22/11/2012

Stumm

Les virgules, c'est déjà s'écouter parler...

Commentaires

C'est peut-être, pour ça que TKT, en met partout.

Écrit par : L'inconnu de l'Etoile du Sud | 05/12/2012

.
Ha mais Passou, lui, il a dit absolument des points-virgules, qu'il faut, il a fait un jour une fois tout un article là-dessus des symposiums peut-être même des conférences multinationales...

Écrit par : Sergio | 05/12/2012

le pire étant peut-être les virgules-virgules, Sergio, vous savez, vous en connaissez sûrement "des" qui plombent leur discours (au cours d'une performance oralisée,, donc) par une paire de la chose, comme si une double épaisseur virgulée isolait mieux les différentes partie de leur discours des éclats de leur pensée fragmentée. c'est souvent un procédé oratoire (là on peut parler de "précaution",, en riant) un peu ridicule et assez pleinement inutile,, voire vaine.
votre divin maître Marcel n'en était point un adepte.
il préférait le triple point, mais voyait cette trinité comme un instrument ponctuiste qui se suffisait à lui-même. je pense en effet qu'il n'était pas du tout sur la même longueur d'onde que le Pape de la scansion tripode, je veux parler de Céline, bien entendu.
cela ne veut pas signifier que master Marcel n'aurait pas aimé son style, je suis enclin à penser le contraire.
bref, pour en revenir à nos enchanteresses virgules, je trouve que ceux qui recourent à la double-virgule (la virgule-virgule),, notamment à l'oral, (tout comme à l'écrit),, abusent de la patience d'autrui, de leurs interlocuteurs inter-électrocutés dans l'affaire en fait,, et, pour le dire en quelques mots,, qu'ils s'écoutent penser. (tout en devisant, tout à leur conquérant babil, des purs concentrés d'eux-mêmes, noyés dans leur propre courant)...
curieuse pratique moderne.

Écrit par : alec | 14/12/2012

Je trouve votre commentaire complètement tordu, alec, permettez-moi de vous le dire.

Écrit par : D. | 14/12/2012

.
Ha ça c'est normal on va plus vite par la loxodromie que par l'orthodromie...

Écrit par : Sergio | 14/12/2012

.
Il y a vraiment des phrases de Proust devant lesquelles je suis resté en arrêt des minutes et des minutes, jusqu'à ce qu'enfin la lumière se fasse, non point tant pour comprendre le sens que pour vérifier l'intégrité de la construction. Ajouter des virgules, c'est-à-dire les mettre normalement, aide à la clarté mais détruit cette impression de simultanéité des idées. On rêve toujours de phrases squelettiques, verbe sujet complément, finalement, parce qu'alors ce sera écrit, taillé au fusain, gravé, indiscutable, le "chapeau bas" de Camus. Seulement bien forcé de se laisser aller, de dire ce que l'on a à dire, de dire quelque chose tout simplement, et là bien sûr il faut accepter de composer, de faire des phrases moins pures, moins violentes, donc grand renfort d'artifices, i.e. la ponctuation.

Chez Ferdine c'est vraiment étudié, d'ailleurs ses brouillons l'attestent, bien souvent il n'y a plus jamais de verbe, on rejoint cette quadrature du cercle. Mais ce que j'en retiens, c'est qu'il faut vraiment une énergie exceptionnelle pour aligner des pages et des pages de points d'exclamation comme il le fait, étant entendu que cela ne peut être en aucun cas simulé, à la rigueur complété, et qu'il s'agit donc d'une densité intérieure vraiment réelle, ressentie, permanente. C'est très fort, comme on dit...

