soir on m'a fait une tache de punch, c'est tout ce que j'avais d'autre.

- Au fait, tes anciennes godasses, celles en bois ?

- Pas en bois, ignare ! Je les ai dans mon sac, d'ailleurs je les mettrai pour revenir. Tiens, donne-moi du feu.

Des Stuyvesant. Sa bouche n'est pas maquillée ; on dirait le contraire, presque mondaine. Elle exhale une longue bouffée, avec une sorte de majesté. Il se pose enfin à son tour, s'affaire sur la boîte des nouveaux cigarillos. Le serveur, une fille, avec l'accent, plutôt jolie. Du café naturellement, elle repart.

- Elle est mignonne.

- Oui.

Hier soir... Un autre monde, là aussi. Il se souvient d'un tumulte. Tiens, c'est vrai, la miss Potelée avait du succès aussi. Maintenant ça lui revient très bien. Un groupe voisin ; il revoit cette image à plusieurs endroits de la soirée. Pire, il se le remémore très distinctement, à un instant l'idée lui était venue de servir à son sujet une plaisanterie assez ordinaire à Carole, comme entrée en matière parce qu'il ne trouvait rien d'autre. Cela rembrunit son cerveau. Est-ce qu'il l'a vraiment fait ? Bien non, a priori, puisqu'il n'a jamais pu se décider à approcher Carole... Oui mais ensuite, vers la fin ? Cela devient flou, rapide, impossible de fixer quoi que ce soit. Le café arrive, les sourires de la Madelon aussi. Elle dispose tout soigneusement, des petits brocs luisants, du chocolat empaqueté. Machinalement il déplace le sien sur la soucoupe de sa vis-à-vis. La fille s'est éloignée.

- A quoi tu penses ?

- Hier soir j'en tenais quand même une bonne ! J'espère que je n'ai pas fait de bêtises...

- Toi ? Non, pourquoi ? Sage comme une image, avec ta brune.

- Ma brune ?

- Mon amie Carole. Je voulais venir, vous discutiez en me regardant, de loin.

- Et puis ?

- Je ne sais plus, on m'en a empêché, et ensuite tu étais ailleurs.

- Alors là, dis donc !

- Quelle importance ?

- Oui.

Ses iris verts bouillonnent avec une telle intensité que l'on se demande... Des yeux gigantesques, à lui changer intégralement la physionomie. Ses cheveux prennent l'air différent. Il vient l'observer de côté pendant qu'elle a sa tasse aux lèvres ; la dévisage franchement, effrontément. Il s'en veut ; c'est plus fort que lui. En attendant, avec la personnalité de cette fille, il va se prendre une réflexion...

- Mmh ?

Il ne répond pas, se détourne fébrilement, puis revient, soutient son regard. Aussi émeraude que la chaise de jardin, simplement les disques ont repris leur taille quasi-habituelle. Il ne s'occupe plus que de la minuscule pigmentation de sa peau.

- Marrant, tes taches de rousseur... Normalement c'est plus gros ?

- Ca dépend.

Il lui saisirait bien le poignet, ici à quelques centimètres de sa main, histoire de changer une ambiance dont il n'arrive plus à définir ce qu'elle est exactement. Retrouver celle du matin, dans les rues ; on n'y est plus, tout en y demeurant un peu. La miss ne remue pas d'un centimètre, il hésite vraiment ; elle semble en pleine observation de son café presque vide. Son teint également, peut-être un rien foncé. Elle capte l’un des chocolats, celui qu'il a transféré dans une soucoupe, et s'emploie à le dépiauter. Sur le bracelet qu’elle porte, on aperçoit un gribouillis indiscernable, probablement deux initiales entrecroisées, à la rigueur un « C » et une autre lettre, éventuellement un « L ». Elle s'en rend compte, lui approche sa main tout en engloutissant de l'autre. Cela commence à ressembler à des jeux d'adolescents et le rassure un peu.

- C'est Catherine, hein ?

- Mmh ?

- C'est ton prénom, c'est cela, Catherine ?

- Mais oui ; tu ne le savais pas ?

- Euh...

- Tu aurais pu te tromper, alors... Catherine-Carole, on nous appelait, au lycée.

- C'est vrai, elle aurait pu me le dire. Elle a dû penser que je le savais ; et puis il y avait un tel bruit, on distinguait à peine...

- Comme cela vous n'avez pas pu dire de mal de moi...

- Non, mais je ne sais même plus si on en a parlé ; d'ailleurs elle m'intimidait. Et puis les autres sont arrivés.

- Quelque chose comme « Qui c'est, cette grosse » ? J'ai l'habitude...

Il tourne la tête vers elle avec une émotion inattendue. Une sorte d'empathie, maintenant il sait ce que ce mot signifie. Elle a des yeux immenses, particulièrement lumineux, c'est encore plus long et intense que la première fois. Ils s'en rendent compte ensemble. Avant même qu'ils ne se séparent, ou peut-être pour en donner le signal, elle vient lui effleurer le poignet par deux légères tapes. Il se demande s'il y a eu comme une sorte de charité dans sa réaction. Plutôt un instinct de protection. Il se reproche de se l'être demandé. Peut-être de l'inclination tout simplement et n'en parlons plus ; il est heureux que cela se soit déroulé ainsi, une ombre s'obstinait depuis qu'ils avaient évoqué tout à l'heure sa conversation fantôme avec la brune.

- Ben quoi, c'est bien, les grosses.

Elle ne répond pas, n'écoute pas. Lui aussi a dit cela comme d'une voix étrangère, un automatisme des plus convenus. C'est toujours un peu dégradant, manger ainsi à la gamelle ; ils s'en foutent, il y a cette étincelle très longue de confiance qui a relui.

On vient les déranger ; meubler le paysage. Ils étaient mieux seuls à marcher. Deux filles et un gars qui se rangent à une table pas très voisine. Discrets ; cela procure une muette agitation. La serveuse est là. Miss Potelée regarde en leur direction, peut-être le mec. Non elle revient, termine sa cigarette.

- Ah non, c'est moi.

Pendant qu'il pose de la monnaie, elle engloutit ce qui reste de chocolat. Il attrape le sac et se lève.

