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15/01/2018

Les_grillons

Next suite de l'ours maudit, hami lecteur. Ne craque pas non ne craque pas !  C'est copieux : le second chapitre tout rond... Glop ! Comme un kiwi... Pour te remémorer, j'esseplique le dédalus.

 

Résumé des épisodes précédents :

- chapitre 1 : que dalle ;

 

Episode actuel :

-chapitre 2 : encore moins !

 

Ben quoi ? Il y a moins que rien ! Un dernier warning, ami lecteur : ne t'effondre pas de sommeil sur ton clavier ! Sinon tu te retrouveras avec AZERTYUIOP en relief sur ton fin museau... Comme Gaston ! Ca fait littéraire, c'est vrai, mais pas mondain...

 

jardin-a-la-francaise.jpg

 

Il se lève le premier. Elle aussi est immédiatement debout, prête. Curieux, elle n'a pas de sac ou quelque chose comme cela ? Normalement les femmes ont toujours un tas de bastringues à coltiner. Ah si, elle a trouvé. Un truc informe en espèce de toile, plutôt énorme, avec en guise de poignées deux larges cercles en écaille. C'est marrant, ces cheveux courts ; fins. Il n'en a jamais vu d'aussi fins. Disons qu’il n'a jamais remarqué cela comme ça. A vrai dire, ils ne sont pas si courts. Il y a même des boucles, des mèches ; pas des mèches rebelles, non, des mèches tout simplement, qui font ce qu'elles veulent. Pour les boucles, pareil. En fait on ne sait pas très bien ce qui est boucle et ce qui est mèche. C'est confus. Mais on doit s'y habituer.

Bras dessus, bras dessous. Non, quand même pas. Boaf, une petite balade, pourquoi pas... Manière imprévue de commencer la journée. Après il y aura l'enfer ; la brune inaccessible qui va se recoller dans ses pattes. Impossible de ne pas la voir, escortée de son bataillon habituel. Des nabots sapés. Bon Dieu de merde ! Ah le mieux serait d'éviter cela, de les éviter, tous.

- On coupe à travers le jardin ?

Ce rauque est timbré en même temps. On le remarque dans les petites phrases imprononçables ; une modulation douce, ferme. Ils obliquent sans autre concertation.

Là c'est émouvant et grandiose à la fois. De ce côté on ne le reconnaît plus, le jardin. A la française, bien sûr, et immense ; il s’étend à perte de vue. Long, très long ; large aussi, des bordures, des buis, des ifs. Dégagé, aéré, nullement oppressant. Règne toujours cette ambiance pluvieuse et chaude qui ne dit pas son nom. Le calme, le silence d'un autre monde. Avec en sourdine des oiseaux. Cà et là des statues. Des grandes, des moyennes... Toujours harmonieux...

Des bancs de pierre dans des alvéoles botaniques, des terrasses imbriquées en savants et rigoureux décrochements, un peu de baroque mais surtout les deux interminables pièces d'eau avec une troisième plus petite tout au fond ; ça luit ténébreux, avec le parfum calme de l'eau douce. C'est bien ainsi, on n'a même plus envie que le soleil vienne réveiller tout cela.

Une atmosphère dense annule quasiment les bruits... On n'entend que mieux les talons de la jeune fille sur le dallage. Ça claque, ces trucs, mais opaque. Ça rappellerait un peu le son de sa voix, tout à l'heure. Présente et dénuée d'hésitations. Mais curieusement, ce n'est pas importun. Familier, plutôt. D'ailleurs pour l'instant elle ne dit rien, mais c'est presque comme si elle parlait.

Peut-être qu'elle songe à la veille, elle aussi. Il y en avait, de l'animation. Tout éclairé, les fenêtres, la musique. Oui, c'était bien ici. A peine croyable ; sournoisement il est tenté de revenir près de la bâtisse, pèlerinage vaguement malsain. De ce côté-ci la terrasse est largement proportionnée, avec des bouts d'escaliers pour y accéder de n'importe où. Deux où trois marches, parfois plus, cela dépend, un vrai labyrinthe coupé d'ifs énormes. De la pierre, de la vraie pierre. Immense, la surface de ces marches, pour que ce soit plus confortable, qu'on s'y attarde, s'y rencontre, s'y asseye. Et puis alors une fois arrivé, les tables où ils étaient, maintenant désœuvrées.

