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28/12/2017

Dans_les_cambuses

Suite de l'ours, hami lecteur. Cette fois, un bon paquet : d'habord pour mesurer tes capacités de résistance à cette prose hépouvantable, d'une part et premièrement ; hensuite, d'autre part et secondement, pour voir quel pacson de pages on peut coller sur ces blogs Hautetfort, qui n'en peuvent mais, ceci en prévision du super billet de JJ, billet qui doit peser son poids et surtout groupé d'un seul tenant pour la compréhension.

 

D'habord une belle photo : les cuistances de Marienbad.

 

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De toutes manières, il n'y a pas grand-chose à faire ce matin. Aller traîner en ville, cela occupe nécessairement un brin, et fera changer d'air, spécialement avec la tête lourde ; pas malade, on en a vu d'autres, mais normalement lourde. Marcher un peu. L'idéal serait avec la brune d'hier soir, tant qu'il n'y a personne ; quel est son prénom ? Ah oui, Carole, c'est cela ; chacun l'appelait Carole, mais impossible d'approcher. Eternellement cette espèce de timidité ! Jusqu'à quel âge l’est-on, finalement ? Il serait temps que ça s'arrête...

- Pierre !

Vingt dieux, miss Potelée. Comment elle connaît le sien, de prénom ? Juste au moment où il songeait à celui de la brune... Cette voix qu'elle arbore, la lourde gamine... Un peu grave, presque à demi éraillée... Peut-être qu'elle aussi a lampé un brin, hier soir... Non, cela paraît assez naturel, après tout ; ça ne lui ressemble guère de picoler.

- Qu'est-ce que tu veux, avec ton café ?

- Comment cela ?

- Il y a tout ce qu'on veut, en bas.

- J'arrive.

Elle attend derrière le prestigieux battant vitré, comme pour lui tenir… Dans le silence tranquille de l'immense pavillon, elle va le conduire jusqu'au dédale qui mène aux cuisines.

- Ouah, c'est balèze, ici... Enfin... impressionnant.

- Tout a été refait, le chauffage...

Ce qui est superbe, dans ce sous-sol gigantesque, ce sont effectivement ces proportions du dix-huitième siècle, revigorées par tout un tas de bastringues électriques ou à tuyaux. Quand même survivent des jeux entiers de marmites cuivrées, neuves et mieux que neuves, sans âge dans leur indiscret rougeoiement ; des écumoires pendues alignées comme des chauves-souris ; les deux monte-plats, les mètres carrés de fourneaux par dizaines, surchargés par la vaisselle de la soirée... Le silence, répercuté par les voûtes...

- On s'y croirait...

- Regarde, il y a tout ce qu'on veut !

Déjà elle a rameuté quelques gâteaux sur une assiette, en fourgonnant un peu partout dans le réfrigérateur le plus probable.

- Ah c'est chouette, ici.

Le nez en l'air, le pot de café sans prévenir dans les mains, il contemple. Ce qu'elle prend, elle n'aurait pas pu le porter seule ; deux larges soucoupes entassées de sucreries, de morceaux de tartes, des machins qui tiennent bien. Comme sa gorge épanouie dans son espèce de liquette masculine ; ça occupe toute la place.

- Où tu as trouvé cette chemise écossaise ?

Elle se regarde.

- Mais c'est à la mode, voyons !

- Ah bon.

- Elle ne te plaît pas ?

- Oh, moi...

Il n'aurait pas dû en parler. Des fois, ce n'est pas très astucieux que d'être naturel. Cette conversation intime dans un souterrain... Elle a encore du parfum de la veille ; peut-être non, ce seraient ses cheveux. Et cet épiderme qui luit... A contrario elle ensoleille d’un radieux sourire de caractère.