- Attends. On remonte, non ?

Il reste debout elle procède à l'échange des chaussures. La fille avec son accent vient ramasser le pognon, il préfère ainsi la situation est nette. Un peu de temps à installer les godasses neuves au fond du sac, il rallume un cigarillo. Elle lui tend la besace qui semble moins lourde ; suit vers la place, maintenant c'est elle qui a les bras ballants ; retrouver la direction, elle préfère lui en laisser la charge ; ils avaient commencé à se fourvoyer, demi-tour ! Vers l’échoppe où ils ont choisi le collier en plaques dorées carrées. Cela reluit bien sur sa peau blanche, même si le ciel tend à nouveau vers le gris ; un cendré chaud, amical, vivant, presque de fête ou de vacances. Le bijou repose majestueusement sur le derme, installé comme déjà partie d'elle. A force de l'observer à la dérobée, il ne le voyait plus. Les revoilà devant la boutique, elle ne peut que s'attarder devant les pacotilles de métal. Le sien ne les attend plus, comme s'il était unique ; non remplacé !

- Qu'est-ce que tu regardes ?

- Rien. En argenté c'est joli aussi.

- Oui mais il y a tes cheveux. Blond vénitien, ou auburn, ou...

- Châtain.

Elle n'a pas ajouté « ignare ». Les mêmes plaisanteries, ce serait lourd. Le vendeur virevolte dans les parages, occupé avec de nouvelles clientes. Aurait-il peur qu'on vienne réclamer ? Ou compléter... Situation ambiguë, revenir sur les lieux... La jeune fille arbore un calme impérial. Elle s'impose, rien d'autre à envisager pour son compagnon que se retirer sous la colonnade. Avec le soleil diaphane, on ne voit plus les ombres des piliers. Cela discute d'autant plus ferme, ici la privation de lumière les réveille. Une matinée, c'est une matinée, il faut bien la vivre, ne pas la gâcher. La miss tripote, ça y est le type lui parle ; non c'est à propos d'autre chose, le collier n'est pas remis en cause. Autant la rejoindre, d’autant que c’était lui-même, non le commerçant, le dépositaire choisi par la jeune fille pour son vœu inexaucé : des boucles d'oreille assorties. On ne trouve rien de vraiment proche. Le vert éclatant de ses yeux se retourne vers lui, illuminé d'un sourire actif, content de sa présence. Il se reproche de s'être mis à l'écart, une peur injustifiée. Il y aurait quelque chose à dire... Peut-être ne s'est-elle rendue compte de rien. En plus il a le sac.

- Viens on y va.

Une longue ruelle. Il surveille l'itinéraire, là vraiment elle ne semble pas du tout s'en préoccuper. Déjà quelques odeurs de cuisine çà ou là. Pas désagréable, simplement un rien déplacé. Les activités se croisent, indépendantes... D'ailleurs on n'a plus beaucoup en tête les vestiges d'hier soir. Elle marche librement, cela surprend toujours inconsciemment de remarquer une femme qui ne porte rien. Elle s’en accommode, lui trouve adorable cette confiance qu'elle lui fait. Les talons résonnent différemment sur la pierre ; les courroies se sont à nouveau détachées, non elle marche dessus elle doit être mieux ainsi. Elle va sûrement les replacer dans le chemin.

Commentaires

@avec l'écossais de la chemise cela jure un brun

pas mal...

carole et/ou catherine, vont-ils tous aller au lit après le café.., avec des invites en oeillades à misspotlée ?

Écrit par : Janssen J-J | 18/02/2018

Au retour (à Marienbad) on va commencer à se rapprocher de ces questions...

Ca jure un brun : merci à toi !

Écrit par : Sergio | 18/02/2018

C'est bonnard je peux continuer à nourrir ma liste de bourdes.

Deuxième relecture (avec ces corrections), si tout va bien au printemps.
Troisième novembre prochain. Printemps deux mille dix-neuf, tentatives vers les éditeurs... Bof !


En attendant ce beau jour, amigos... Le plus de bourdes possibles à exraciner ! Thank's...

Écrit par : Sergio | 18/02/2018

Printemps deux mille dix-neuf, tentatives vers les éditeurs...

Ah oui mais faut faire attention là. Si t'es publié, on connaîtra ton nom. Sauf si tu prends Sergio comme nom de plume, évidemment... Dans ce cas, faudra qu'un journaliste enquête comme pour Elena Ferrante.

Écrit par : mon vrai nom n'est pas le même que le faux, alors à quoi bon en mettre en faux ? | 19/02/2018

Bonjour Sergio, voici l'avis de la lectrice du TGV de 15h17 en provenance de Paris; ce n'est pas un direct ;)

Une question : as-tu cisaillé des parties de texte de peur de faire long ? C'est juste une question parce que je te trouve toujours à l'aise dans l'étendu.

Je relève juste quelques impressions toutes plus subjectives les unes que les autres :

"relativement" prononcé ... J'aime pas le relativement.
"boursouflure" ? non mais Sergio ?! ah non ça c'est pas possible. Boursouflure !? Parle des seins d'une femme avec des boursouflures, tu peux acheter 6 douzaines de roses, elle te pardonnera jamais ;)
"il s'en veut; c'est plus fort que lui" J'aime beaucoup le "il s'en veut" et moins le "c'est plus fort que lui". Serait-ce mieux en suggérant ( je ne sais comment, évidemment ) ce "plus fort que lui" ?
"non remplacé !" Le point d'exclamation me gêne. Il est trop bruyant. Alors que le point tout sec laisserait le temps au lecteur de regarder ce "non remplacé".
"sourire actif" Actif ? pas sûre ;)

Voilà pour cette lecture, mais Sergio je le re répète, tu sais bien mieux que le lecteur là où tu veux l'emmener, alors prendre toutes ces remarques avec un tit haussement d'épaule aussi.

Belle journée ;)

Écrit par : chiara | 19/02/2018

C'est terrible, ce qui se passe sur les blogs. Vlà notre Sergio qui va se retrouver en concurrence avec Chaloux et son style sublime, WGG et son œuvre immortelle, Ed et la profondeur de ses analyses psychologiques, Barozzi et ses flamboyantes descriptions de sodomie. S'ils publient tous en même temps, ça va être la guerre. D'ici à ce que Janssen nous ponde "Mes amours diagonales" et JC "La Vie passionnante d'un commercial varois à cheval sur son benchmark", on saura plus où donner de la tête.