Cette fois c'est lui qui a obliqué. Du regard seulement ; de toutes façons les choses sont encore si présentes... Ils se contentent de longer l'endroit. La musique, il croit encore l'entendre. Les éclats de rire, les groupes... La miss Potelée, elle était là aussi. Ils crissent dans le gravier, ses trucs. Il jette un œil ; pas si mal que cela, ses mollets, finalement. Curieux d'appréhender les choses différemment selon l'instant... Ces sandales cambrées sur des talons que l'on dirait de bois ! Ça lui procure une démarche, bien qu'un peu lourde. Au début il n'avait pas remarqué les talons. Des machins de luxe qui ne disent pas leur nom, encore...

- Tu n'as pas trop de mal ?

Elle rit doucement, comme attendant qu'il poursuive.

- C'est gigantesque, ici ; on se croirait dans Marienbad.

- Oui.

Elle avance aussi vite que lui, sans la moindre difficulté. De toutes manières on n'est pas pressé. Alentour il y a l'odeur végétale et de vieilles pierres. Cet isolement à perte de vue... Tout au fond, une sorte de haie ; d’ici on ne sait pas très bien ce que c'est. Pour le moment, à intervalles probablement calculés, quelques marches toujours d'une superficie respectable, des redans de troènes ou de buis taillé avec élégance viennent rompre la monotonie et restituer une dimension humaine à l'ensemble.

- J'ai bien aimé ce film.

- Tu es plutôt matheuse, non ?

- Oui, mais l'ambiance aussi m'a bien plu. Pas toi ?

Elle s'est rapprochée, de quelques crissements plus appuyés, pour cheminer à sa hauteur.

- Tu veux que je te prenne ton sac ?

Elle répond par son rire de gorge un peu caractéristique. On ne sait pas trop si c'est oui ou si c'est non. Il préfère s'abstenir.

- En noir et blanc, c'est pas mal. Mais à la fin ça devenait un peu long.

- Les garçons aiment bien quand cela cherche.

- Il faudrait que je le revoie.

Du coup il lui prend le sac. Elle va laisser faire. Cela se réalise en une seconde. Après, elle n’a pas dit merci. Elle s'en rend compte ; c'est trop tard. Aucun des deux n'ose rompre le silence. A mesure que s'accroît le retard à l’enfreindre, chacun se sent fautif de provoquer ainsi quelque chose qui n'était pas prévu. Coupable, non ; cette situation qui se met à échapper... Qui s'amplifie, prospère malgré eux. Le grésillement sur le menu cailloutis... La fille... Lui évite ce craquètement. Au loin on distingue comme l'entrée d'un chemin. On pressent le retour d'un autre monde, plus ordinaire.

- Qu'est-ce que c'est que ce truc ?

- C'est mon raccourci.

On a plutôt l'impression que cela mène dans la nature. On dirait que le soleil cherche à percer ; non pas un halo, simplement une pâleur marquée de l'atmosphère. Il se retourne, jette un regard à ce monde qu'ils sont en train de quitter. Cet univers endormi, qu'ils trouveront sans doute en pleine animation au retour. Encore un léger remous à la tête des libations de la veille ; ce n'est pas désagréable. D'une certaine manière, c'est toujours la fête, ou plutôt un intermède. Bien entendu on picolera de nouveau. Insolite impression que celle de se retrouver au fil de l'eau parmi les événements. Tout se confond, un vrai manège. Pas un tourbillon, non, c'est quand même plus calme. Ensuite ? Après, on ne sait pas. Il n'a pas trop envie d’y réfléchir, suffit de se rappeler qu'il n'y a pas d'urgence ; c'est une forme de luxe ! Vivre dans le présent, savoir qu'il y aura une suite, mais que normalement elle ne devrait rien réserver de particulier, qu'il n'est pas indispensable de s'en occuper maintenant.

Le temps d'y penser, ils sont dans le chemin. Large, facile, doux, sans herbe au milieu. C'est rare ; voire inattendu. D'une certaine manière, cela ressemble à tout ce qui s'est passé depuis qu'il s'est levé. Rien, mais un rien étrange, dense ; néanmoins fluide. Comme le sentier. On se demande ce que c'est, cette texture. Oh elle est parfaitement normale, mais souple, agréable, finie ; on se croirait en Allemagne ou en Suisse... Achevé, propre. C'est riant, réconfortant. Avec des petits virages de loin en loin, on n'a pas envie que cela finisse.

Un toit apparaît, un second, très loin. Avant, il y a un embranchement sur la droite à une centaine de mètres. Il ne l'avait pas vu, celui-là. Le temps d'y songer, ils y parviennent.

- Où ça va ?

- A la rivière. Tu veux jeter un oeil ? Ce n'est pas loin.

