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19/09/2017

A choual !

Le-Cuirassier-Destouches.jpg

 

Ce n'est pas la course de Вронски, c'est de l'obstacle, mais tellement ciselé que cela toucherait presque au dressage...

 

Ferdine sort de terribles avanies ;  accus& à tort d'avoir volé un bijou dont il avait réussi la vente, un peu comme le cardinal de Rohan, emporté par la faillite de son maître Courtial des Péreire, il n'ose guère se montrer dans l'immédiat chez ses parents, toujours passage des Bérésinas, et préfère se réfugier chez son oncle :

 

- Tonton, je voudrais m'engager...

 

Et c'est le douzième cuirassiers à Rambouillet. Ferdine est de quatre-vingt-quatorze, il a dans les dix-sept ans et c'est justement l'uncle qui a signé la demande de dérogation pour s'engager un an plus tôt que le service, lequel venait de passer à trois ans puisque l'on devrait se situer vers mille neuf cent treize, soit une année de pacifique garnison avant le Casse-pipe, car c'est de cet ouvrage que précisément il s'agit. Au programme  équitation et escrime au sabre ; on a abandonné les lanciers chers à Stendhal et Hugo, même à Lunéville, la frontière, il n'en reste plus guère que le quadrille, ce qui fait que Saint-Loup y était également comme cuirassier, peut-être comme chasseur. On a peine à imaginer que ces gamins, beaucoup plus libres que par la suite, sortaient le soir dans la garnison en tenue parfaite, avec la cuirasse et surtout le sabre ; comment se terminaient les rixes dans les bistrots ?

 

Les officiers sont généralement invisibles. Il viennent faire un tour le matin puis rejoignent bien vite leur club ou leurs maîtresses comme Charles de Foucauld à Pont-à-Mousson, autre ville-frontière. Et puis il y a les sportifs, les champions ; il faut bien voir qu'en ces époques l'équitation, course, obstacle ou dressage, était comme, disons, la formule un maintenant ! Qu'est-ce que l'on pouvait écrire sur ces sujets, voire sur l'amélioration des enrênements, de la sellerie... Le régiment: lui, était intégralement entre les mains des sous-officiers, comme notre maréchaogis Rancotte, souvent de plus relativement anciens, compétents et en tout cas indiscutables...

 

Selle vrounzé ou anglo-arabe, le cheval de selle même en ces temps paysans n'est pas si répandu ; outre le bestiau, il faut pouvoir se payer, surtout en ville, des écuries et la sellerie, parfois très chère ; et même dans la cambrousse avec nos sillons, on n'en aurait guère l'utilisation, au mieux on roule carriole ; autant dire que, de tous ces cuirassiers débutants, pas un n'arrive cavalier. Donc longues séances de manège, travail aux trois allures et aussi beaucoup de voltige, l'agilité à cheval. Et ça ressaute dans sa selle à qui mieux mieux, des heures durant...

 

Survient la vedette du régiment, la star, le lieutenant Portat des Oncelles. Un artiste vraiment, il a empoché les coupes par dizaines, il concourt au plus haut niveau ; quoi de mieux qu'un régiment près de Paris pour demeurer en vue ? Mais c'est un grand seigneur et, comme tel, il se montre très gentil avec tous, même avec les bleus. Il joue merveilleusement de la fausse discrétion, le geste économique, mesuré, parfois lent comme son cheval qui, on va le voir, passera le plus possible les obstacles sans élan, juste un trot assez vif. De toutes manière, dès qu'ils paraissent, on ne voit qu'eux !

 

- Les barres au plus haut ! demande-t-il aux palefreniers, aux paleux, tout en entrant dans le manège à deux battants.

 

Dès cet instant, l'interminable reprise des bleus n'en perd plus une miette... C'est que ça fait haut, la barre au plus haut ! Parmi ces obstacles, il y a véritablement des monstres... Il faut bien cela, pour la prochaine compète. Pendant que les barres grimpent, un dernier préparatif ; le lieute extrait une pièce de monnaie de sa poche et se la cale entre selle et fesses, témoin de l'absence totale de désolidarisation entre les deux pendant le parcours qui va suivre ; ainsi pas question de se mettre  en suspension pour soulager le bison, mais pas de ballant non plus, ce qui va pas mal. Cette fois c'est parti, la plupart du temps au trot, sans se presser comme Zorro. Obstacle haprès obstacle, imperturbablement, c'est toujours le choual qui saute de sa propre initiative, jamais le cavalier qui gesticule en n'importe quel forcing.

 

Les derniers obstacles, les plus hauts, les plus longs... Peut-être un temps de galop... C'est fini il caresse, allume une tige dans son fume-cigarette, pour finir récupère la pièce qui n'a pas bougé d'un iota, la lève aussi haut que les barres, la donne à un paleux et sort encore plus tranquillos au pas. On peut redescendre les barres pour Ferdine et ses copains !

18:29 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (115)