Écrit par : bretelle | 19/02/2018

Bizarre cet attelage, les deux chevaux ne trottent pas à l'amble. Un, cheval de race, avance superbement, style délié, raffiné, notations précises, syntaxe irréprochable. L'autre, bourrin non castré donc lunatique cherche à ruer, à faire des embardées. Style un peu voyou, un peu seulement. Il hésite, ne fout pas en l'air la syntaxe, la conjugaison. Se contente d'un certain laisser-aller avec l'écriture et avec la fille. Comme si le maître de l'équipage ne voulait se séparer ni de l'un, ni de l'autre et acceptait, cahin-caha d'aller là où les mots le conduisent. Loin, très loin de Marienbad. Plus près de l'ennui, du temps qui ne sert à rien, de la chair un peu flasque et sans désir. Juste les fumées des cigarillos et des blondes pour revenir aux gestes métronomes. Drôle d'affaire dirait l'inspecteur Antoine (Jouvet) en réajustant son galurin. Drôle d'affaire... « Vous êtes un type dans mon genre… », dirait-il à miss potelée. Tout poisse, tout s'encrasse...

Écrit par : christiane | 19/02/2018

Les godasses en bois me rappellent le temps où, en été, je ne quittais pas mes sandales Scholl, même pour aller dans un resto chic, au grand dam de mon compagnon. Le restaurateur, lui, n'avait pas eu l'air gêné, du moment que l'addition était réglée !
J'ai toujours eu du mal à respecter les conventions vestimentaires au détriment du confort, en ce moment on me reproche de sortir en jogging.

Pour la miss Potelée, quand est-ce qu'il va lui arriver quelque chose ?

Écrit par : Lucy | 19/02/2018

as-tu cisaillé des parties de texte de peur de faire long ?
Écrit par : chiara | 19/02/2018

Je crois que c'est la question majeure de ce style. Effectivement j'ai coupé un peu partout sauvagement. Quand c'était franchement de trop, je supprimais complètement. Maintenant je ralentis ces purges. Souvent je garde toute la phrase, mais seulement après l'avoir dûment tronçonnée, ce qui est censé donner de l'air, et aussi du pétrole à ce style. Dans ces cas-là, rien n'est alors plus perdu.


je te trouve toujours à l'aise dans l'étendu.
Écrit par : chiara | 19/02/2018

Cela change tout : donc je pourrais en remettre ; sous réserve toutefois de ne jamais m'emberlificoter au point de rendre quelque chose incompréhensible dans la bagarre.

Écrit par : Sergio | 19/02/2018

boursouflure
Écrit par : chiara | 19/02/2018

Oui c'est gros ; je vais mettre "relief" (celui d'une aréole) ou quelque chose d'approchant.

Écrit par : Sergio | 19/02/2018

@D'ici à ce que Janssen nous ponde "Mes amours diagonales"

Il n'en est pas question..., calambretelle !

Écrit par : Janssen J-J | 19/02/2018

"donc je pourrais en remettre"

Ce qui me fait peur Sergio, soyons honnêtes, c'est que je dois être la seule à apprécier les dites longueurs et que je me fiche qu'il arrive quelque chose à Miss P...Mais je suis aussi la moins littéraire de tous, donc tu ne devrais pas m'écouter, chacun son job.

J'assume cependant : C'est dans la longueur que tu distilles avec finesse, et dans la longueur que le tempo de cette promenade me semble juste.

Je reviens un instant sur le leitmotiv "quand est-ce qu'il se passe quelque chose" : sans rapport, mais je me souviens d'une nouvelle magnifique de Mishima, un jeune couple est assis sous la pluie, sur le rebord d'une fontaine, on entend l'eau couler, et la jeune fille pleure quand le jeune homme lui annonce sa décision de la quitter. Et lui la regarde, là, pleurer sous la pluie au bruit de l'eau de la fontaine qui coule...Nan il ne se passe rien, juste les pensées de ce jeune homme...et l'eau qui n'en finit plus de couler.

Belle journée à tous.

Écrit par : chiara | 20/02/2018

Chiara, "il lui annonce sa décision de la quitter" et vous trouvez qu'il ne se passe rien ? Elle est effondrée, malheureuse, elle se voyait avec lui pour toutes les années à venir, elle se sent si misérable, il va lui falloir rester bien longtemps au bord de la fontaine pour pouvoir s'en remettre (si elle s'en remet) et tout ça c'est "rien" ?

Écrit par : Lucy | 20/02/2018

Bien, alors Sergio, quand est-ce que la miss Potelée se fait larguer ?

Écrit par : Lucy | 20/02/2018

Ah mais idem Lucy ;) Le narrateur est en train de tomber amoureux et vous trouvez qu'il ne se passe rien ? Et elle, la Miss, qui lui donne deux petites tapes et qui a les yeux tout en illumination ?! hum ?
Dans la nouvelle on ne se préoccupe pas un instant de ce que pense la jeune fille. Seules les pensées du jeune homme sont rendues. D'elle, on ne sait rien, sinon qu'elle pleure, qu'elle ajoute de l'eau à l'eau.

Écrit par : chiara | 20/02/2018

Chiara, pourquoi dites-vous : "je suis aussi la moins littéraire de tous" ? Parce que vous avez "plus de goût pour les sciences que pour les lettres" ?(j'ai cherché une définition dans le cnrtl)

Écrit par : Lucy | 20/02/2018

Non Lucy.
Parce que j'ai moins de connaissances que vous, beaucoup moins en ce domaine comme dans beaucoup d'autres sans doute. Je pense que vous fûtes ( comme beaucoup ici et sur la rdl ) étudiants en lettres ou professeurs, même en survêtement ;)
Parce que, je répète, je n'ai pas la même passion pour la littérature que nombre d'entre vous. Je suis juste ...disons...très intéressée par quelques écrivains.