Elle s'engage dans le chemin, avec son sac qui lui bat la hanche, car elle s’est décidée à le reprendre, l'immense poignée circulaire autour de l'épaule.

- Tu connais tout, ici ?

- Tu vas voir, c'est joli.

On descend de plus en plus. Guère long, c'est bientôt une plongée vers des rives encaissées ; la fille vient y labourer comme un sac de nerfs. Personne, à part le soleil et encore un peu de brume, que l'on sent fuir une chaleur naissante.

- Quand même bizarre, ce ciel gris.

- J'aime bien.

On ne sait qui a dit quoi. Cela aurait pu être l'inverse et ils s'en rendent compte. En bas, c'est presque une plage, avec des galets, bien sûr, et ce remugle fugitif de l'eau douce. Derrière un gros buisson, une canne à pêche immobile et verticale. Seule rumeur, des mètres cubes s'écoulent, presque immobiles ; frôlement ininterrompu, qui voudrait signifier que la journée aussi, mine de rien, même à son début avance.

- On pourrait en faire une peinture au couteau.

- Pourquoi au couteau ?

- C'est plus net.

Ils ne rient pas, en découvrent une complicité fortuite. Il avance de quelques pas, elle demeure. Par terre on trouve des cailloux plats, sans doute des gens doivent-ils s'amuser à faire des ricochets.

- Il n'y a jamais personne, ici ?

- Très rarement ; ou alors l'après-midi.

Depuis qu'ils sont là, cette impression d'avoir temporairement quitté la journée. Plus ou moins envie de s'attarder, sans exagérer car ils étaient partis pour la ville, un grand bourg en réalité ; ils n'ont plus bien présent à l'esprit ce qu'ils se proposaient d'y trouver. Egalement il y a l'autre, avec sa ligne. On ne le voit pas, et il ne leur vient nullement à l'idée de chercher à le découvrir.

La fille a posé son énorme sac à main sur l’herbe, en sorte d’y farfouiller on ne sait quoi.

- Tes cigarettes ?

- Non non ; j'arrange un peu.

Cela prend du temps. Par l'entrebâillement de sa chemise, on voit s'animer sa poitrine mafflue, jusqu'à une aréole sombre. La seconde aussi par éclairs, puis sa propriétaire se redresse et cela disparaît avant qu'il ne soit revenu de son étonnement. Quoi qu’il en soit, il va falloir y aller ; falloir, on ne sait pas pourquoi, à y réfléchir. Ils pourraient aussi bien rester là trois minutes de plus, ou dix, ou la journée. On ne change pas d'avis comme cela. Egalement, on ne sait pas qui décide. Sans se concerter, ils se mettent à gravir le sentier qui les ramène au chemin principal. Machinalement ils prennent sur la droite sans parler, comme pour éviter de briser quelque chose qui n'existe pas. Ils sont de manière latente à la recherche d'un élément distrayant à travers le paysage ; chacun se doute, sans oser le formuler, que l'autre en est au même point que soi.

Enfin, un toit, un second. Ils continuent à scruter ; toute la bourgade apparaît. Aucun ne se décide à prononcer « On arrive ». La tension est retombée d'elle-même. Il y a cette affaire de chemise décolletée ; curieux comme ça revient à ce moment-là. Elle n'a pas dû le faire exprès. Encore que, avec les femmes, on ne puisse jamais savoir. Il s'étonne de raisonner en ces termes. Ce n'est pas une gamine, non, c'est autre chose. C'est miss Potelée, quoi. Pourtant le spectacle n'était pas inintéressant ; une gorge bien pleine avec des reflets moites, sûrement la marche.

- Des cyprès.

Surtout de hautes et belles haies odorantes et touffues d'aubépines qui se sont mises à encadrer le chemin. Pas plus de soleil qu'avant, mais cela fait comme une voie royale en direction de la petite cité ; les maisons ont provisoirement disparu, on ne distingue plus que le trouble gris d'une atmosphère interrogative et sereine. Avec ses talons, elle suit très vaillamment ; il s’en rend compte et lui redemande le sac ; elle s’en débarrasse volontiers, même augurant que le bourg ne va pas tarder à réapparaître. On verra probablement de l'animation mais c'est bien et c'est mal. Lui n'a pas grand-chose à faire ; elle, on ne sait pas. C'est peu grave, les femmes savent toujours trouver de l'occupation dans ce genre de circonstances. D’autant qu’elle a l'air plutôt décidé.