Le mieux, ce serait Carole ; cela, c'est vrai. Carole comment, d'abord ? Il a vu ça gravé sur un truc. Elle doit avoir de l’oseille, pour sûr. Bien oui, les femmes peuvent être jeunes et avoir du pognon, du vrai. Elle, on voit bien qu'elle est née avec, ou alors c'est bien imité. Par exemple toute sa cour après elle ! Alors lui, tu parles si elle a pu prendre le temps de le remarquer... Même elle aurait voulu, qu'il serait passé devant ses yeux en coup de vent, comme un train fou ! Ses yeux... Ils doivent être au minimum noirs, ou marrons... La vérité, c'est qu'il n'a même pas essayé de s’obliger à les regarder. Ça envoie de l'électricité, peut-être... Tiens, c'est une idée : la prochaine fois, il faudra le tenter ; ce sera comme un premier pas. Vers elle, vers lui-même. Si elle s'en aperçoit... Qu’est-ce qu’elle fera ? Elle rigolera, se déclenchera sa musique en cascade qui a survolé toute la soirée ? On pourrait demander à miss Potelée, entre femmes, elles se parlent, et cela ne doit pas porter à conséquence. Forcément, avec elles, ce ne sont pas les paroles qui ont de l'importance ; entre elles... Ces types surgissaient, gravitaient ! Friqués ! Qui la ramenaient en souriant éternellement...

- On remonte ?

Pourquoi ? On était bien, ici ? Autant obéir, la suivre dans le souterrain en colimaçon. Elle a de sacrés mollets, elle doit faire du sport, mine de rien. Un peu trop gros, mais au demeurant assez rondement calibrés pour peu que l’on s'y arrête, d’une curieuse blancheur ; blanc de poulet, avec d'infimes et rares taches de rousseur translucides, ça doit être cela. Elle est châtain clair. Carole brune, elle, brune agrémentée de splendides lèvres charnues, assez rouges et un teint soutenu, probablement une ascendance méditerranéenne ; par exemple catalane, pourquoi pas ? C'est le genre. On devrait l'appeler Mercédès. Et l'autre, avec sa lanière détachée qui s'obstine à battre les marches ! Flac ! Flac ! Et le rose foncé de ses talons... Elle doit être increvable. Elle a l'air de s'en foutre.

L'immense vestibule carrelé, avec des statues dans des niches, c'est même un péristyle, très lumineux. Autant lui tenir la porte, même avec le broc de café dans les mains.

- Merci.

Elle ne s'est pas retournée, elle avance fort naturellement. C'est vrai, tout paraît simple avec elle ; un monde cristallin, inaltérable. Elle aussi doit avoir de la thune, mais non de la même manière. Cela ne lui fait pas le même effet. Le matin gris et moite.

- Je suis sûre qu'il va pleuvoir.

- Peut-être pas...

Voilà qu'il se met à la rassurer…. Quelle idée ? D'ailleurs cela pouvait être un piège. Pas pour lui spécialement, le piège, bien sûr ; quel intérêt ? Mais ces bonnes femmes, il faut absolument que ça se teste comme ça respire : en gonflant la poitrine, et surtout en permanence.

Les tables, les tables, avec leurs quelques chaises autour. C'est quand même du style... Assez lourd, en fer. Comme involontairement, il lui en approche une. Et elle s'assied en posant les gâteaux. Il commence à verser. Pas un bruit, seulement celui du liquide tourbillonnant à mesure dans le mazagran, puis le second. D'où sortent-ils, ces godets-là ? Forcément, c'est elle qui les avait ; ou peut-être les a-t-elle montés la première fois, lorsqu'elle est revenue l'appeler.

- Prends un gâteau... Tiens, ceux-là, avec du chocolat.

Il n'est pas encore assis. Au contact de cette voix toujours un peu rauque et cependant presque mélodieuse, il n'éprouve pas la tentation de protester. Il aurait plutôt envie de fumer. Bizarre, cela : il est levé depuis plus d'une heure et cette appétence lui vient seulement à l'esprit ; probablement les circonstances... Il n'a même pas mal à la tête de la veille. Il est bien, entre deux eaux, dans cet état subtil et gentiment précaire oscillant d’une brute alacrité à une esquisse de béatitude.

 

Plac ! Une goutte dans le café, une autre. Cela ne continue pas. Reprend, au milieu de son bras. Miss Potelée, elle, c'est dans les cheveux.

- Qu'est-ce qu'on fait ?

Ils se mettent à scruter le ciel à la verticale. Cela fait une sacrée perspective avec le haut du bâtiment XVIII°. Surtout l'interminable balustrade ; le vert immense des arbres, juste derrière. La pluie s'est arrêtée ; non, elle hésite. Il n'a guère envie de bouger, peut-être qu'elle non plus. Machinalement cette fois il a extrait de sa poche la petite boîte métallique de cigarillos. La jeune fille continue à engloutir les pâtisseries ; il pose la ferraille, qui retentit avec la surface de la table, à quelques centimètres d'une minuscule nappe d'eau.