Quoi ? Je suis recalée ?! Pffff ;)

Écrit par : chiara | 20/02/2018

Chiara, hélas non, ni étudiante en lettres, ni professeure, ce que j'ai toujours regretté ! mais étudiante en... histoire une fois à la retraite ! Les petits jeunes m'ont d'abord regardée de travers puis comme j'étais sympa pour leur passer mes cours je me suis fait des copains-copines. Après la licence, comme je me plaisais à la fac (tout près de chez moi, ce qui compte) j'ai entrepris le chinois, dur, dur surtout qu'en vieillissant j'avais du mal à différencier tous ces caractères compliqués... mais j'en ai profité pour aider la jeune prof chinoise à passer ses derniers examens français et ainsi faire un peu la "professeure" !

Écrit par : Lucy | 20/02/2018

Nous devrions mener une enquête Lucy ! pourquoi pour un nouvel idéogramme appris, deux voire trois idéogrammes qu'on pensait maîtriser ( vanitas ... ) disparaissent aussitôt de nos circuits ?

Écrit par : chiara | 20/02/2018

chiara et lucy, votre dialogue donne à mieux comprendre qui sont carole et catherine, un flux de consciences intertextuelles que sergio va intercaler dans le chapitre 6. pour sûr, avant de vous demander ce que pense miss potelée de ses propres aréoles..., Car pour l'instant, c exact, on n'en a qu'un point de vue extérieur et masculin, et ça nous fait un peu mal aux seins de les voir ainsi gorgés de désir.

Écrit par : Janssen J-J | 20/02/2018

chiara et lucy, votre dialogue donne à mieux comprendre qui sont carole et catherine, un flux de consciences intertextuelles que sergio va intercaler dans le chapitre 6. pour sûr, avant de vous demander ce que pense miss potelée de ses propres aréoles..., Car pour l'instant, c exact, on n'en a qu'un point de vue extérieur et masculin, et ça nous fait un peu mal aux seins de les voir ainsi gorgés de désir.

Écrit par : Janssen J-J | 20/02/2018

c exact, on n'en a qu'un point de vue extérieur et masculin
Écrit par : Janssen J-J | 20/02/2018

Oui. Comme dans la (magnifique et impressionnante) nouvelle de Chiara. Cela me turlupine aussi ; enfin, dans mon esprit, lui, comme les femmes, n'a pas de véritable identité. Simplement, il porte le rôle du narrateur, et cela peut déraper vers, quand même, la constitution d'une amorce d'identité.

Écrit par : Sergio | 20/02/2018

Bien, alors Sergio, quand est-ce que la miss Potelée se fait larguer ?
Écrit par : Lucy | 20/02/2018

Elle n'aura pas le temps. Devancée mais non larguée. Normalement elle devait l'emporter. S'il y a un tome deux !

Écrit par : Sergio | 20/02/2018

C'est dans la longueur que tu distilles avec finesse, et dans la longueur que le tempo de cette promenade me semble juste.
Écrit par : chiara | 20/02/2018

Dont acte. Cela m'a retourné. C'est très difficile de choisir, non pas au nombre de suffrages, mais en ressentant par moi-même, c'est-à-dire sans moi !

Boh j'ai mis au moins quatre saisons pour ressentir la godille alors que c'est si simple, si intuitif ! C'est peut-être pareil...

Les études sont bien utiles, cela permet probablement, pour être concret, d'appréhender toute question à la fois rapidement et pertinemment.

Mais, oserais-je, point n'est besoin de savoir lire pour ressentir des émotions à caractère dit littéraire : en réfléchissant bien, je crois que, même si "au début était le verbe", c'est bien seulement en deuxième position que viennent les mots ; la première est pour l'émotion proprement dite, le "ressenti" pour employer les termes d'usage. Ensuite le "créateur" (= vecteur) choisit un "système de représentation" : peinture, musique, langage...

Écrit par : Sergio | 20/02/2018

Dommage qu'on n'ait pas de coms de CP et M.Court pour ces sujets d'importance, voire fondamentaux...

Écrit par : Sergio | 20/02/2018

"n'a pas de véritable identité"

Au cours de l'émission radiophonique consacrée à Carver, j'avais posté le lien ici, un intervenant notait une chose très juste : dans ses textes Carver laissait ce que ce commentateur appelle des "creux" ou "trous", un flou, une absence de précision, et c'est par là même que Carver finissait d'embarquer son lecteur qui comblera ce trou à SA manière. C'est très évident dans une nouvelle comme "Le Calme", par exemple. Tout au long de la nouvelle le lecteur se trouve dans un salon de coiffure, avec les discussions des clients, aimables, pas aimables, leurs oppositions, le coiffeur, son ton affable, sa tentative de neutralité, mais il faut attendre les dernières lignes pour saisir que le sujet de la nouvelle est bien ce client silencieux - dont on ne sait rien - qui est entre les mains du coiffeur à ce moment-là, et qui, s'il entendait tout, profitait de l'instant : ce moment chez le coiffeur est le plus apaisant; et en refermant la porte du salon derrière lui sa décision est prise : il quitte sa femme.
Voilà comment Carver a assis son lecteur dans le fauteuil du coiffeur et l'a mené là où il ne s'y attendait pas. Et pourtant tout sonne, miroite, s'emboite parfaitement.

Écrit par : chiara | 20/02/2018

"mais en ressentant par moi-même, c'est-à-dire sans moi !"

I agree.

Écrit par : chiara | 20/02/2018

ce moment chez le coiffeur est le plus apaisant; et en refermant la porte du salon derrière lui sa décision est prise : il quitte sa femme.
Écrit par : chiara | 20/02/2018

La modification (Butor)...

Écrit par : Sergio | 20/02/2018

ne fout pas en l'air la syntaxe, la conjugaison.
Écrit par : christiane | 19/02/2018

Voilà peut-être la question de fond la plus importante. J'avais commencé quelque chose, où, non seulement la grammaire se trouve réduite à sa plus simple expression, mais encore on tient la gageure de Proust, et bien d'autres "grands", mais jamais essayée réellement : "supprimer purement et simplement les personnages réels." Cela reste figuratif, séduisant. Mais combien en aligner jusqu'à ce que le lecteur sombre dans le sommeil ? Et le bilan est lourd : une page et demie en plusieurs semaines ! Chaque phrase, chaque membre de phrase est gambergé dans la journée, recopiée quand je suis enfin dans les quelques heures devant ma machine.