Elle fredonne. On ignore à quel moment elle a commencé. Cela s'est mêlé aux bruits de la nature, ceux qu'on n'entend jamais. Elle chantonne dans les aigus, la bouche fermée. Il a du mal à visualiser l'habituelle âpreté de sa voix ; à quoi est-elle en train de penser ? Il évite de la regarder, ou alors seulement de côté, là où le champ de vision est flou, de peur qu'elle ne réalise la question qu'il se pose. C'est peut-être justement ce qu'elle accomplit, et depuis plus longtemps qu'il ne croit. Il se rend compte qu'il aurait bien envie de voir le détail de cette physionomie protégée par le flou qu'il s'impose ; il aurait peur de briser quelque chose, le plus probablement rien, seulement on ne sait jamais. L'horizon s’est quelque peu mué en translucide, à la manière du jaune des photos, avec peut-être en gestation les pâles vibrations de ces matinées estivales où le soleil voudra se faire attendre toute la journée ; comme une sorte d'espoir d'on ne sait quoi, et qui possède cette étrange caractéristique d'isoler progressivement la journée, malheureusement déjà trop entamée, de la placer hors du cours habituel de l'existence. Le chemin s'est incliné en pente douce, comme pour annoncer l'imminence du but ; comme les haies ne désemparent aucunement, on découvre les villas une fois qu'on est juste à leur hauteur ; sans transition, ce sont les maisons urbaines accolées, des trottoirs minuscules en pavés énormes, çà et là une amorce de vie, de mouvement, parfois de la musique derrière des fenêtres ouvertes.

- Tiens, redonne-moi mon sac.

Directement elle s'accroupit de guingois pour bricoler de nouveau après les lanières de ses sandales. Il faut dire que depuis une minute, cela résonnait hardiment dans la ruelle. Le sac, il n'y pensait plus, il est presque ennuyé d'avoir à le lui rendre. Les deux mains dans les poches, il contemple sa boule épaisse de cheveux clair châtain. L'autre, la brune, lui revient à l'esprit ; il se rend compte qu'elle lui paraît étrangement loin. Ce que l'on va faire maintenant aussi lui paraît loin. Elle se relève énergiquement ; un atermoiement dans le placer de son bras peut l'engager à lui offrir le sien. Pourquoi au juste, et puis c'est déjà passé. Ils reprennent leur cheminement. Quelqu'un les croise, sans faire attention à eux ; ils prennent conscience d'être vus ensemble. Il n'y avait pas songé. C'est comme un pas franchi involontairement. Ce n'est guère important.

 

07/01/2018

Pour en finir...

juifs-orthodoxes.jpg

 

... avec ce retour de l'antisémitisme...

 

On connaît la vieille plaisanterie auvergnate : pendant l'occupation, on a accueilli et planqué les Izraélites dans nos fermes, mais c'était... pour mieux les plumer ! Ou encore Laval : "Pour rouler un Auvergnat, il faut deux Juifs !" Plus près de nous, Millet : "Pire que le Juif, il y a l'Arménien ; et pire que l'Arménien, il y a l'Auvergnat !"

 

C'est bon enfant et ça ne l'est pas ; car dangereux... Dangereux par une sorte d'accoutumance. Pour nous c'était la bonne plaisanterie des familles et n'allait guère plus loin. En France, cela reposait néanmoins sur un préjugé sérieux : Israélite = argent. Dans un Cendrars, en Amérique du Sud un protagoniste nous sert : "Un Juif fauché, j'avais encore jamais vu cela !". Mon père soi-même, qui au fond devait pas mal se foutre de toutes ces questions, nous apprenait, avec un sérieux d'une froide objectivité :

 

- En France, l'argent est à Gauche, protestant ou juif, et franc-maçon.

 

Pour la partie qui nous intéresse ici, cela remonte jusques à la première Francie ; quatre professions tout au plus, le guerrier, l'ecclésiastique, le paysan nourricier, l'artisan homo faber. Hinterdit au guerrier de tirer revenu de ses propres mains, et à tous du prêt d'argent : l'usure. L'argent est utilisé, s'use. On aperçoit déjà la notion, au moins potentielle, d'inflation. Toutes manières les rois de France (Philippe le bel !) trichaient assez, faux-monnayaient même... Et personne pour prêter de l'argent, moyennant bien sûr l'usure, compensation des diverses érosions monétaires, puisque la pratique en était interdite, donc, mais aux Français, aux Franciens seulement ! En Italie du Nord, ce sont les Israélites qui s'en chargaient. Qu'à cela ne tienne, on les laisse rentrer en France, mais sans qu'ils puissent en acquérir la nationalité ; libres, en quelque sorte. Et l'argent pouvait circuler, rendant de grands services ! Il en reste quelque chose avec ces grosses boîtes qui commencent par fabriquer des vélos ou des cartes-mères, puis connaissent une ascension phénoménale en utilisant leurs capitaux sur les marchés boursiers.