- Tu peux en allumer un, tu sais.

Comme pour l'encourager, elle a sorti son propre étui de blondes, en carton glacé, et un somptueux briquet d’or, les flancs joliment habillés de fine laque précieuse ; un modèle de hauteur légèrement raccourcie, ce qui le fait paraître beaucoup plus compact et harmonieux que le traditionnel canonique. Proportions ? Assurément. Où était-il, et les cibiches ? Avec les femmes, on ne sait jamais. Ah oui, c’était probablement resté sur une chaise ; pas bien compliqué . On se pose toujours des questions idiotes. Il lui présente le bijou ; sans vent la minuscule flamme ne risque rien. On distingue, ciselé d’une élégante cursive, un prénom : Catherine. Elle souffle au loin la première bouffée, silencieusement, à l’écoute.

- Il est magnifique.

- Un Dupont ; mais tu comprends...

- Je l'avais déjà remarqué hier soir.

Normalement la question qui vient après c'est : « Il est à toi, c'est un cadeau ? », mais il renonce. Puis il se décide à prendre un petit cigare.

- Il va falloir que j'aille en chercher.

Finalement il ne pleut pas. Il n'y a pas de zeph non plus, rien qu'un manque de soleil dans le gris hésitant ; l'odeur végétale, réveillée par l’ondée interrompue.

- On est bien, ici.

Elle se contente de l’observer, en exhalant une bouffée. Elle a des yeux bleus tirant sur le vert, pas tout-à-fait turquoise. Cela doit dépendre des moments ; parfois ils sont même plutôt verts, et puis ça revient. Ce geste énergique, un peu rond pour faire tomber la cendre... Un poignet qui est loin d'être fin, non dénué pourtant d'une grâce presque enfantine, touchante, qui retient l'attention... Peut-être le bracelet, qui tranche sur le blanc ; ténu mais avec une plaque encore lourde à chaque mouvement. Une inscription ? Oui, il y a des initiales gravées, entrelacées. Ah c'est vrai, il voulait lui demander quelque chose pour Carole ; ou sur Carole ; sur et pour. A tout hasard, quoi...

Miss Potelée c'est un poème. Maintenant elle s'étire comme s'il n'était pas là, en gonflant son espèce de chemise écossaise. Ensuite, elle rattache ses sandalettes.

- J'ai envie de faire un tour. Tu m'accompagnes ?

Pourquoi pas, après tout ? Il lève le nez vers la façade, les fenêtres classiques. Pas le moindre signe de vie ; les autres ne sont pas près de descendre. C'est presque avec soulagement qu'il le constate. Si Elle paraissait, ils ne seraient pas loin ; les revoir encore tourner autour...

 

19/12/2017

Ausweiss !

Fake Ausweis.jpg

 

Ha pas de S.Z. Gross Malheua disait MàC... Mais savez-vous comment s'écrit Nicolas Leszczinski ? Eh bien S.Z.C.Z. c'est écrit dessus ! Evidemment de Pleumeur-Bodou ça en fait des pleins de solexine pour venir mater in situ...

 

L'identité, toujours elle : elle ne cesse de se transformer, comme une bête, mais, comme répétait le vieux Salamano en collant la N.ième trempe à son clebs, salaud, charogne, elle est toujours là ! L'identité elle rente par la fenête ; rappelons la définition qu'en donne Philip Roth : l'identité commence là où la réflexion s'arrête. On rejoint le "Classer ou penser" péréquien. Puisqu'on est parti dans les béquilles, les repères, les références, en voilà une nouvelle : Portraits crachés, de Claude Arnaud. C'est très volumineux et dense, un millier de pages ; en gros, pour lui, l'art du portrait, qu'il soit littéraire, pictural ou sculptural, est relativement récent et s'affirme surtout à partir de la Renaissance. Autrement dit, avant on ne décrivait que des étiquettes, c'est-à-dire des professions, ou, mieux, des états. Dieu, soldat, moine, grand seigneur, paysans et même artisans si c'est Vulcain. La personnalité propre du gus, si tant est qu'elle existe, n'était même pas envisagée. Un peu comme si chacun était roi de France dans son coin.