Pour en revenir à la syntaxe pure, non destroyée ici (je n'ose tenter des mélanges qui ruineraient tout), l'asymptote serait ce que pressentait Marguerite Duras : une simple juxtaposition, tout le livre, des substantifs laissés à leur entière nudité ! On est dans l'Oulipo...

Très grand sujet...

Écrit par : Sergio | 20/02/2018

Bon, alors, après un coup de whisky (et non du muscadet de Louis Poirier) :

Je ne change pas d'avis sur le fidèle "voir avec" (homodiégèse, focalisation interne et toute cette sorte de choses, quoi !...), ni sur l'événement attendu (?), préparé par tout plein de petites découvertes et menues épiphanies.
Elle va peut-être l'embrasser avant qu'ils ne rentrent au château, que je me dis ! Tiens, puisque Chiara cite Carver après Mishima, un petit morceau de AU CHÂTEAU D'ARGOL :

" Alors Heide, avec un frisson de toute sa conscience (sans doute en tant que femme elle était moins invinciblement timide et sans doute Albert ne l'aimait-il pas), posa sur la main d'Albert une main froide comme le marbre et brûlante comme le feu ; avec la lenteur d'une torture, elle noua ses doigts aux siens, chacun de ses doigts aux siens avec force, avec frénésie, et attirant sa tête vers la sienne, elle le força à prendre un long baiser qui secoua tout son corps d'un éclair dévastateur et sauvage. Et maintenant, qu'ils s'en aillent à travers les escaliers, les salles, les lugubres ténèbres du château vide -ils ne pourront libérer leurs coeurs de la pesanteur alarmante de L'EVENEMENT. "

Mais j'en doute...

Écrit par : C.P. | 20/02/2018

Elle va peut-être l'embrasser avant qu'ils ne rentrent au château
Écrit par : C.P. | 20/02/2018

C'est effectivement en rentrant ; mais c'est... à la fois moins et plus !
Ensuite (dans pas si longtemps), ce sera franchement plus, mais avec la brune.
Des événements vont quand même venir...

Très joli, celui d'Argol !

C'est vrai, je n'utilise ici jamais le baiser, qui était monnaie courante dans mes tentatives précédentes... Bizarre.

Merci de cette visite !

Écrit par : Sergio | 20/02/2018

Merci, Sergio, de lever le voile sur votre travail d'écriture. La matière verbale de votre nouvelle (roman ?) me passionne. Au début j'ai pensé que c'était un livre composé d'un tissage de phrases métissées, une sorte de fatras dans une atmosphère qui ne cesse de changer. Comment entrer dans ce jardin secret, ce décor en suspens ? Une vie qui s'affranchit de la vie, qui s'ouvre sur un espace d'une incertitude volatile, comme une sphère en mouvement. Oui; il y a effort, exigence. Le temps n'est pas compressé, c'est l'inverse et les mots sont posés de façon juste et précise. Oui, il y a une syntaxe intérieure qui fait le rythme du texte. Mais il y a des rythmes divers, comme un métissage entre deux langues (c'est ce que j'essayais d'écrire dans le commentaire des deux chevaux) J'aime ce mélange de mots désuets et d'autres argotiques, hirsutes. ça fait du plaisir de lecture, de l'étonnement. C'est ludique.
Écrire est une aventure à haut risque...

Où est la (magnifique et impressionnante) nouvelle de Chiara ?
Bonne soirée à tous.

Écrit par : christiane | 20/02/2018

ce mélange de mots désuets et d'autres argotiques, hirsutes.
Écrit par : christiane | 20/02/2018

On l'a beaucoup dit de Ferdine : "mélange de Sévigné et de Gavroche", enfin des expressions similaires. Imitation ? J'ai eu ma période full Ferdine, avec la ponctuation et tout et tout. Il en reste des bribes dans certains passages (vers la fin) où un minimum de tension est de rigueur... J'espère que cela ne se reconnaît pas trop quand même, reste allusif et suffisamment discret...

Écrit par : Sergio | 20/02/2018

Christiane, il ne s'agit pas de "ma" nouvelle ( heureusement pour vous je n'écris pas ;)) mais de la nouvelle de Mishima sur ce jeune couple et l'eau. Le titre m'échappe, je vais le rechercher.

Écrit par : chiara | 21/02/2018

Ce serait pas Le Lac de Kawabata ?

Écrit par : JC.....8h02 | 21/02/2018

Non, non JC. C'est la nouvelle "Jets d'eau sous la pluie" du recueil "Pèlerinage aux Trois Montagnes". Je vais la relire, vérifier la justesse de mon ( vieux ) souvenir...et retrouver la phrase magnifique où il décrit la bottine blanche sur l'asphalte.

Écrit par : chiara | 21/02/2018

Ainsi soit il !

Écrit par : JC.....9h04 | 21/02/2018

Si j'avais oublié que la jeune fille prononçait quelques mots à la fin de la nouvelle, je gardais bien le souvenir d'une lecture qui laissait la sensation d'humidité.

"Alors qu'il s'avançait dans la large avenue qui mène au Palais Impérial, il ne songeait plus qu'à une chose : où donc se débarrasser de cet encombrant paquet de larmes ?"

"Finalement, ces jets d'eau devant lesquels il avait traîné la jeune fille, c'est lui qui s'était absorbé dans leur contemplation, et tandis qu'il en appréciait la beauté, son regard fut attiré encore plus haut vers ces nuées qui ne cessaient de déverser leurs trombes.
La pluie lui mouilla les cils.
Sous un ciel bas, bouché d'épais nuages, elle tombait sans relâche, dru. L'espace, où que l'on se tournât, n'était plus que pluie. Et cette pluie qui lui prenait le visage se révélait être exactement la même que celle qui battait les lointaines tuiles rouges des buildings et du toit du grand hôtel. Son visage presque imberbe et luisant de jeunesse, la terrasse déserte au béton tout gercé aperçus au-dessus d'un des immeubles du voisinage offraient une même surface consentante, battue par la même averse : rien de plus. Du point de vue de la pluie, ses joues et les surfaces de béton sales étaient de même nature."