 

Du coup cela rend jaloux, on admet bien que le commerçant devienne riche, moins qu'il la ramène un peu trop. Surtout en France, mais dans toute la vieille Europe (Kristallnacht). Ce qui fait que souvent, comme ce sont bel et bien les Israélites qui sont à la base du développement économique, le terme "antisémitisme" n'est qu'un habillage de quelque chose que l'on pourrait appeler "antimercantilisme", qui lui englobe absolument toutes les communautés humaines. Ceci seul change pas mal la manière de voir les choses.

 

Mais il y en a d'autres ! J'ai un ami, rencontré au hasard d'affreux trajets boulot, soir et matin, Nancy-Strasbourg... Pas de la tarte ! Un matin on n'était que tous les deux sur nos banquettes, la converse va sur qu'il me faut prendre son adresse pour je sais plus quoi ; son adresse, donc son nom...

 

- Staal.

 

- C'est l'acier en... flamand, non ?

 

- Je suis juif...

 

Bé ? Mais quel rapport ? Ca me dit pas pour le flamand et pour l'hacier ! Stahl, Сталин... Et voilà qu'il est gêné ! Pourtant il est taillé deux fois comme moi, chef d'une PME... La religion j'en ai pas, je peux pas m'y intéresser ! Ha si j'ai un cousin par alliance, un égyptologue... Ben on les a mariés dans cette liturgie et voilà tout ! Je trouvais cela plutôt exotique, mais discret... Ca s'harrêtait là.

 

Havec nos Narabs mainenant c'est une aute paire de manches. Mais il y a des points communs. Ces Narabs, comme tout le monde, leur préoccupation c'est eux : une position bien artificielle qui prend fin, le pétrole. Se sentant pris au piège, d'autant qu'on va plus vite qu'eux en basculant déjà pas mal dans "l'après-pétrole", ils s'agitent ; brandissent des tas de complaintes, dont l'éternel antisémitisme . Voilà qui remet tout le monde d'accord, ou qui est censé le faire, et... autour d'eux ! De la même manière que les погромы d'Europe centrale, les bûchers de Saint-Louis et tout le reste. Oncle Wolf c'était pareil, c'est surtout quand il s'est vu foutu que ses discours ne comprenaient plus que cela, les Juifs ci ou les Juifs là. havant il s'en tapait, il le dit lui-même dans son bouquin, au tout début. Коба itou, la purge des toubibs en quarante-sept n'est rien d'autre q'un vaste погром ; fallait bien remplacer la guerre par une autre union sacrée au moment du désenchantement des premières années de retour à la paix... Partout, le Juif utile ! C'est horrible mais c'est bien cela.

 

Evidemment il y a la partie cachée ; le fameux "Comme les autres, simplement un peu plus que les autres". L'excellentissime Passou nous le révèle dans son Portrait, qui relate pratiquement la saga, comme on dit, des Rothschild depuis leur arrivée en France, à partir de la branche de Francfort, sous la Restauration. "Un peu  plus que les autres", ainsi c'est cela qu'ils pensent, qu'ils diffusent ; pas étonnant que... Mais quand bien même ! Reproche-t-on aux Bretons de se vouloir les plus têtus, aux Auvergnats les plus matois, aux Allemands les plus sérieux, aux Russes les plus spiritualistes, aux Italiens les plus amoureux, aux Anglais les plus classos, aux Chinois les plus civilisés, aux Ricains les plus pragmatiques ? Foutre non...

 