 

Et ce n'est pas tout ! Il nous apprend, à l'occasion, que le contraire de l'identité pourrait s'appeler "l'animalité" ; ce qui nous fait animalité versus identité. Mais cette notion d'animalité, surtout de par sa racine, ne décrit pas exactement ce vers quoi elle tend : derrière la prison de notre existence charnelle, il  y a celle des conditions qui l'autorisent, cette brave hexistence. Et d'autres s'en sont rendus compte, non des moindres : Flaubert qui voulait écrire un roman "sur rien" ; il finit par se rallier sagement au "réalisme", passeque "sur rien", c'est pas fado. En attendant ouvrons l'oeil : quelle faute ont commise Bouvard et Pécuchet pour se ramasser des scoumounes pareilles ? Rien de rien nib gudahl ! C'est la nature, comme on dit. Charbovary pareil sa taupe itou... Et Proust : "L'image étant le seul élément essentiel, la simplification consistant à supprimer purement et simplement les personnages réels serait un perfectionnement décisif". Pas de la petite bière ! Ca dit bien ce que cela veut dire, d'autant haprès ces lances rompues "Contre Sainte-Beuve", un des tenants, et combien précis, du réalisme. Mais le clou c'est clou : l'excellentissime Zola, Emile, qui se compare à un zoologue, lequel avant d'attaquer l'étude d'un certain insecte, doit commencer par celle de la plante sur laquelle il vit, "d'où il tire son être, jusqu'à sa forme et sa couleur". On peut pas ête moins peu clair ! Et l'identité, elle, est dans le lac... Mais n'hanticipons pas.

 

Le combat qui commence, on l'aura aisément reconnu, c'est essentiellement contre l'équation : Identité = gros péteux. Mais sinon, qu'est-elle au juste ? Déjà première difficulté un mec peut avoir deux cent mille, des identités ! Mais qu'est-ce qu'un mec ? Une identité... Halor une, ou deux cent mille ? On est déjà paumé ! C'est quasi quantique... Parce que deux cent mille c'est pareil, cela ne veut rien dire du tout, puisque les deux cent mille changent en permanence... Ca tend vers l'infini ! Introuvable cohésion... Alors parler de cohérence ! Très coriace... Modélisation impossible ! Unmöglich... Halor on ne voit qu'une solution : une seule identité par tête de pipe, mais... liquide ! Comme cela elle peut changer comme elle veut, au gré des circonstances QUI LA NOURRISSENT, avons-nous vu. Donc elle n'existe pas puisque ce sont les circonstances... Bizarre... A se tirer des plombs !

 

Bon halor on va recommencer à l'atome, pour voir ce que c'est vraiment... Dans un atome il y a des neutrons des protons des hélectrons. Et encore, dans un neutron ou un proton il y a trois quarks. Et dans un quark ? Des sous-quarks ? Bon passons on verra plus tard. L'essentiel, c'est d'arrêter un point de départ, l'hatome. Il a un principe directeur c'est l'électromagnétisme, qui tient ensemble tout ce beau monde. Le grand mot le voilà : "tenir ensemble". L'identité c'est à peu près cela, c'est le principe qui TIENT ENSEMBLE. On est loin du gros péteux, mais au moins on a l'atome. Haprès c'est très vite... Très au galop ! Deux atomes forment une molécule. Y a-t-il une hidentité ? Indubitablement. Mais identité = chef ; qui est le chef ? Pas les électrons ils sont mis en commun ils sont à tout le monde ; restent les protons et les neutrons, clients de poids ; mais les protons sont électriquement chargés ça va pas bien ; va rester l'un des protons, gros soliveau benêt comme dans la fable. Mais attation, un seul ! Jamais rien de collégial en ce bas monde... On dirait un bizarre conte de fées avec des lutins c'est plus romantique. Là mainenant ça va se corser sérieux walouh : on passe à la cellule vivante le protozoaire. Là déjà il y en a de plusieurs sortes ça complique... Mais restons concentrés. Qu'il ait une identité, ce brave protozoaire, il n'a qu'une seule cellule, donc c'est oui. Un chef ? Même monocellulaire, le truc commence à avoir des organes : un ou deux machins qui pulsent, des orifices des cils, le tout en fonctionnement : il faut que cette horloge ait un horloger, c'est lui qui fait chef, qui assure la COHERENCE ; nouvelle notion, il y a quelque part un mécanisme de coordination. On est loin de savoir pourquoi il y a tous ces péteux sur terre ! Mais on y vient... Haprès le protozoaire, le métazoaire, autrement dit nous.