Écrit par : Sergio | 14/12/2012

une bonne piste de réflexion que vous offrez-là Sergio, sur la pratique virtuose de la ponctuation de la part de "Louifé"...
je suis d'accord, ces point d'exclamation lui servait aussi peut-être à dire (peut-être également à exorciser) tout ce qu'il avait ressenti chez les femmes et les hommes (surtout les hommes) qu'il croisait, cette fameuse "douleur à manifestation continue", pour utiliser ses inimitables propres termes.
en ce qui me concerne, je suis sensible à son maniement des point de suspension, qui ne suppriment rien mais qui au contraire nous entraînent au-delà de la simple évocation.
avec cette méthode, notre imagination n'a même pas besoin de travailler, elle est intégrée au récit et s'infiltre au coeur des personnages (je pense pouvoir dire que, grâce à la lecture de Céline, j'ai mieux compris certaines personnes que j'ai pu avoir en face de moi, c'est difficile de l'expliquer mais je suis sûr de ça).
peut-être que c'est comme une exclamation muette, un venin rendu inactif par la configuration de la typographie-même...un rappel de toute la lourdeur du vécu.
ce qui est bizarre c'est qu'on pourrait (dans un petit délire, je l'admets bien volontiers) rapprocher ces trois points des signes diacritiques qu'a l'hébreu pour signifier, sous une consonne, l'existence d'une voyelle de son "ou". on pourrait alors les voir comme des "hous-hous" secrets, des cris sourds et cachés.

ps qui n'a rien à voir : j'avais, dans le temps, une classe de collégiens étrangers au sein de laquelle se trouvait une fille de quinze ans qui s'appelait "Birgül". c'était une jeune kurde. son nom turc signifiait, "une rose" (bir = un, gül = la rose). c'était une sacrée ponctueuse à l'oral, un vrai tempérament.

Écrit par : alec | 24/12/2012

.
La question, avec ce style ferdinien, c'est qu'étant accompli, il se verrouille. La ponctuation, après tout, n'en est qu'un des aspects, elle me ferait un peu penser aux traits de Bernard Buffet : systèmes complets, à l'extrême simplicité donc avec une très grande force, constituant à eux seuls une espèce de syntaxe. Et qui les protège, les isole, dès lors que l'on peut difficilement tenter de s'inspirer de l'un ou de l'autre sans se faire immédiatement repérer, fût-ce par soi-même. L'inverse pourrait être par exemple ce fameux Richard Millet avec ses flots immenses de velléités.

S'agissant du vocabulaire en soi, je dirais que l'on finit par s'y installer, un peu comme au concert il peut nous arriver de chercher à deviner, dans un motif, les quelques notes à venir une ou deux secondes avant qu'elles ne soient jouées. Souvent l'on tombe juste, sinon parfois on peut préférer sa propre version, à moins que décidément celle du compositeur ne vienne nous surprenne favorablement. En ce moment je suis dans Guignol's band, en plein classicisme célinien, donc, et où je ne nie pas que des trouvailles m'arrachent encore une franche rigolade.

C'est très beau, on voudrait l'avoir fait, mais c'est tellement puissant que cela finit par constituer, contre toutes les apparences, un système fermé, voire forclos. Joyce serait beaucoup plus ouvert, mais là c'est l'inverse, il y en a partout, on est complètement englouti.

Quelque chose m'étonne un peu, c'est cette fameuse omniprésente tristesse, douleur qu'on lui prête généralement, sans parler bien sûr de la haine. J'y verrais quand même à tout le moins des aspects jubilatoires, vivants, engendrant l'espoir finalement, naturellement bien éloignés, parce qu'eux très réfléchis et construits, du puérilement artificiel "positive think" qui, moi aussi, me transporte dans un asile de simplets. Dans Ferdine on peut trouver des moments de bonheur, ou seulement de joie, bien que menacés par la suite inéluctable, des sortes d'oasis un peu comme dans le Remarque où, à un moment, l'on voit les trois gaillards, à peine réchappés de leur tranchée, en train de prendre fortuitement un bain dans une rivière, avec à proximité quelques jeunes filles qui les hèlent...

Écrit par : Sergio | 26/12/2012

Écrire un commentaire