Écrit par : chiara | 21/02/2018

Merci, Chiara.
Sergio,
non aucun replay de Céline qui court toujours après le temps et culbute dans ses mots comme Charlot dans ces films sautillants. De votre écriture je passe à un aquarelliste qui prend autant plaisir à contempler la baie sauvage qu'à poser la touche juste et prompte qui enfermera dans sa traînée un peu de ce bleu jalousé de la mer et du ciel, voire du sable mouillé. Les personnages sont présents-absents comme entre les mains d'un marionnettiste rêveur.

Écrit par : christiane | 21/02/2018

eb bien, sergio votre nouvelle provoque de la bienveillance collective et tire le meilleur de chaque internaute (même JC y va de sa culture prouvant qu'il en a un brun). C'est si rare sur les blogs, et vous ne l'avez pas cherché.
La journée s'annonce à nouveau passionnante, en dépit des horreurs du monde.

Écrit par : Janssen J-J | 21/02/2018

C'est étonnant, Chiara, cette remarque : "Du point de vue de la pluie, ses joues et les surfaces de béton sales étaient de même nature." Cela m'évoque l'approche de Francis Ponge sur les choses. Est-on capable de cela ? Parfois en dessinant. Un corps, un visage deviennent courbes ou volume où se frôlent la lumière et l'ombre.
Mais il y a juste avant : "La pluie lui mouilla les cils.". Là, nous frémissons. Mystère...
Ainsi, dans cet épisode de l'histoire que nous conte Sergio, cette phrase : " Cela devient flou, rapide, impossible de fixer quoi que ce soit.". Et on cherche, en lisant, ce qui va se révéler. Comme un cliché baignant dans la cuve où le liquide révélateur va révéler, peu à peu, l'image capturée. Cette autre encore : " histoire de changer une ambiance dont il n'arrive plus à définir ce qu'elle est exactement."
C'est un homme prêt à défaillir intérieurement. Toutes ses actions et ses pensées semblent passer par leur rappel. Le dialogue tente de recoudre ce qui est séparé. Tout le ramène à la soirée, de l'autre côté de l'oubli. il n'y a aucune complaisance dans l'écriture de l'histoire. Il note ce qu'il distingue avec un regard indirect dont la mémoire sert de relais.

Écrit par : christiane | 21/02/2018

Je pense qu'il cherche à capturer ce qui est inconscient, comme dans les rêves où l'oubli de l'histoire est nécessaire (Bourdieu : "l'inconscient n'est en effet que l'oubli de l'histoire que l'histoire elle-même produit en incorporant les structures objectives qu'elle produit dans ces quasi-natures que sont les habitus").
Il n'a pas encore bien négocié le moment non censuré du rêve où le rêveur se parle à lui-même, de celui où il s'efforce de rendre compte et de mettre en forme son film intérieur du moment dont la trame existentielle le travaille depuis longtemps, pour l'intelligibilité de ses congénères.
"Il note (son narrateur ?) ce qu'il distingue avec un regard indirect dont la mémoire sert de relais", écrit Christiane. C'est cela..., mais on pourrait le dire autrement, car il me semble que Sergio pense pouvoir "diriger ses rêves" suscpetibles de lui donner des clés ouvrant à des portes pour l'instant verrouillées. Il fait partie de ces 1 à 2 % de la population des rêveurs concentrés qui y parviennent (Michel Jouvet). Tout à sa pensée et non à la pensée de sa pensée, il est comme beaucoup de ces artistes qui marchent sans être dans la pensée de la marche, et pourtant il veut croire que non. Son écriture tortueuse témoigne d'une volonté de limpidité dans le flux, mais masque mal ce constant effort de contrôle diurne des résidus nocturnes.
Voilà ce qui fait tout le charme de la tension de son écriture, je trouve.

Écrit par : Janssen J-J | 21/02/2018

C'est passionnant, JJJ, ce que vous écrivez là. les miroitements de la mémoire...

Écrit par : christiane | 21/02/2018

Sergio pense pouvoir "diriger ses rêves" suscpetibles de lui donner des clés ouvrant à des portes pour l'instant verrouillées. (Janssen J-J)

Ces portes verrouillées sont celles d'une Hispano-Suiza qu'il essaie de voler depuis des années, faute de pouvoir l'acheter.

Écrit par : BRB de Nancy | 21/02/2018

BRB de Nancy, ces portes verrouillées de la belle Hispano-Suiza , pourrait lui donner l'idée d'un polar !

Écrit par : christiane | 21/02/2018

"Il note ce qu'il distingue avec un regard indirect dont la mémoire sert de relais."

Alors j'avais un autre ressenti, même si je trouve votre remarque juste Christiane. J'écris évidemment "ressenti" parce que rien ne justifie concrètement cette idée. Mon impression est que l'auteur tente...de ne pas romancer ! au début, j'ai cru à une certaine nonchalance du narrateur, mais ce n'est pas ça, ou pas seulement.

Bon j'arrête là tant que l'idée n'est pas plus précise ou juste écartée comme fausse piste, avant de ruiner le travail de Sergio par un commentaire hors sujet !

Écrit par : chiara | 21/02/2018

"Mon impression est que l'auteur tente...de ne pas romancer", tellement juste, Chiara. Vous me sidérez !

Écrit par : christiane | 21/02/2018

Voilà bien des complications -mais pourquoi pas?-, alors que mon pauvre coeur simple lit les instants parfaitement successifs d'un roman, avec la continuité de ses détails "réalistes". Je me demande si ce n'est pas l'écriture au présent (le cas n'est pas si rare) qui provoque cet effet de rêve chez des lectrices plus imaginatives que moi !

Écrit par : C.P. | 21/02/2018

l'écriture au présent (le cas n'est pas si rare)
Écrit par : C.P. | 21/02/2018

Au début j'osais pas trop... Maintenant je préfère vraiment.

Écrit par : Sergio | 21/02/2018

Vous avez bien raison de NARRER au présent, avec quelques imparfaits pour un souvenir de la veille chez le narrateur-personnage, et quelques passés composés (= présent accompli, passé tout proche, à peine révolu), comme dans : "Lui aussi a dit cela..." / "Elle n'a pas ajouté..."