 

Nous ça s'est terriblement compliqué, parce que tout change en même temps : l'identité est défensive, pour pas que tout se barre en brioche. Bien sûr ! Le péteux est d'abord agressif, parce qu'il a peur... Le secret de la vie, c'est cette peur de perdre un brin de son identité, quelle qu'elle soit. Il y a déjà une notion de cohésion physique. C'est primordial, et c'est bien cela qui nécessite de remonter jusqu'à plus haut. Ce n'est pas uniquement une question de liberté de se déplacer sur Terre, comme par exemple les quadrupèdes ; les plants de cresson aussi ont une identité, sans parler des séquoias gigantesques chers à Ferdine. On la sent, cette identité, chaque micro-seconde pendant toute la journée ; pire, on se regarde, on ne cesse de se mater dans la glace, et aussi dans ce miroir qu'est le regard des autres. Ou on se veut musclé... Ce sont des hévidences, mais qui montrent bien que, tout en douceur, on va en arriver immanquablement à l'essentiel, la partie noble, le ciboulot ; sans support physique, pas de citron, on fait tout ce qu'on peut pour l'oublier cinq minutes mais c'est impossible ; sinon on pourrait vivre dans des sortes de poumons d'acier, tous confortablement alignés dans des espèces de couveuses... On résolverait des équations ! On gueulerait le résultat comme à Brongniart...

 

Nous y voilà l'esprit c'est le pire contempteur de l'identité, simultanément il s'y raccroche tant qu'il peut ! C'est bien le rôle du subconscient, moultement actif par ézample durant les rêves : il classe donc il ne pense pas, il retrouve ; il retrouve quoi, l'identité justement. Le conscient, lui, pense, en ceci qu'il va perpétuellement d'une idée à l'autre, d'une manière parfaitement organisée mais qui nous semble parfois autant erratique qu'hermétique. Chaque seconde l'identité est détruite comme pas possible :

 

- jamais une seule pensée à la fois ;

- jamais une idée n'arrive à son terme avant qu'on l'aie quittée, mais toujours provisoirement ;

- chaque idée en appelle chaque seconde plusieurs autres, et par des moyens parfaitement discontinus : sonores (allitérations & assonances), association d 'idées sur le plan sémantique pur, homonymies, pivot autour d'un mot...

En gros, on ne cesse de changer de voie, comme un train qui sauterait de ligne en ligne par l'intermédiaire d'aiguillages qui n'en peuvent plus de se présenter, erratiques, sporadiques, haléatoires... Dans de telles conditions, on ne peut qu'être embauché par l'un des principaux moteurs de l'existence, la peur. On ne veut jamais en prendre conscience, mais une telle pensée flageolante fait moultement peur, on se fait peur soi-même. Parce que donc on le sait bien, que l'identité n'existe pas ! Se la péter c'est justement partir à sa recherche, assertion réciproque...

 

Henfin si, elle existe physiquement, c'est indéniable ; sinon bien sûr on marcherait en crabe, on biglerait, on n'aurait pas les horeilles en stéréo, on se ferait des bras de fer tout seul ! Mais ensuite ça se dilue... Avez-vous essayé de jouer aux échecs tout seul ? On y arrive... En tous cas c'est bien ce que l'on fait chaque seconde : on cherche à la fois à agir et à se regarder... La schizophrènie n'est pas loin ! Il y a cette manière interne de tendre vers la cohérence, mais pour le contrôler il faut quelque chose d'externe, le regard de l'autre. Comment s'étonner halor de cette perpétuelle relation d'ordre entre les êtres, de cette appétence pour les repères, quels qu'ils soient ?

 

Finalement l'identité... C'est les autres ! Comme l'henfer, quoi...

10/12/2017

Miss_Potelée

La suite de l'ours, ami lecteur ; pas trop pour ne pas te lasser.

 

D'autant qu'un problème se pose, et de taille : on me dit que "il y a beaucoup de détails" ; en d'autres termes on s'ennuie, le bouquin tombe des mains, quoi. C'est ce qui peut harriver de plus grave ! Alors est-ce vraiment vrai, on s'emmerde, ou on s'emmerde pas ? Musique...