Et puis aussi... Tout y passe ! Apatrides, une vraie Mafia... Ils s'entraident, bien oui : tout comme les Rotariens les Maçons les Enarques... Les X. ! Mais il ne faut pas se faire d'illusion : s'ils sont si riches, cela n'a rien de surnaturel : ils gagnent beaucoup et dépensent peu... Sans dec ! Ils gagnent beaucoup parce qu'ils ont la culture à cela, peut-être... Mais aussi parce qu'ils bossent comme des ânes ! Ils dépensent peu, parce que, toujours culturellement, ils bannissent l'ostentation. Et là il y a en effet un aspect religieux : les Protestants sont un peu comme eux, boulot plus épargne, les Catholiques ce serait plutôt l'inverse liturgies magnifiques, belles maisons... On dira que l'Israélite se cache... En Juif ! Boh nous les Arvernes aussi, à ce compte-là... Fermes miséreuses, bêtes dégueulasses, mais... quelques bons hectares de forêts ! Havec les champignons... C'est ça la foi du charbonnier ! Apatrides maintenant : là en revanche il y a du nouveau ! Les patries tombent... havant les israélites ! Même là leur bon Dieu... Eh oui c'est fini mainenant c'est le Monde ; le monde gros village comme on dit impossible de revenir en arrière ! Même pour le Sri-Lanka la Terre de Baffin... Hon est tous hun ! Alor le cas des Izraélites c'est comme çui de Pierre Paul Jacques... Totalement forclos ! Il n'y a plus que des zumains... Encore quelques dingos genre Kim ou Narabs ensuite il n'y paraîtra plus ! Et puis alors des trucs gravissimes comme le nez crochu... Là c't'à hurler. qui s'amuse à se balader en nez crochu aujourd'hui ? Havec des lorgnons ! Evidemment ça vaut pas le monocle à Saint-Loup ! A Max Jacob...

 

Si on fait le bilan, aucun intérêt : tout le monde est comme-ci ou comme-ça. Reste que ce fromage, l'antisémitisme, revient, fait son come back comme une maladie qui ressurgit. On sait pourquoi cette fois-ci, mais enfin les Narabs ont bon dos comme oncle Wolf avait bon dos. Sans un solide substrat l'antisémitisme faf ou enturbanné ne serait rien du tout. D'autant qu'ils sont copains comme cochons, ces religieux idéologues, et même les pires, les monothéistes. I se ressemblent s'assemblent. Avec les polythéistes (certains penchants du christianisme) on pouvait discuter ! Pas d'intégristes là-dedans. Avec tous ces fous de Dieu, ou Hegel, on peut que crever. Pourquoi ? Passeque nous le reste du monde on représente une menace un peu plus terrible pour eux, et qui à tout le moins va les achever, ces idéologies : la science ; comme quoi on peut pas traiter un problème sans les traiter tous...

 

28/12/2017

Dans_les_cambuses

Suite de l'ours, hami lecteur. Cette fois, un bon paquet : d'habord pour mesurer tes capacités de résistance à cette prose hépouvantable, d'une part et premièrement ; hensuite, d'autre part et secondement, pour voir quel pacson de pages on peut coller sur ces blogs Hautetfort, qui n'en peuvent mais, ceci en prévision du super billet de JJ, billet qui doit peser son poids et surtout groupé d'un seul tenant pour la compréhension.

 

D'habord une belle photo : les cuistances de Marienbad.

 

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De toutes manières, il n'y a pas grand-chose à faire ce matin. Aller traîner en ville, cela occupe nécessairement un brin, et fera changer d'air, spécialement avec la tête lourde ; pas malade, on en a vu d'autres, mais normalement lourde. Marcher un peu. L'idéal serait avec la brune d'hier soir, tant qu'il n'y a personne ; quel est son prénom ? Ah oui, Carole, c'est cela ; chacun l'appelait Carole, mais impossible d'approcher. Eternellement cette espèce de timidité ! Jusqu'à quel âge l’est-on, finalement ? Il serait temps que ça s'arrête...

- Pierre !

Vingt dieux, miss Potelée. Comment elle connaît le sien, de prénom ? Juste au moment où il songeait à celui de la brune... Cette voix qu'elle arbore, la lourde gamine... Un peu grave, presque à demi éraillée... Peut-être qu'elle aussi a lampé un brin, hier soir... Non, cela paraît assez naturel, après tout ; ça ne lui ressemble guère de picoler.

- Qu'est-ce que tu veux, avec ton café ?

- Comment cela ?

- Il y a tout ce qu'on veut, en bas.

- J'arrive.

Elle attend derrière le prestigieux battant vitré, comme pour lui tenir… Dans le silence tranquille de l'immense pavillon, elle va le conduire jusqu'au dédale qui mène aux cuisines.

- Ouah, c'est balèze, ici... Enfin... impressionnant.

- Tout a été refait, le chauffage...

Ce qui est superbe, dans ce sous-sol gigantesque, ce sont effectivement ces proportions du dix-huitième siècle, revigorées par tout un tas de bastringues électriques ou à tuyaux. Quand même survivent des jeux entiers de marmites cuivrées, neuves et mieux que neuves, sans âge dans leur indiscret rougeoiement ; des écumoires pendues alignées comme des chauves-souris ; les deux monte-plats, les mètres carrés de fourneaux par dizaines, surchargés par la vaisselle de la soirée... Le silence, répercuté par les voûtes...