Bah ! On sait bien que la narration au passé simple (son substitut progressif est largement le passé composé, -y compris chez Céline-, qui fait un peu plus "souvenir présent", c'est vrai) n'est qu'une convention de la fiction classique pour la "vraisemblance". Il n'y avait pas plus de raison de l'associer systématiquement au pur passé lointain qu'il n'y en a d'associer le présent au rêve "vécu" et tournoyant. Je ne dis pas cela pour ennuyer le monde, mais parce que dans ma simplesse j'aime bien votre déroulement au présent, voilà tout. Et tel que vous êtes parti, vous ne pouvez plus user du passé simple.

Et puis quoi ? Chrétien de Troyes narre autant et plus au présent qu'au passé simple, avec le petit battement d'imparfaits et de passés composés dont je parlais plus haut, sans que cela fasse tellement fable naïve.
"Hop là, nous vivons."

Écrit par : C.P. | 21/02/2018

Vraiment, vous n'ennuyez pas C.P. C'est même passionnant, pour les références et la compréhension des choix du temps. Merci.
J'aime aussi le présent du récit Sergio.

Écrit par : chiara | 21/02/2018

C'est passionnant ce que font Cricri et Gigi avec toutes ces mouches captives, si dociles, si séduisantes ... ! Passionnant !

Écrit par : JC.....8h27 | 22/02/2018

" petit battement d'imparfaits et de passés composés ". Ah le bel oiseau furtif qui traverse la page !
Dans ce froufrou d'elles, l'oiseleur semble entendre rebondir les souvenirs et traverser un jour sans fin. Il accroche le présent à partir d'une parole, d'un geste, investissant ainsi une zone où se déploient ses intuitions. Un léger sadisme d'enfance dans ses excès à accuser la description des rondeurs qu'il côtoie. La jeune femme affronte le regard et se dérobe, trouvant refuge dans un silence indifférent. "Elle marche librement, cela surprend toujours inconsciemment de remarquer une femme qui ne porte rien." Nous progressons entre ces deux-là, avec flegme, pesant l'énigme du désir, de la cruauté, de la solitude de cette histoire que touchent à peine les mots...

Écrit par : christiane | 22/02/2018

tu devrais t'inviter au concert des mouches ARABIEE, JC..., peut-être que ça soulagerait ta passion et ferait avancer l'histoire collective

Écrit par : Gigi et Cricri | 22/02/2018

Restons serein...
Ta gueule, sac à merde !

Écrit par : JC....10h55 | 22/02/2018

Parfois, je me dis : "tu exagères !".....Alors Lucifer Cricket sur mon épaule rigole, et me dit hilare : "Amuse toi encore un peu, connard, la vie n'est pas une affaire sérieuse ! "

Écrit par : JC....17h03 | 22/02/2018

Oui, tu charries, dit Jiminy krikrite, sur l'épaule droite, triste et fatigué.. "Prépare toi à pleurer cornard, la mort est une affaire affreuse, et ceusses qui te survivront ne t' feront pas de cadeaux avec leurs mouches à merde"

Écrit par : Trump du Puy en Velay | 22/02/2018

Rien n'a été dit de meilleur sur la mort que ce qu'en a dit le Michou d'Eyquem :
"Ce n'est pas la mort que je crains, c'est de mourir" (Montaigne)
Vivez joyeux ! Et pour cela, fendez vous la gueule en lisant du Taubira récent, c'est aussi beau que du meilleur Desproges .....

Écrit par : JC....6h47 | 23/02/2018

c'est pas la mort de l'JC qu'on craint, c'est de l'voir crever en se fendant la gueule.

Écrit par : Evidemmence | 23/02/2018

C.P.
quand vous écrivez ces lignes : "Voilà bien des complications -mais pourquoi pas?-, alors que mon pauvre cœur simple lit les instants parfaitement successifs d'un roman, avec la continuité de ses détails "réalistes".". Je reconnais là votre bon sens. Vous êtes un homme de la terre, vous taillez les livres comme un vigneron taille sa vigne.
Il se fait, ici, un gel du temps que nous ne trouverons jamais dans un livre lu à notre rythme, alors on décortique, on soupèse chaque nouvel épisode parce que c'est le travail de Sergio, que nous nous sommes habitué au charme ludique, extravagant et poétique de ses proses pleines de calembours, parfois totalement incompréhensibles. Cet homme gribouille sur tout et dit n'importe quoi.... Il est comme le berger des alpages (F'Murrr), Anastase Percevalve, un être d'ailleurs. Le voici embarqué dans une drôle d'histoire. L'homme qui raconte, après une nuit de fête arrosée, se réveille dans une belle demeure endormie. Il ne sait plus trop ce qu'il a vécu et avec qui... Une brunette est restée dans sa mémoire, une autre apparait, nonchalante, mal fagotée, le toisant bizarrement. C'est l'aube... enfin, compte-tenu des grillons-cigales on ne sait plus trop. Il nous fait un panoramique du chemin suivi et on ne sait comment on les retrouve en ville, lui patientant pendant qu'elle essaie fringues et chaussures. Puis ils marchent à nouveau. Comme il est pâteux et paumé, il la détaille et ce n'est pas terrible. Elle semble s'en moquer. Presqu'un comique de non-sens !(ses brebis pochtronnes (alcool de gentiane) ont un quotient intellectuel trop élevé pour faire de l'alpage un monde paisible. Elles dévalisent et tuent les touristes.)
Revenons au roman. On se dit que ça doit être plus compliqué ! on cherche les détails. On fait chou blanc. On imagine des histoires sous l'histoire, des non-dits. C'est vrai qu'avec Resnais et Robbe-Grillet dans le rétroviseur, nous ne sommes pas sortis du labyrinthe.
Et vous, vous dites que c'est simple, que nous sommes trop compliqués. Ben zut alors !

Écrit par : christiane | 23/02/2018

Il paraît que tu hésites sur le titre, Sergio. Pourquoi pas "L'Année prochaine à Garmisch-Partenkirchen" ?