 

Épinay-Champlâtreux_(95),_château_de_Champlâtreux,_façade_principale_ouest_(2).jpg

Une corneille, ou un réveil des hautes fenêtres ? Peu probable. Rien ne presse. A nouveau ? Cela insiste. Une fille. Seulement, ce n'est pas celle qu'il faut. Laiteuse. Jeune et large de silhouette, avec une jupe ample et mal fagotée. Encore une gamine, salement formée. S'il y en a que ça intéresse… Elle a fait claquer la gigantesque porte comme un boulet. Elle doit avoir des muscles. Et laiteuse... L'emmerdante à la Guitry, la copine insupportable. Compacte ; laiteuse et compacte. Une boule de nerfs ; sûrement elle va parler, incidemment demander une cigarette. Un temps... Non ; elle l'allume déjà, s'étire. Elle s'approche comme sans hésitation. Il ne lui manque que les lunettes ; à la place elle a de grands yeux mauves et rieurs, très vifs même à cette heure. Elle est là, elle tient toute la place.

 

- Longtemps que tu es ici ?

- Marre de dormir.

 

En particulier seul. Pas trop la gueule de bois ; cet état un brin euphorisant, aux lendemains de fête, et pas terminée. Aujourd’hui ce sera plus calme.

 

Elle est drôle, miss Potelée. Elle a l'épiderme assez moite, cela se voit d'ici. Elle n'a pas dû encore se débarbouiller, elle a des mèches dans tous les sens ; cela ne fait pas cradoque. Dans certains cas, elle serait presque désirable. Pour l'instant elle lui colle sa fumée de cigarette sous les naseaux. Elle a une tête à s'appeler Catherine ou quelque chose comme cela.

 

Hier soir, elle le lorgnait mais elle a passé son temps dans un groupe où ça discutait ferme, essentiellement du scientifique. Elle le lorgnait... On ne sait jamais vraiment. Bizarre qu'elle ne porte pas de lunettes ; par coquetterie ? Inutile d'être méchant sans savoir : elle aurait plutôt un genre vivant, attendrissant même. Pour l'instant elle contemple la table mouillée, vide, à l'exception du cendrier qu'elle est en devoir, toute debout, de commencer à remplir. A son poignet luit un fin bracelet d'argent classique, pesant et discret. Au bout d’un moment elle s'assoit parce que c'est plus confortable, avec les sandalettes non attachées, sa cuisse blanche, lourde et ferme qu'elle ne croise même pas sur l'autre.

 

- Il fait triste, ce matin, elle minaude.

- J'aime bien ; mais ça manque de café.

 

 

Ces murs pleins de lierre... Ou d'autre végétal ; en tout cas c'est vert, lourdes tapisseries accrochées au roc des murs. Une seconde balustrade, tout en haut, couronnant la demeure... La fille disparaît derrière l'imposant vantail. Qu'est-ce qu'elle va bricoler, au juste ? Si c'est pour le café, serait étonnant qu'elle en trouve ; il a vérifié à tout hasard avant de sortir. Elle n'a encore pas rattaché les lanières qui lui battent les chevilles ; elles sont bien faites, ses chevilles, tiens : puissantes, pas trop, on voit le délié qui suffit. Ça n’a pas manqué de reclaquer derrière elle... Quelle brute… La réverbération comme persiste.

 

Ces sculptures, dans les niches de la muraille... Sacré travail quand on y réfléchit ; les portes, les fenêtres renfoncées une fois, deux, jamais à l’excès. Tout cela calculé, aligné, proportionné, nombre d'or... Un seul étage ; c'est beaucoup plus harmonieux. Du bruit à l'intérieur, comme la première fois : quelqu'un d'autre est levé ? Il va falloir se remuer, alors. Non, rien ne presse. C'était si bien, cette tranquillité mal réveillée. Mieux vaut maintenant la grosse ; pourquoi la grosse ? Cela ne lui va aucunement. Sincèrement, elle ne l'est guère ; ce sont des airs qu'elle se donne. Se mettre à des pudeurs de langage, non pas d’expression, de pensée pour une taupe qui se donne juste la peine d’exister... Peut-être elle est maquée, va savoir... Peut-être que non ; elle a l'air de s'en foutre. Plus exactement, ce n'est pas une question qu'elle suggère.