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08/06/2017

Mon meilleur ami

C'est quelqu'un qui a fait carrière comme professeur d'anglais dans un lycée, un bon lycée, en grande banlieue côté nord. Agrégé, et il le méritait bien puisque dès les premières semaines en sixième il commençait déjà à me bassiner avec les Anglais, leurs textes, leur humour, ponctuant une large rasade de ses phrases d'un "élémentaire, mon cher Watson" bien senti. Lui comme professeur a naturellement vécu les débuts de l'EAO et s'est augustement fendu d'un didacticiel lui aussi bien senti puisque publié chez l'éditeur scolaire de rigueur.

 

Il avait reçu pour Noël un énorme magnétophone à bande, et s'était mis immédiatement en devoir de composer une oeuvre parlée, une saynète, en français quand même mais tournant toujours autour de l'Angleterre, des détectives, une sorte de polar, avec des cadavres il fallait faire sérieux. Lui bien entendu il se prenait le rôle du Sherlock Holmes de service, et moi il m'embauchait dans les faire-valoir, il y en a toujours un tas qui gravitent ; ce que j'aurais voulu c'est le cadavre, un peu comme au bridge, d'autant que j'étais atterré  par ma voix au magnéto...

 

On était vraiment complémentaires, dans la mesure où lui, sans pourtant de compromission, était quand même du côté où on se tire des flûtes ; moi c'était non seulement l'inverse, mais je créais la catastrophe et le truc inextricable pratiquement par osmose. Un jour il dit à sa mère, qui l'a répété à la mienne : "Serge, c'est le Cid" ; autrement dit j'étais déjà passablement sclérosé, mais cela a empiré par la suite, où un copain m'a sorti : "N'oublie jamais que si Sergio rencontre un autobus, c'est quand même lui qui a raison !"

 

On a été séparé de classe dès la cinquième, parce que j'étais germaniste, mais jusqu'à ce qu'ils quittent le bled (Verrières-le-buisson) quelques années plus tard, on a passé toutes nos récrés ensemble, ce qui sauvait les meubles. Un temps la grande affaire fut qu'il me raconte Belphégor, parce que de mon côté même avec un père ingénieur qui de surcroît avait construit le poste radio avec des tubes électroniques, la télé est longtemps resté, elle, un peu le grand Satan... Sinon c'était la fusée, on voulait faire une fusée avec un corps de Critérium ou encore des tubes de médicaments, on passait beaucoup de temps à en discuter ; finalement on a surtout récupéré la poudre des pistolets à amorces, c'était déjà quelque chose...

 

A la communale, comme on disait encore un peu, là c'était très féroce il était toujours inexpugnablement premier ; rien à faire ! Ca arrangeait pas mes affaires je me faisais engueuler... On s'est revu très longtemps jusqu'au bac, j'allais chez lui à Franconville ; un peu plus tard aussi, de loin en loin...