- On s'y croirait...

- Regarde, il y a tout ce qu'on veut !

Déjà elle a rameuté quelques gâteaux sur une assiette, en fourgonnant un peu partout dans le réfrigérateur le plus probable.

- Ah c'est chouette, ici.

Le nez en l'air, le pot de café sans prévenir dans les mains, il contemple. Ce qu'elle prend, elle n'aurait pas pu le porter seule ; deux larges soucoupes entassées de sucreries, de morceaux de tartes, des machins qui tiennent bien. Comme sa gorge épanouie dans son espèce de liquette masculine ; ça occupe toute la place.

- Où tu as trouvé cette chemise écossaise ?

Elle se regarde.

- Mais c'est à la mode, voyons !

- Ah bon.

- Elle ne te plaît pas ?

- Oh, moi...

Il n'aurait pas dû en parler. Des fois, ce n'est pas très astucieux que d'être naturel. Cette conversation intime dans un souterrain... Elle a encore du parfum de la veille ; peut-être non, ce seraient ses cheveux. Et cet épiderme qui luit... A contrario elle ensoleille d’un radieux sourire de caractère.

Le mieux, ce serait Carole ; cela, c'est vrai. Carole comment, d'abord ? Il a vu ça gravé sur un truc. Elle doit avoir de l’oseille, pour sûr. Bien oui, les femmes peuvent être jeunes et avoir du pognon, du vrai. Elle, on voit bien qu'elle est née avec, ou alors c'est bien imité. Par exemple toute sa cour après elle ! Alors lui, tu parles si elle a pu prendre le temps de le remarquer... Même elle aurait voulu, qu'il serait passé devant ses yeux en coup de vent, comme un train fou ! Ses yeux... Ils doivent être au minimum noirs, ou marrons... La vérité, c'est qu'il n'a même pas essayé de s’obliger à les regarder. Ça envoie de l'électricité, peut-être... Tiens, c'est une idée : la prochaine fois, il faudra le tenter ; ce sera comme un premier pas. Vers elle, vers lui-même. Si elle s'en aperçoit... Qu’est-ce qu’elle fera ? Elle rigolera, se déclenchera sa musique en cascade qui a survolé toute la soirée ? On pourrait demander à miss Potelée, entre femmes, elles se parlent, et cela ne doit pas porter à conséquence. Forcément, avec elles, ce ne sont pas les paroles qui ont de l'importance ; entre elles... Ces types surgissaient, gravitaient ! Friqués ! Qui la ramenaient en souriant éternellement...

- On remonte ?

Pourquoi ? On était bien, ici ? Autant obéir, la suivre dans le souterrain en colimaçon. Elle a de sacrés mollets, elle doit faire du sport, mine de rien. Un peu trop gros, mais au demeurant assez rondement calibrés pour peu que l’on s'y arrête, d’une curieuse blancheur ; blanc de poulet, avec d'infimes et rares taches de rousseur translucides, ça doit être cela. Elle est châtain clair. Carole brune, elle, brune agrémentée de splendides lèvres charnues, assez rouges et un teint soutenu, probablement une ascendance méditerranéenne ; par exemple catalane, pourquoi pas ? C'est le genre. On devrait l'appeler Mercédès. Et l'autre, avec sa lanière détachée qui s'obstine à battre les marches ! Flac ! Flac ! Et le rose foncé de ses talons... Elle doit être increvable. Elle a l'air de s'en foutre.

L'immense vestibule carrelé, avec des statues dans des niches, c'est même un péristyle, très lumineux. Autant lui tenir la porte, même avec le broc de café dans les mains.

- Merci.

Elle ne s'est pas retournée, elle avance fort naturellement. C'est vrai, tout paraît simple avec elle ; un monde cristallin, inaltérable. Elle aussi doit avoir de la thune, mais non de la même manière. Cela ne lui fait pas le même effet. Le matin gris et moite.

- Je suis sûre qu'il va pleuvoir.

- Peut-être pas...

Voilà qu'il se met à la rassurer…. Quelle idée ? D'ailleurs cela pouvait être un piège. Pas pour lui spécialement, le piège, bien sûr ; quel intérêt ? Mais ces bonnes femmes, il faut absolument que ça se teste comme ça respire : en gonflant la poitrine, et surtout en permanence.