Écrit par : R. Magne | 23/02/2018

Pas mal, R.Magne, mais ou est le chemin de fer à crémaillère pour rejoindre l'alpage ?

Écrit par : christiane | 23/02/2018

Chère Christiane, nous ne lisons pas la même chose, mais c'est égal.

Le "Il" est trompeur (pas plus d'hétérogenèse que d'ablettes au Sahara, tant la focalisation interne est pour l'instant souveraine) : le concombre masqué Sergio a bel et bien délégué description, observation, narration à un narrateur-personnage que je trouve, moi, assez lucide dans le cours de la promenade urbaine. Mais que la Miss l'intrigue est normal, c'est une femme ! Au passage, elle est à ses yeux et aux nôtres de moins en moins "une grosse", même si là-dessus elle-même fait un petit complexe. Comme je suis bête comme chou, je la vois un peu comme Simone Signoret dans "Casque-d'Or" ou Andréa Ferréol en son jeune temps. Et j'imagine le baiser qu'elle lui prépare... Ce qui préserve le "mystère", si vous y tenez.

Écrit par : C.P. | 23/02/2018

Vos modèles féminins sont beaux. Qui lira, verra...

Écrit par : christiane | 23/02/2018

Au passage, elle est à ses yeux et aux nôtres de moins en moins "une grosse", même si là-dessus elle-même fait un petit complexe.
Écrit par : C.P. | 23/02/2018

Magnifique, c'est exactement ce que je cherchais. Même si on ne va pas jusqu'au bout avec elle dans cet opus, il faut qu'elle demeure, et à l'évidence, dans les "possibles".

Écrit par : Sergio | 24/02/2018

"L'Année prochaine à Garmisch-Partenkirchen" ?
Écrit par : R. Magne | 23/02/2018

Un peu clinquant, non ? Surtout, manquerait le poids, le mystère, la tradition de l'Europe centrale... Robbe-Grillet savait ce qu'il faisait !

Mais je n'ai aucun a priori pour ce titre... On verra bien dans un an. Et je ne prendrai nullement ombrage si on me le change... Pour l'instant je pencherais pour "Une chaise de jardin" ou "L'orage" (dernière scène).

Écrit par : Sergio | 24/02/2018

Oui, Sergio, et le pendant de cette affaire bien menée ( comment tes premières descriptions de la jeune femme, chapitre 1 évoluent finement jusqu'à ce chapitre ) c'est aussi que le narrateur la découvre à l'insu de son plein gré ;). Il pense à la belle brune, mais il découvre la belle châtain ... cachée. Pourtant y veut pas ! non, mais c'est la jeune femme qui s'impose et s'insinue doucement, sans le vouloir.
Ah oui, elle doit rester dans les "possibles".

Écrit par : chiara | 24/02/2018

Il y a plus de mystère dans "une chaise DANS un jardin" que dans "une chaise DE jardin" qui fait un peu Jardiland ou BHV

Écrit par : Lucy | 24/02/2018

Il y a plus de mystère dans "une chaise DANS un jardin" que dans "une chaise DE jardin" qui fait un peu Jardiland ou BHV
Écrit par : Lucy | 24/02/2018

Et puis cela permet d'ajouter l'une à l'autre les deux notions, celle de la chaise (verte etc.) et celle des immenses jardins...

Écrit par : Sergio | 24/02/2018

On trouve ça sur l'autre chaine, ce matin...
« Si le regard avait le pouvoir d’émasculer, cette femme serait repartie avec scrotum dans son sac à main »
Il serait peut-être bon de recycler la formule pour miss Zaftig, car on subodore qu'elle va finir par se mettre en colère vu l'orage qu'on nous annonce à l'avant dernier épisode. Autant qu'on soye tout de suite prévenus de ses capacités !...

Écrit par : Janssen J-J | 25/02/2018

Puisque c'est dimanche, et que j'ai lu Janssen J-J :

Mes allusions à Signoret ou Ferréol étaient un plaisanterie. Mais bien que Nabokov déconseille au bon lecteur l'identification ou la reconnaissance, il y a souvent une part enfantine qui y tend encore chez les grands enfants. Miss Potelée, Miss Zaftig, Miss Plump... Dangereuse ? On verra.

Ce que j'aime beaucoup c'est, dans "Tristram Shandy", le court chapitre où Sterne, au lieu d'écrire le portrait de la désirable veuve Wadman (l'amour de l'oncle Tobie), offre à son lecteur une page blanche pour ce que celui-ci puisse la dessiner à sa guise, par exemple à l'image de sa maîtresse.

Écrit par : C.P. | 25/02/2018

Oui, C.P., elle pourrait ne pas être là. Il pourrait marcher seul dans le même paysage. Il pourrait aussi ne pas être là. Il pourrait aussi n'y avoir aucun paysage, aucune précision de l'heure, du lieu. Il pourrait y avoir des mots perdus qui courent sur l'écran comme des fourmis. Il pourrait ne pas y avoir de blog amayerling. Il se pourrait aussi que vous n'existiez pas, que je n'existe pas, que nous ne soyons pas nés, encore, ou déjà morts. Il se pourrait aussi que nous ne sachions pas lire...
Qu'existerait-il alors ? Un dieu qui s'emmerde, seul dans un espace illimité et sombre, sans étoiles, sans lune, sans être vivant. Cette sorte de génie autoproclamé qui inventerait les vivants pour avoir un vis à vis dans le miroir de ses yeux comme le minotaure de Dürrenmatt dans son labyrinthe de miroirs. Vous souvenez-vous ? "lorsque le minotaure se précipita dans les bras ouverts de l'autre, assuré d'avoir trouvé un ami, une créature pareille à lui le frappa, et ses images frappèrent. Il abattit le poignard dans le dos d'une main si sûre que le minotaure était déjà mort lorsqu'il tomba. Thésée retira le masque de taureau qui recouvrait son visage, et toutes ses images enroulèrent le fil rouge et disparurent hors du labyrinthe..."

L'homme retira le masque de dieu qui recouvrait son visage... et disparut hors du labyrinthe.

Restent les gens de plumes et les artistes pour modeler avec des mots ou de la glaise, à leur tour, un homme et une femme.
Bon dimanche.

Écrit par : christiane | 25/02/2018

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