Les tables, les tables, avec leurs quelques chaises autour. C'est quand même du style... Assez lourd, en fer. Comme involontairement, il lui en approche une. Et elle s'assied en posant les gâteaux. Il commence à verser. Pas un bruit, seulement celui du liquide tourbillonnant à mesure dans le mazagran, puis le second. D'où sortent-ils, ces godets-là ? Forcément, c'est elle qui les avait ; ou peut-être les a-t-elle montés la première fois, lorsqu'elle est revenue l'appeler.

- Prends un gâteau... Tiens, ceux-là, avec du chocolat.

Il n'est pas encore assis. Au contact de cette voix toujours un peu rauque et cependant presque mélodieuse, il n'éprouve pas la tentation de protester. Il aurait plutôt envie de fumer. Bizarre, cela : il est levé depuis plus d'une heure et cette appétence lui vient seulement à l'esprit ; probablement les circonstances... Il n'a même pas mal à la tête de la veille. Il est bien, entre deux eaux, dans cet état subtil et gentiment précaire oscillant d’une brute alacrité à une esquisse de béatitude.

 

Plac ! Une goutte dans le café, une autre. Cela ne continue pas. Reprend, au milieu de son bras. Miss Potelée, elle, c'est dans les cheveux.

- Qu'est-ce qu'on fait ?

Ils se mettent à scruter le ciel à la verticale. Cela fait une sacrée perspective avec le haut du bâtiment XVIII°. Surtout l'interminable balustrade ; le vert immense des arbres, juste derrière. La pluie s'est arrêtée ; non, elle hésite. Il n'a guère envie de bouger, peut-être qu'elle non plus. Machinalement cette fois il a extrait de sa poche la petite boîte métallique de cigarillos. La jeune fille continue à engloutir les pâtisseries ; il pose la ferraille, qui retentit avec la surface de la table, à quelques centimètres d'une minuscule nappe d'eau.

- Tu peux en allumer un, tu sais.

Comme pour l'encourager, elle a sorti son propre étui de blondes, en carton glacé, et un somptueux briquet d’or, les flancs joliment habillés de fine laque précieuse ; un modèle de hauteur légèrement raccourcie, ce qui le fait paraître beaucoup plus compact et harmonieux que le traditionnel canonique. Proportions ? Assurément. Où était-il, et les cibiches ? Avec les femmes, on ne sait jamais. Ah oui, c’était probablement resté sur une chaise ; pas bien compliqué . On se pose toujours des questions idiotes. Il lui présente le bijou ; sans vent la minuscule flamme ne risque rien. On distingue, ciselé d’une élégante cursive, un prénom : Catherine. Elle souffle au loin la première bouffée, silencieusement, à l’écoute.

- Il est magnifique.

- Un Dupont ; mais tu comprends...

- Je l'avais déjà remarqué hier soir.

Normalement la question qui vient après c'est : « Il est à toi, c'est un cadeau ? », mais il renonce. Puis il se décide à prendre un petit cigare.

- Il va falloir que j'aille en chercher.

Finalement il ne pleut pas. Il n'y a pas de zeph non plus, rien qu'un manque de soleil dans le gris hésitant ; l'odeur végétale, réveillée par l’ondée interrompue.

- On est bien, ici.

Elle se contente de l’observer, en exhalant une bouffée. Elle a des yeux bleus tirant sur le vert, pas tout-à-fait turquoise. Cela doit dépendre des moments ; parfois ils sont même plutôt verts, et puis ça revient. Ce geste énergique, un peu rond pour faire tomber la cendre... Un poignet qui est loin d'être fin, non dénué pourtant d'une grâce presque enfantine, touchante, qui retient l'attention... Peut-être le bracelet, qui tranche sur le blanc ; ténu mais avec une plaque encore lourde à chaque mouvement. Une inscription ? Oui, il y a des initiales gravées, entrelacées. Ah c'est vrai, il voulait lui demander quelque chose pour Carole ; ou sur Carole ; sur et pour. A tout hasard, quoi...

Miss Potelée c'est un poème. Maintenant elle s'étire comme s'il n'était pas là, en gonflant son espèce de chemise écossaise. Ensuite, elle rattache ses sandalettes.

- J'ai envie de faire un tour. Tu m'accompagnes ?

Pourquoi pas, après tout ? Il lève le nez vers la façade, les fenêtres classiques. Pas le moindre signe de vie ; les autres ne sont pas près de descendre. C'est presque avec soulagement qu'il le constate. Si Elle paraissait, ils ne seraient pas loin ; les revoir encore tourner autour...